« Mariée et mère de quatre enfants, je vis à Paris Centre avec ma famille. » C’est ainsi que se présente Rebecca Sirois, candidate Reconquête pour les 1er, 2e, 3e et 4e arrondissements de Paris sur le site officiel de la liste menée par Sarah Knafo, tête de liste Reconquête pour la mairie. Pour ce qui est de ses compétences professionnelles, la candidate de 43 ans affiche un titre d’ingénieur en urbanisme et un poste de maître de conférences à la Sorbonne. Quant à ses ambitions concernant le quartier qu’elle convoite, elle écrit sur Instagram que « Paris centre mérite de renaître » pour devenir « une ville heureuse qui donne envie de rester ».
L'expérience professionnelle de la tête de liste Reconquête dans le Marais n’est évidemment mentionnée nulle part dans le CV de la candidate. / Crédits : DR
Pourtant, elle omet de mentionner dans son CV qu’en parallèle de la campagne, Rebecca Sirois occupe une autre fonction, bien loin des préoccupations locales de Paris et de ses habitants. Elle est la porte-parole en France de Moledet, un promoteur immobilier israélien au discours sioniste assumé qui pousse les Français à investir dans des colonies illégales.
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« Faire du sionisme une pratique concrète »
Le nom Moledet n’est pas choisi au hasard. En hébreu, il signifie « patrie » ou « terre natale ». Et pour cause, sur son site, l’entreprise se présente comme « spécialisée dans l’acquisition, la valorisation et le développement de biens fonciers situés dans les zones périphériques et les localités frontalières en Terre d’Israël ». Par localités frontalières, il faut comprendre la Judée-Samarie, des terres revendiquées par Israël alors qu’elles font partie de la Cisjordanie et sont donc hors des frontières du pays. Et la motivation de l’entreprise n’est pas seulement économique. Sur la page d’accueil est écrit noir sur blanc :
« Investir aujourd’hui dans ces zones, ce n’est pas seulement saisir une opportunité foncière soutenue par l’État, c’est répondre à l’appel de l’histoire. »
Ainsi, « chaque nouvelle infrastructure » ou « chaque famille » de colons illégaux qui s’installerait « transforment une ligne sur une carte en une muraille de vie », selon l’entreprise israélienne. À leurs yeux, ces constructions représenteraient « l’unique chemin pour garantir la sécurité et la pérennité de la nation, faisant de chaque investisseur un partenaire actif de la résilience d’Israël ». Plus qu’un enjeu de souveraineté, il faudrait occuper ces territoires pour se les approprier et donc, les acheter et s’y installer.
Le 26 février, en pleine campagne, Rebecca Sirois animait dans le 3e arrondissement de Paris une soirée sur la thématique de l’investissement en Judée-Samarie. / Crédits : DR
Si le discours convainc un internaute et qu’il souhaite se lancer, un numéro de téléphone français et un nom lui sont fournis sur le site de Moledet : celui de Rebecca Sirois. Contactée par StreetPress au numéro indiqué sur le site, elle nous confirme être la candidate figurant sur la liste de Sarah Knafo. Et son engagement ne se limite pas à un simple affichage. Le 26 février, en pleine campagne, elle animait dans le 3e arrondissement de Paris une soirée sur la thématique de l’investissement en Judée-Samarie. L’objectif de cette présentation d’après l’événement Facebook qui lui est consacré : « Faire du sionisme une pratique concrète. »
En tout, ce sont ainsi 609 terrains de 300 mètres carrés qui sont proposés à l’achat — à partir de 100.000 euros — sans que jamais la dimension illégale de ces colonies où ils se situent ne soit évoquée. / Crédits : DR
300m2 en Cisjordanie à partir de 100.000 euros
Concrètement, Moledet propose à des Français de se lancer parmi trois possibilités d’investissement. À Kokhav Ya’ir, d’abord, à proximité immédiate de la Cisjordanie, mais surtout à Oranit et à Barkan, deux colonies illégales du point de vue du droit international, où la présence israélienne est contestée.
