Osita, Omar et Utina sont hilares. Serrée sur une luge bleue, la fratrie de 11, 6 et 5 ans dévale à toute vitesse la pente derrière chez eux. La plus grande jette un coup d’œil furtif à leur fenêtre — histoire de ne pas se faire rattraper par les parents. Ils semblent minuscules sous l’imposante tour grise de neuf étages, fatiguée par les neiges et le temps qui passe. Arrivés d’Afghanistan il y a quelques mois, le trio se défoule en ce mercredi après-midi sans école. Ils ont délaissé la dalle de béton de la Cité des Avignonnets et son espace de jeux désert. « Y’a plus personne ici ! », lance un habitant, alors que seuls les rires des enfants résonnent entre les tours.
Serrée sur une luge bleue, la fratrie de 11, 6 et 5 ans venue d'Afghanistan dévale à toute vitesse la pente enneigée derrière chez eux. / Crédits : Pauline Gauer
Saint-Claude (39), située en moyenne montagne au cœur du parc régional du Haut-Jura, perd 100 habitants par an en moyenne depuis les années 1980 — époque marquée par la désindustrialisation en France. Les ouvriers immigrés ont été logés à proximité des usines : les Avignonnets, plantés sur les hauteurs de la commune au nord-ouest, et Chabot, situé en contrebas à l’entrée de la ville.
En 2024, 25 % de la population — environ 2.200 personnes sur les 8.895 habitants que compte Saint-Claude — vivait dans ces deux quartiers prioritaires de la ville (QPV). Surtout, leurs populations ont baissé de presque 20 % en cinq ans. La chute de l’industrie du diamant et de la pipe, avant celle de l’automobile et de la « plastics vallée », a successivement emporté les derniers travailleurs résidents et leurs familles. Pour ceux qui restent, l’avenir est incertain et l’isolement les mine.
Notre série de reportages sur Saint-Claude :
À l’occasion des élections municipales qui auront lieu en mars 2026, StreetPress a décidé de tirer le portrait de Saint-Claude. À travers une série d’enquêtes et de reportages, nos journalistes Clara Monnoyeur et Pauline Gauer racontent au long cours ce territoire, ses habitants, et les enjeux qui le traversent à l’aune du scrutin.
Épisode 1 : Rêves et espoirs de la jeunesse enclavée du Haut-Jura
Épisode 2 : À Saint-Claude, dans le Haut-Jura, la santé est à l’agonie
Épisode 3 : « Tout le monde est parti » : les tours ouvrières disparues du Haut-Jura
Perchés au sommet ou relégués dans la vallée, les habitants des quartiers prioritaires de la ville enclavée de Saint-Claude, dans le Haut-Jura, ont vu leurs usines et leurs commerces fermer. / Crédits : Pauline Gauer
Une cité fantôme
« Mon bâtiment est à moitié vide », assure Khemissa, 67 ans, locataire d’un des logements sociaux du quartier des Avignonnets. Ses voisins sont partis au fil du temps. Alors, pour s’occuper, la grand-mère, emmitouflée dans son manteau beige, fait le tour de son immeuble à pied dans l’espoir de croiser quelqu’un avec qui papoter. C’est son programme quotidien quand la neige ne l’empêche pas de sortir : « Les trottoirs ne sont pas toujours bien déneigés, c’est dangereux ! » Son logement, perché sur la falaise, donne sur la vallée de la Bienne : « C’est magnifique ici ! » Arrivée d’Algérie à ses 20 ans, elle ne se lasse pas de la vue sur les montagnes de sapins enneigés. Pas de périph, pas de pollution, pas de trafic, énumère-t-elle. Seulement le chant des oiseaux et le souffle du vent dans les feuilles.
