Tentes Quechua et toilettes sèches : les migrants s’installent dans un bois de Paris

Tentes Quechua et toilettes sèches : les migrants s’installent dans un bois de Paris

Virés de la Chapelle, ils bricolent un camp avec les riverains

Camping Paradis | Enquête | par | 10 Juin 2015

Tentes Quechua et toilettes sèches : les migrants s’installent dans un bois de Paris

Évacuée mardi du campement de la Chapelle, une grosse cinquantaine de migrants s’est installée dans le jardin associatif du Bois Dormoy.

Bois Dormoy, 18e – Un modeste panneau indique l’entrée. C’est dans le Bois Dormoy, un jardin associatif du 18e arrondissement de la capitale, que les migrants délogés la semaine dernière de La Chapelle ont fini par poser leur baluchon. Ambiance jungle de Calais, des vêtements et des couvertures pendent aux branches des arbres alors que le campement s’organise. Depuis 2 nuits, 50 à 70 migrants dorment ici. Entre géraniums et gyrophares.

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Un petit panneau indique l'entrée / Crédits : Yann Castanier

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Dans les allées du Bois Dormoy / Crédits : Yann Castanier

Dans les allées du Bois Dormoy

On croise Ahmed, 25 ans. Un seau à la main, il fait sa lessive. D’autres migrants se reposent dans une tente ou sur des matelas posés à même le sol. L’un d’eux, Jafa, en France depuis 5 jours, passe le temps en regardant des vidéos sur son portable. Il a filmé son sauvetage en bateau. Un peu plus loin, les associations ont installé des toilettes sèches.

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Au Bois Dormoy, un migrant fait sa lessive / Crédits : Yann Castanier

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Ahmed Ibrahim, à gauche, a 25 ans. Asharof, à droite, a 17 ans. Ils sont arrivés depuis 16 jours en France. Ils n'ont pas de documents. / Crédits : Yann Castanier

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Mohammed est Ethiopien. Il fait parti du groupe des Oromos, différent de celui du gouvernement. "J'ai été emprisonné 3 fois : 2 mois et 2 fois 4 mois. J'ai peur pour ma vie là-bas. " Il était maçon en Ethiopie. Il espère obtenir des papiers pour travailler. Il n'a ni famille, ni ami ici. Il est arrivé par bateau depuis la Lybie. / Crédits : Yann Castanier

Dans le Bois Dormoy, c’est l’effervescence. Riverains, associatifs et journalistes défilent dans le jardin. A droite de l’entrée, une mini-pharmacie et même un bar ont été installés dans l’ancien cagibi de jardinage. Des chaussures sont entassées à terre. Les habitants du quartier ont apporté de la nourriture et des biens de première nécessité, comme du savon. Une dame a proposé de faire un couscous pour 30 personnes.

« Ce n’est pas à nous de nous substituer à l’État »

Thomas Augeais est le président de l’asso’ du Bois Dormoy :

« On m’a appelé dans la nuit. Les migrants étaient traumatisés par les violences policières du 8 juin. A La Chapelle il y avait des toxicos. Impossible de dormir dehors. On a décidé d’ouvrir. »

Jeudi matin, le jardin sera pourtant fermé.

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Au Bois Dormoy, les asso' mettent la main à la pâte / Crédits : Yann Castanier

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Nyomad est Erythréen. Il a 25 ans. "Je suis arrivé en France il y a 4 jours. Je ne veux pas rester ici. Je veux rejoindre ma femme qui est aux Pays-Bas. C'est pour ça, je n'ai pas demandé l'asile. Mais je n'ai aucun moyen d'y aller." / Crédits : Yann Castanier

« Ce n’est pas à nous de nous substituer à l’État », poursuit le trentenaire aux cheveux hirsutes. Il a déposé un ultimatum à la mairie. « Personne ne veut d’un nouveau Sangatte dans Paris… », déclarait dans l’après-midi Jean-Marie Le Guen, le secrétaire d’Etat chargé des relations avec le parlement interviewé par Europe 1. Surtout pas les migrants.

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Le portrait à la banane / Crédits : Yann Castanier


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