Jean-Marie Le Pen, envers et Montretout

Jean-Marie Le Pen, envers et Montretout

On a passé la soirée électorale avec le fondateur du FN

N’est-ce pas ! | Reportages | par | 24 Avril 2017

Jean-Marie Le Pen, envers et Montretout

Jean-Marie Le Pen n’a pas déposé les armes. Depuis la demeure familiale, le vieux chef et sa garde rapprochée se rappellent au bon souvenir du Front National. A l’approche des législatives, les grognards remontent au Front.

Pas mal assuré mais verbe haut, Jean-Marie Le Pen fait son entrée à Montretout. « On y va, et à cheval ! » tonne le vieux chef, une vingtaine d’objectifs et smartphones braqués sur sa carcasse, alors qu’il escalade le perron. La demeure du clan Le Pen renoue avec les soirées électorales. La dernière fois, c’était en 1988. France 2 s’appelait encore Antenne 2. Et Le Pen échouait au pied d’un podium composé de Mitterrand, Chirac et Barre.

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Lorrain de Saint Affrique accueil son président. / Crédits : Mathieu Molard

Reconstitution de ligue dissoute

« Le président », à peine arrivé, s’échappe dans les étages. Dans le petit salon, se pressent tous ceux qui n’ont plus l’oreille de Marine Le Pen. Le monsieur Loyal de la soirée, Lorrain de Saint-Affrique, revenu au bercail après 21 ans de brouille politique, accueille un à un les invités. Farid Smahi fait une entrée tonitruante :

« 11 millions de vues, vous avez vu ? »

Deux jours plus tôt, l’ex-conseiller régional interpellait avec véhémence Anne Hidalgo, s’offrant un buzz. « 11 millions de vues et [Marine Le Pen] ne m’a pas appelé », grogne-t-il :

« Après tout ce que j’ai fait pour le Front. J’étais le Bougnoule de Service. »

Une formule qu’il lui avait déjà été lancée à la face au moment de son départ du FN en 2011. Reconstitution de ligue dissoute : Alexandre Simonnot, viré du Front, Patrick Hays, évincé, Thierry Bouzard parti (il y a longtemps) et Roland Hélie, parti (il y a bien plus longtemps encore), sont là. Marion Maréchal, qui habite la demeure, a passé une tête un peu plus tôt. Pas de bannis, à Montretout. Pas même Sergent et Major, les deux dobermans accusés d’avoir tué la chatte de Marine Le Pen, prétexte à son départ de la demeure. Un complot, dit-on ici. « Le chat est tombé et [le chien] l’a pris par le cou pour le ramener », raconte un intime.

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Amexandre Simonnot attend les résultats. / Crédits : Mathieu Molard

20 heures. Sur le petit écran surplombé d’un tableau à son effigie, les résultats tombent. Peu d’émotion. A peine quelques applaudissements. Un peu de déception, chez « les amis de Jany » – l’épouse de Le Pen – qui pour beaucoup ont voté Fillon. Jean-Marie suit les résultats à l’étage, entouré de ses plus fidèles. A l’annonce du score, son visage reste immobile tandis qu’il filme l’écran avec son smartphone, nous raconte-t-on. « Solennel », juge Haroun Aaron, son jeune attaché parlementaire. Ce dernier évoque aussi, pour ces vieux militants, le « traumatisme » des manifs qui avaient, en 2002, agrémentées l’entre-deux-tours. Tous ont une pensée pour elle, Marine. L’inverse est moins sûr.

Avec eux ou contre eux

Quelques minutes après l’annonce des résultats, Le Pen descend dans l’arène. Face à la petite meute de journalistes, il fait part de sa joie. « Je jouis de l’instant présent. » Avant de rappeler, bien-sûr, ce que lui doit sa fille, « 40 ans de combat contre la décadence française ». Il annonce sa présence au traditionnel rassemblement du premier mai et promet un discours historique. Une manière surtout de rappeler qu’il existe et qu’il faudra compter avec lui. Avec eux.