« Mon bâtiment est à moitié vide », assure Khemissa, 67 ans, locataire d’un des logements sociaux du quartier des Avignonnets. / Crédits : Pauline Gauer
« C’est calme ici », lâche un autre retraité. Ici, les seuls semeurs de troubles ont la carrure trapue, le pelage brun rêche, le groin allongé et la queue en pinceau. Les habitants cohabitent depuis des années avec des familles de sangliers. Les animaux descendent de la forêt et se baladent au pied des immeubles. « Au début, c’est étonnant ! Ça surprend des sangliers. Mais avec le temps, on est habitués à les voir dans le quartier », rit Khemissa. Les courses-poursuites entre agents de la police municipale et mammifères sont l’un des sujets de faits-divers classiques des journaux locaux. L’Algérienne ajoute :
« À défaut d’habitants, au moins, il reste les sangliers. »
En bas d’un autre immeuble quasi vide, un corbeau croasse dans la brume, perché sur un frêne, comme l’annonciateur d’une mauvaise nouvelle. Le bâtiment sera-t-il le prochain à être rasé ? En 2022, trois tours de 154 logements ont été détruites dans le quartier. Un jardin d’été fait de bancs et de tables en palettes — bien vide en hiver — a remplacé l’une d’elle. En 2024, le grand bâtiment de la « banane » — situé à Chabot — a lui aussi été rasé, entraînant la disparition de 171 logements.
Chabot est situé en contrebas à l’entrée de la ville. / Crédits : Pauline Gauer
Les Avignonnets sont plantés sur les hauteurs de Saint-Claude au nord-ouest. / Crédits : Pauline Gauer
« À Saint-Claude, la situation de l’organisme public d’habitation [OPH, ndlr] à loyers modérés était catastrophique. Nous réalisons le grand nettoyage », commente à « La Voix du Jura » Clément Pernot, président du bailleur la Maison pour tous, qui a fusionné avec l’OPH du Jura. Il poursuit sur ces destructions : « En quelques mois, nous allons faire ce qui n’a pas été fait pendant dix ans […] sauver le logement social de Saint-Claude, qui a un avenir. » En attendant, à l’emplacement des logements démolis, l’herbe puis le gel ont recouvert ces années de vie. Il n’en reste rien.
Chute ouvrière
Il est 11 heures. Posté face à la montagne, devant un banc en métal vert rouillé, Enes, 56 ans, échange avec ses voisins dans un mélange de turc et de français. Ils profitent des rayons de soleil sur la vallée recouverte de brouillard. « Je préférerais travailler », lâche Enes, en replaçant son bonnet vert tissé. Arrivé de Turquie en 2004 pour bosser sur les chemins de fer puis sur les chantiers du coin, il n’a pas eu l’habitude de rester inactif. L’homme à la barbe rasée et aux fossettes marquées a enchaîné de multiples travaux dans le département : bâtiment, scierie, usine… Comme lui, presque 20 % de la population de la commune était ouvrière en 2022. « Je ne fais plus qu’un peu d’intérim de temps en temps », précise Enes en tapant frénétiquement le bout de son pied contre le tronc d’arbre. De quoi payer son loyer et remplir un peu le frigo. Le taux de pauvreté est de plus de 40 % dans le quartier des Avignonnets — contre 20 % dans la commune et 15 % en France —, avec un revenu médian de seulement 948 euros par mois. Près de la moitié de la population active n’est pas qualifiée.
Enes, 56 ans, échange avec ses voisins dans un mélange de turc et de français. / Crédits : Pauline Gauer
Enes est arrivé de Turquie en 2004 pour bosser sur les chemins de fer puis sur les chantiers du coin. / Crédits : Pauline Gauer
« Mon mari est passé par Ébonite pour sa transformation de caoutchouc ; Miflex, Plastorex pour ses objets en résine plastique ; ou encore Smoby et ses jouets », énumère Khemissa, dont le conjoint est depuis parti à la retraite. Lui est arrivé d’Algérie à 3 ans sous le bras de son père à bord du bateau de l’armée en pleine guerre d’Algérie, entouré de soldats. Dès qu’il a eu l’âge de travailler, il a enchaîné les industries du bassin de Saint-Claude.