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En tout, ce sont ainsi 609 terrains de 300 mètres carrés qui sont proposés à l’achat — à partir de 100.000 euros — sans que jamais la dimension illégale de ces colonies où ils se situent — et donc de la nature même de ces projets — ne soit évoquée. Pour Barkan, par exemple, il n’est évoqué qu’une simple proximité avec le village palestinien de Qarawat Bani Hassan. Il existe tout juste une mention dans le contrat au moment de la signature permettant de comprendre le caractère aventureux du projet :
« Je suis conscient(e) que j’acquiers un droit futur sur une portion relative et indéfinie du terrain. […] Je suis conscient que le processus de régularisation foncière dépend entièrement des autorités ; ce processus est incertain et peut prendre beaucoup de temps. »
Des appartements de luxe en Palestine
Mais sur ce contrat, apparaît un autre nom d’entreprise : GSG Finances Israel Ltd. Moledet en est une filiale, chargée des investissements, et lui sert de vitrine en France. La communication sur Facebook autour de l’événement parisien du 26 février animé par Rebecca Sirois a d’ailleurs été financée par GSG. C’est également GSG qui possède le nom de domaine de Moledet et l’adresse postale donnée est en réalité celle des bureaux du promoteur israélien.
Sur les visuels fournis par le site, entre le design moderne, les terrasses et les piscines, impossible de deviner qu’on se trouve au beau milieu de la Cisjordanie. / Crédits : DR
À Oranit, une colonie illégale du point de vue du droit international, la société pour laquelle travaille Rebecca Sirois prévoit de construire un complexe résidentiel de luxe. / Crédits : DR
D’après son site, GSG s’est spécialisé dans les constructions de villages et les projets ambitieux, peu importe le lieu. À Oranit, l’un des lieux où les Français sont appelés à investir voire à y emménager, GSG prévoit de faire sortir de terre un complexe résidentiel de luxe avec des « appartements haut de gamme au design moderne et raffiné, dotés de prestations exceptionnelles ». Sur les visuels fournis par le site, entre le design moderne, les terrasses et les piscines, impossible de deviner qu’on se trouve au beau milieu de la Cisjordanie.
Quant à la description du cadre de vie, elle ne laisse pas de place au doute : « On y trouve un centre commercial, des commerces, des cafés, un centre de santé, des écoles maternelles et primaires, des écoles secondaires, des centres de formation, un centre sportif, et bien plus encore. » Toute trace de vie palestinienne est effacée. Quant à la colonie de Barkan, le projet semble presque finalisé, avec seulement quatre parcelles encore disponibles à partir de 260.000 euros.
Sarah Knafo et Reconquête avaient-ils connaissance de l’engagement d’une de ses têtes de liste en faveur de la colonisation en Cisjordanie ? La candidate à la mairie de Paris n’a pas répondu sur ce point. Elle précise néanmoins que « les activités professionnelles ou personnelles exercées par les membres d’une liste électorale relèvent de leur parcours individuel et n’engagent pas la ligne politique de la liste ». Selon elle, Rebecca Sirois exerce juste « des activités professionnelles dans le domaine de l’immobilier international », qui seraient « parfaitement légales » :
« À aucun moment, Madame Sirois n’incite des Français à quitter la France pour s’installer ailleurs. »
Quant à Rebecca Sirois, questionnée sur ses liens aussi bien avec Moledet qu’avec GSG, ainsi que sur l’apparente contradiction entre cette activité et le fait de briguer un mandat municipal à Paris, elle ne nous a pas répondu. 24 heures après l’envoi de nos questions, son nom a soudainement disparu du site de Moledet et a été remplacé par celui d’un nouveau représentant.
Photographie utilisée pour la Une : Sarah Knafo prise par le photographe Adnan Farzat, lors d’un événement à Paris durant la campagne le 4 février 2026.
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