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    15/04/2026

    Il sort son sixième EP « Pourquoi on a cassé la vitre ? »

    « Il faut des vrais bandits pour la révolution » : Costa, rappeur bagarreur

    Par Romane Lizée

    Connu depuis une dizaine d’années dans le petit monde militant et ultra, le rappeur parisien Costa sort en toute indépendance un nouvel EP, où il a rassemblé les voix engagées du moment. Portrait d’un artiste incisif, entre violence et débrouille.

    Rappeur le jour, chasseur de néonazis la nuit : c’est un peu comme ça qu’on pourrait présenter Costa, alias « Costa BLF » – pour « baise les fafs ». L’artiste de 29 ans, un bon mètre 90, la boule à Z, les yeux « bleus comme la mer » et un « 1312 » tatoué dans le dos à ses 17 ans, n’a pas la langue dans sa poche. Il s’est fait connaître en une dizaine d’années dans le petit monde des ultras et des militants de gauche parisiens avec un style incisif, entre boom-bap et trap. C’est un enfant de Ménilmontant, ce quartier de l’Est parisien tenu par « la gauche de la gauche de la gauche ». Il raconte ses nuits à parler politique dans son ancien QG, le « Saint Sauv’ », le bar historique des antifas fermé il y a un an. Il y a trouvé aussi son club de foot – autogéré, évidemment –, le MFC « 1871 » – l’année de la Commune de Paris, mouvement insurrectionnel dont l’un des plus gros bastions se tenait dans le 20e arrondissement. Il n’y joue plus mais en fréquente encore les joueurs et supporters, qu’il a mobilisés pour le clip « No face no case » en feat avec Médine.

    Ce 10 avril, Costa a sorti son sixième EP « Pourquoi on a cassé la vitre ? », avec le label indé Blue Sky et distribué par Sony. Dans la vidéo d’annonce du projet apparaît 2L, nouvelle idole de la gauche autonome parisienne, qui fonce droit sur la caméra un parpaing à la main, mais aussi le Havrais Médine, pilier du milieu, en K-way noir et casque de moto. Il y a enfin Malo, rappeur du 95 influencé par les prod’ américaines, muni d’un extincteur. Sur la pochette de l’album, Costa a préféré prendre un pavé. « Pour le symbole, mais le marteau, ça marche bien aussi. » Le rappeur aime tourner ses vidéos à côté des vitrines explosées des banques ou des boutiques de luxe – « effet cassé produit par IA », assure son attachée de presse –, comme au milieu des torches et des banderoles. D’ailleurs, pour fêter la sortie de l’EP, ses équipes ont organisé une « casse party » dans une fury room. « Ce projet, ce n’est pas qu’une référence aux black blocs », lance Costa, avec un brin d’humour provocateur :

    « C’est libre d’interprétation : on peut aussi casser une vitre pour aller cambrioler ou pour se libérer d’une garde à vue. »

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    Rappeur le jour, chasseur de néonazis la nuit : c’est un peu comme ça qu’on pourrait présenter Costa. / Crédits : Hugo Aymar

    Bandit

    Costa n’est pas très à l’aise avec les questions. Il veut protéger sa vie privée, il a peur de « dire des trucs niais » et en même temps, il n’a pas envie non plus de « flex ». Comprendre : il ne voudrait pas jouer les gros bras. Il glisse qu’il serait tombé dans le bain du militantisme dès 15 ans. Quelques blocages de lycée et manifs l’ont forgé, mais son mode d’action à lui, c’est plutôt la bagarre. « Autodéfense populaire », préfère-t-il, lui qui soutient « qu’il faut des vrais bandits pour la révolution ». « Face à la violence du système, il est normal de répondre par la violence ». Il confie :

    « Je n’ai pas été si instruit que ça politiquement, mais t’as pas besoin de connaître tout sur le bout des doigts – le marxisme, le léninisme, l’anarchisme – pour militer. »

    Le rap croise son chemin à peu près à la même époque que la politique. Costa grandit dans le 14e arrondissement de Paris. À la maison, son père grec, guitariste au conservatoire, et sa mère américaine, ancienne violoncelliste, écoutent du jazz, du blues, de la pop américaine. Costa, lui, s’abreuve de gangsta rap. « J’écoutais Eminem, Dr. Dre, N.W.A… je grattais en anglais », raconte-t-il. « Maintenant je n’écoute plus que du rap français : Lesram, Jungle Jack, Alpha Wann, Martin Gall… Et dès que je suis perdu musicalement, je reviens toujours à Népal. »