Enes a enchaîné plusieurs jobs dans le département dans le bâtiment, scierie, usine... / Crédits : Pauline Gauer
« Le Haut-Jura n’est pas une terre de grosses industries comme dans le Grand-Est ou le nord de la France », explique l’ancienne archiviste municipale et membre de l’association Les amis du vieux Saint-Claude Véronique Blanchet-Rossi, autrice de « Saint-Claude au fil des rues ». Mais malgré son territoire enclavé et le manque de routes, Saint-Claude a su se démarquer par son artisanat et ses ressources naturelles. Ses tourneries puisent notamment l’énergie hydraulique dans ses rivières. La ville, spécialisée dans la fabrication d’objets en bois, obtient ensuite le monopole de la fabrication de pipes puis de taille de pierres précieuses mais aussi d’horlogerie. « Saint-Claude connaît son apogée durant la Première Guerre mondiale de 14-18 », ce qui lui vaut le surnom de « la capitale de la pipe et du diamant ». Après la Seconde Guerre mondiale, la cité développe son activité autour de la plasturgie. Le territoire rejoint alors le pôle d’activité de la « plastics vallée », située dans les départements de l’Ain et du Jura, où se situe la plus forte concentration d’entreprises spécialisées dans le plastique en Europe.
« Le Haut-Jura n’est pas une terre de grosses industries comme dans le Grand-Est ou le Nord de la France », explique l’ancienne archiviste municipale Véronique Blanchet-Rossi. / Crédits : Pauline Gauer
Mais malgré son territoire enclavé et le manque de routes, Saint-Claude a su se démarquer par son artisanat et ses ressources naturelles. / Crédits : Pauline Gauer
Une période pendant laquelle les usines font appel à la main-d’œuvre étrangère. En 1926, les Italiens représentaient 12 % de la population saint-claudienne. À partir des années 1960, se succèdent des vagues de travailleurs algériens et marocains, puis portugais et enfin turcs et laotiens, « souvent originaires de la même région », précise Véronique Blanchet-Rossi.
« Il n’y a jamais eu de grosses cités car il n’y a pas de terrain plat à Saint-Claude. Les HLM n’ont donc jamais pu s’étaler », dit l'ancienne archiviste. / Crédits : Pauline Gauer
« Y’a pas d’étrangers ici, c’est la famille », rétorque Enes, le Turc au bonnet tissé. Khemissa, l’Algérienne, se souvient des sorties au lac de Vouglans les après-midis d’été avec ses cinq enfants, des balades, des goûters avec les voisins de toutes les nationalités. « Tous mélangés ! », lance-t-elle. Dans le quartier des Avignonnets, construit à coups de dynamite sur la falaise, 35 % des habitants sont étrangers : « témoin de la vitalité industrielle et d’une longue histoire locale de migration socio-économique couplée à une tradition solidaire et humaniste de la ville », résume un rapport communal. Lancé à la fin de la décennie 1960, le programme national de construction de logements HLM permet d’accueillir les familles ouvrières immigrées, auparavant logées dans de mauvaises conditions : « Certains dormaient dans des greniers ou faisaient plus d’une heure à pied », résume l’ancienne archiviste en sortant les plans des sites des Avignonnets et de Chabot :
« Il n’y a jamais eu de grosses cités car il n’y a pas de terrain plat à Saint-Claude. Les HLM n’ont donc jamais pu s’étaler. »
Au milieu du quartier, un bâtiment dénote par sa couleur rouge ocre. Construit un peu plus tard, il est surnommé « l’immeuble des bourgeois » car les loyers y sont un plus élevés et qu’il a la chance d’avoir deux ascenseurs.
Taux de chômage et départs
« Y’a plus de travail », tranche Enes, le visage fermé. Dans son quartier, le taux de chômage atteignait 20,3 % en 2021 — selon les derniers chiffres disponibles — contre 15 % pour la commune. En vingt-cinq ans, 10.000 emplois industriels ont été supprimés dans le Jura, dont près des deux tiers relèvent de la zone d’emploi de Saint-Claude. Dernier traumatisme en date, la fermeture de la fonderie automobile MBF Aluminium, qui a laissé plus de 250 employés sur le carreau au printemps 2021. Asel (1), 15 ans, angoisse pour sa mère ouvrière de nuit à l’usine d’équipements automobiles Eurostyles Systems à Chassal-Molinges, à quelques kilomètres. Pourrait-elle subir le même sort ? Le possible rachat du groupe GMD, auquel appartient le site, a été annoncé il y a un an déjà. Une filiale chinoise se serait positionnée. Les ouvriers craignent d’être vendus à la découpe et redoutent une délocalisation, entraînant dans son sillon la suppression de la centaine d’emplois du site.