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Champagne et vue. / Crédits : Mathieu Molard

Comme StreetPress l’annonçait ce mercredi 19 avril, tous les courants à la droite du FN partent en rangs serrés aux législatives. « Plus de 200 candidats », confirme Lorrain de Saint-Affrique. Un caillou dans la chaussure de Marine Le Pen. « On a des anciens conseillers municipaux, des gens bien implantés », détaille le secrétaire général des Comités Jeanne, qui confesse toutefois des difficultés à atteindre la parité :

« Et puis il y aura le nom de Le Pen sur toutes les affiches. C’est comme Google, une marque connue mondialement. »

De quoi grignoter quelques pourcentages qui pourraient compter au soir des législatives. « Mais nos téléphones sont ouverts », précise Alexandre Simonnot. Manière de dire, qu’il faudra faire avec eux ou contre eux. Jany Le Pen rêve aussi d’entendre la sonnerie du téléphone retentir à Montretout :

« Espérons que face au triomphe, elle saura rassembler sa famille. »

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Tout le monde s'arrache Jany. / Crédits : Mathieu Molard

Minute buzz

Le Pen (père) s’extrait des journalistes pour saluer quelques proches du couple, venus des beaux quartiers de l’ouest parisien. De ceux qui ont « un petit quelque chose », à Deauville, nous dira l’une d’entre elle. Des amis de longue date qui répugnent à dire comment ils ont connu les Le Pen. « Je les ai rencontré par l’intermédiaire d’une personnalité dont je ne peux pas dire le nom, censée [lui] être opposée », raconte une dame aux lunettes fumées, arrivée en voiture diplomatique.

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Jany Le Pen discute avec ses copines. / Crédits : Mathieu Molard

Une journaliste de Life News, chaîne d’info en continu Russe, lui offre un petit cadeau. Le Président papillonne quelques dizaines de minutes, lance quelques bons mots et puis s’en va. On l’interpelle pour une dernière question :

« – Vous ne craignez-pas une action Femen le 1er mai ?
– Les femmes ne m’ont jamais fait peur, même les femelles. »

Un large sourire barre son visage. La provoc’ fait partie de la com’ et ici on le sait mieux que n’importe où. Plus tôt, alors qu’on s’enquiert de l’arrivée de Le Pen, on nous répond qu’il « est en train de fumer un joint avec la racaille, MC Solaar et Ophélie Winter »… On en passe et des meilleures.

Les comités Jeannes sur tous les Fronts

Le pres’ remonte dans ses appartements et peu à peu, les journalistes quittent les lieux. Reste les grognards qui se remémorent les anciennes batailles et les coups d’éclats, petits ou grands. Farid Smahi, assis sous un portrait fameux de Le Pen en tenue de corsaire, nous raconte sa visite à un raout de l’UOIF, accompagné du prince de Bourbon-Parme.

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Farid Smahi à l'ombre du corsaire. / Crédits : Mathieu Molard

A Montretout, amis politiques comme personnels ne croient guère à la victoire de Marine Le Pen au soir du second tour. Face caméra, on assure que Macron est le meilleur adversaire, mettant en scène une opposition « du parti de la finance, contre le parti de la France », dixit Roland Hélie. Pourtant tous ou presque espéraient un second tour, plus ouvert, face à Fillon. D’autant qu’en cas de défaite, la pilule aurait été moins dur à avaler.

Comme d’autres ici, Maître Frédéric Joachim, l’avocat de Jean-Marie Le Pen, assume avoir voté pour le candidat de la droite. C’est l’heure des bons mots et des anecdotes. Il raconte à l’assistance sa rencontre dans le train, quelques heures plus tôt, avec Philippe Poutou à qui il aurait lancé :

« Alors maintenant, les bolchéviques voyagent en 1ère. »

Éclats de rire. On débouche une bouteille de la cuvée Comité Jeanne. En aparté Lorrain de Saint Affrique vante les compétences du conseil de Jean-Marie Le Pen. « Avec lui on ne perd jamais, surtout contre le FN. » Une allusion au procès de novembre 2011. Le Tribunal de Grande Instance de Nanterre avait maintenu Jean-Marie Le Pen dans son rôle de Président d’Honneur du parti. Un pied dehors, un pied dedans qui – selon les statuts du parti – imposerait nous dit-on la présence du Menhir, aux comités d’investitures pour les prochaines législatives. Le père Le Pen n’a pas dit son dernier mot.

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Cuvée Jeanne. / Crédits : Mathieu Molard


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