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    Sur la pochette de l’album, Costa a préféré prendre un pavé, « pour le symbole, mais le marteau, ça marche bien aussi ». / Crédits : Hugo Aymar

    Violence et fashion

    Costa façonne d’abord son style à coup de singles, dont l’un des plus connus est « BLF ». Il lance en 2021 la série de freestyles Archives, où, équipé d’une GoPro, le rappeur intègre de vraies scènes de vie dans ses clips : ses trajets en voiture, des échanges au bar avec ses potes, le récit de sa dernière garde à vue pour le port de gants coqués… Grâce à l’entremise de Romain Manirampa, ex-dirigeant du média OKLM et fondateur de l’agence Iceberg, il signe en 2022 avec le label indé Blue Sky pour la trilogie d’EP « La ville derrière nos torches », « Derrière la ville » et « Là, derrière ». Mais pour Costa, son premier projet le plus abouti est « Violence culture sport et fashion » (2024). Il a voulu rendre hommage à la culture casual, un style de vie qui a émergé dans les années 1980 chez les supporters de foot, de ceux qui nourrissent une passion pour la baston et les hoodies Stone Island – la marque à l’étoile fétiche des antifas. Pour Costa, le casual, c’est aussi un monde où se cultivent « l’esprit de camaraderie et la tolérance » :

    « Comme elles ont toujours été populaires, les tribunes ont forcément plus souvent été de droite. Le milieu antifa a su redonner des valeurs au stade. »

    Avec « Violence culture sport et fashion », Costa a voulu arrêter de « s’éparpiller » : « J’ai retenu une phrase [du rappeur] Dosseh qui a dit : “C’est pas parce que tu sais tout faire et que tu veux tout faire, qu’il faut tout faire.” Alors je me suis dit : je vais faire que des bêtes de rimes sur des prods qui tabassent. » L’artiste collabore avec différents noms de la scène underground, dont Diogènes, le beatmaker des kickeurs Yovo, Sheldon, Huntrill, 404Billy et Isha. En mai 2025, il remplit la Boule Noire, une salle parisienne reconnue pour sa programmation émergente mais exigeante. Avec « Pourquoi on a cassé la vitre », Costa continue de distiller ses idées mais essaie de sortir un peu de l’entre-soi. « Des fois, ça me saoule d’être vu comme un rappeur militant et de prêcher pour des convaincus, en mode Keny Arkana – même si c’est super ce qu’elle fait. Les artistes qui m’ont le plus touché dans le rap, c’était pas forcément les plus politisés de prime abord. Des fois il suffit de raconter dans un son une anecdote très précise et ça en dit long sur le monde dans lequel on vit. » « Costa a un côté “poétique de la réalité” très joli », complimente 2L, qui a rencontré le rappeur pendant le Lyon antifa fest de décembre 2025, événement menacé d’être interdit par la préfecture du Rhône.

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    « J’ai retenu une phrase [du rappeur] Dosseh qui a dit : "C’est pas parce que tu sais tout faire et que tu veux tout faire, qu’il faut tout faire". » / Crédits : Hugo Aymar

    La débrouille

    Jusqu’à présent, il n’y avait pas beaucoup de meufs dans les projets de Costa et ça lui a parfois été reproché par son public militant. « J’ai grandi dans un système sexiste, depuis je me suis remis en question. Faut voir d’où je pars et laisser l’opportunité aux gens de changer. » Il explique travailler autrement aujourd’hui. Pour « Doja Cat » [référence à la star américaine], il a notamment travaillé avec des figurantes qui se préparent pour partir en manif’.

    À côté du rap, Costa jongle entre les petits boulots. Il a été barman pendant cinq ans, il bosse parfois dans l’événementiel et « vend des trucs ». Il se dit dans la « mentalité hustler » – le rappeur aime bien les expressions anglaises –, en gros, la débrouille : « Pas assistant, pas assisté. Donc je jump [saute] sur toutes les occasions. J’ai même mis des tests PCR dans le nez des gens pendant la pandémie de Covid : 5 balles par personne, j’en faisais 100. » Il faut dire qu’il n’aime pas trop les patrons : dans le clip de « Candidat », il kidnappe un homme en costard cravate, sac sur la tête à l’arrière d’un camtar, qui finit pendu par les pieds dans la forêt.

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    Costa aime bien faire peur, « mais c’est un gentil », assure son attachée de presse. / Crédits : Hugo Aymar

    Photo de Une de Hugo Aymar.

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