La fermeture de la fonderie automobile MBF Aluminium a laissé 260 employés sur le carreau au printemps 2021. / Crédits : Pauline Gauer
« À partir des années 2000, en raison des conjonctures industrielles nationales et internationales, notamment celles du secteur automobile, les travailleurs qui n’avaient plus de travail partaient », contextualise l’ancienne archiviste Véronique Blanchet-Rossi. « Il ne reste plus que des vieux ! », se désole Khemissa.
Aux Avignonnets, l’épicerie turque a baissé le rideau, pourtant bien pratique pour dépanner ses habitants d’une brique de lait ou d’une baguette de pain / Crédits : Pauline Gauer
Emportant avec lui, entre autres, le café et la poste. Seule une permanence France services maintient le minimum de service public. / Crédits : Pauline Gauer
Les habitants ont fui, les services ont suivi. Au pied des immeubles, les grilles en métal ne se relèvent plus. Aux Avignonnets, fini l’épicerie turque, bien pratique pour dépanner ses habitants d’une brique de lait ou d’une baguette de pain ; emportant avec lui le café, la poste ou encore la pharmacie. Seule une permanence France services maintient le minimum de service public. « Les personnes peuvent déposer du courrier ou un colis mais ne peuvent pas faire de retrait spécifique, par exemple. Pour ça il faut aller en ville », déplore l’une des salariées. La ville compte 68 commerces vides qui le sont pour certains depuis longtemps. Seul l’espace Mosaïque propose encore des activités aux habitants ou l’association Fraternelle – Maison du Peuple, ancienne coopérative ouvrière née en 1881, dernier rempart à l’ennui avec ses animations en plein air durant les vacances scolaires.
L'état du quartier Chabot se dégrade au fil du temps. / Crédits : Pauline Gauer
Le centre-ville de Saint-Claude et sa rue commerçante sont à une trentaine de minutes à pied en contrebas. Les plus courageux remontent la grande côte avec leur caddie rempli, qu’ils tirent à bout de bras, le buste en avant. Mais ils sont de moins en moins nombreux. Khemissa, qui souffre d’ostéoporose, a du mal à se déplacer. Elle n’a ni permis ni voiture, comme un Sanclaudien sur quatre. « C’est ça mes deux roues », balance Ahmet, Chibanis de 80 ans, en montrant ses deux jambes abîmées par les accidents de travail et la vieillesse. Pour faire leurs courses, ils ne peuvent compter que sur les bus. Mais le trafic a été réduit depuis que la gestion du transport est passée de la municipalité à la communauté de communes.
Noone, immigrée laotienne de 68 ans, a été relogée dans l'autre quartier prioritaire de la ville à Chabot après la démolition de son immeuble en 2023, mais « c'est plus dur, on n'a jamais le soleil ». / Crédits : Pauline Gauer
Arrivée d'Algérie à 20 ans, Najet, 28 ans, est une agente d'entretien qui s'occupe seule du ménage de trois immeubles construits à la fin des années 1960. / Crédits : Pauline Gauer
Noone, 68 ans, a habité dix-sept ans aux Avignonnets avant que son immeuble soit détruit en 2023. De sa cité « en haut », elle a terminé « en bas » — dans la vallée —, dans ce que les locaux appellent le « trou ». L’immigrée laotienne a été relogée de l’autre côté de la commune, dans l’autre quartier prioritaire de la ville à Chabot. « Ici c’est plus dur, on n’a jamais le soleil », lâche-t-elle en serrant son écharpe rouge et en jetant un œil à la devanture décrépie de son immeuble. Najet, 58 ans, arrivée d’Algérie à 20 ans, a vu l’état du quartier Chabot se dégrader. L’agente d’entretien s’occupe seule du ménage de trois immeubles construits à la fin des années 1960. Sac Lidl au bras, trench beige ceinturé, elle grimpe, dans un rythme effréné, les six étages après un plein de courses fait au supermarché discount belge Colruyt.
Sac Lidl au bras, elle grimpe, dans un rythme effréné, les six étages de son immeuble. / Crédits : Pauline Gauer
Souvent après un plein de courses fait au supermarché discount belge Colruyt. / Crédits : Pauline Gauer
Marie-Thérèse ne peut plus descendre les marches seule. Elle attend sa fille pour l’emmener chez le médecin. Elle raconte les coupures d’eau chaude. « C’est mal isolé, c’est sombre et froid », déplore Vincent, ex-ouvrier dans le secteur de la lunetterie. Un chantier de rénovation est en cours avec la promesse d’économies d’énergie. En juin 2025, plus de 150 locataires des deux QPV avaient signé une pétition contre la régularisation des charges du bailleur La Maison pour tous, comprenant des montants allant de quelques centaines d’euros à plus de 1.200 euros.
Marie-Thérèse, une autre habitante, ne peut plus descendre les marches seule et doit attendre sa fille pour aller chez le médecin. / Crédits : Pauline Gauer
Ce 16 janvier, deux générations se tiennent bras dessus bras dessous, comme pour contrer le sort de la solitude qui gagne leur ville. Dalila, 42 ans, agrippe énergiquement sa mère de 84 ans. Cette dernière avance d’un pas précautionneux sur le goudron gelé. Elles partagent un logement HLM des Avignonnets — et donc, le loyer. Pas d’autres choix pour Dalila depuis son divorce. Elle fait partie des 20 % de familles monoparentales du quartier. Quand l’une garde ses deux petits-enfants, l’autre peut partir travailler. « On habite ensemble mais on est colocataires », tient-elle à préciser avant de traduire en arabe à sa maman algérienne.
Depuis son divorce, Dalila, 42 ans, partage un logement HLM des Avignonnets — et donc le loyer — avec sa mère. / Crédits : Pauline Gauer
Une jeunesse qui rêve de survie
De l’autre côté de la frontière, en Suisse, Enes, le vieux Turc, sait que les offres d’emploi sont plus fournies et les salaires plus élevés. Mais l’homme n’a pas la voiture qu’il faut pour supporter les 60 kilomètres aller-retour sur les routes gelées et sinueuses en hiver. Yacine est d’une autre génération : à 18 ans et bac en poche, il a quitté son quartier comme tant d’autres : « J’ai essayé de trouver dans le coin mais j’ai vite passé la frontière ! » Le taux de chômage des 15-24 ans est de plus de 30 % à Saint-Claude. Ce dernier a demandé un logement social à Saint-Lupicin, commune de 2.000 habitants à 10 kilomètres de Saint-Claude. Avec ses amis Samy et Victor, 20 ans, ils travaillent dans la mécanique et le BTP côté Suisse.
En 2024, 25 % de la population vivait dans ces deux quartiers prioritaires de la ville. / Crédits : Pauline Gauer
Dans les escaliers menant au plus haut bâtiment des Avignonnets, Asel (1) est essoufflée. L’élève en seconde revient de son lycée, situé à plus de 3 kilomètres, et plusieurs centaines de mètres plus bas dans la vallée. Une sacrée montée, d’au moins une heure de marche. Entre deux respirations, elle souffle :
« Je suis née ici, mais il n’y a pas trop de choses à Saint-Claude. »
Le taux de pauvreté est de plus de 40 % dans le quartier des Avignonnets. / Crédits : Pauline Gauer
À 15 ans, elle sait déjà qu’elle ira faire des études de médecine à Besançon (25) après le bac, université de secteur située dans le département voisin du Doubs. Le Jura n’a pas de cité universitaire. Aucune envie de suivre le chemin de sa mère ouvrière de nuit à l’usine d’équipements automobiles qui s’épuise à la tâche. Timide mais déterminée, elle rêve plutôt d’être médecin généraliste ou peut-être cardiologue. Elle sait l’importance d’être soignée quand ici, il faut attendre des années pour trouver un médecin traitant et avaler des heures de route direction Lyon (69), Dijon (21) ou Besançon pour voir un spécialiste. Dans un chuchotement, presque honteuse, elle lâche : « J’aimerais partir. »
(1) Le prénom a été changé.
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