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    01 / 05 / 2019

    « Tout le monde déteste la police »

    Le black bloc acclamé en ce premier mai

    Par Inès Belgacem , Christophe-Cécil Garnier , Léo Derivot

    En tête de cortège, gilets jaunes et autres militants de tous horizons acclament les hommes en noir. Plus en arrière, des slogans anti-police fusent parfois des rangs syndicaux.

    « Le Bloc fait son boulot. Qu’on soit pour ou contre, peu importe. Il fait ce qu’il a à faire. » François et Jean-Louis sont pompiers et gilets jaunes depuis le deuxième acte. Posés à deux pas de l’Église Notre-Dame-des-Champs, dans le 6ème arrondissement, ils attendent que le cortège se remette en route. Moins d’une heure après le départ, une partie de la manifestation du 1er mai s’est déjà faite nasser et gazer au lacrymo par les CRS.

    Et pour cause, les forces de l’ordre redoutent le cortège de tête, qui représente la plus importante partie du rassemblement du 1er mai. Comme à son habitude, il regroupe tous les mécontents qui veulent dépasser l’engagement classique des syndicats ou partis. On y croise des gilets jaunes, des étudiants, des écolos, des féministes, des anticapitalistes, des autonomes … Et parmi eux se trouvent de plus en plus de kway noirs et leurs sympathisants.

    Une organisation compliquée pour le Bloc

    « Le Black Bloc, ce n’est ni une organisation, ni un parti, c’est juste une pratique qui réunit des gens le temps d’une mobilisation », expliquait à StreetPress Jonathan, un militant radical participant du Black Bloc, dans un précédent article. Une stratégie d’action en d’autres termes. L’an dernier, la manifestation du 1er mai a été un moment clé pour ces militants radicaux, qui se sont retrouvés ensuite dans la plupart des actes des gilets jaunes. Cette année, la police a tout mis en oeuvre pour empêcher la formation d’un Bloc, aidée par la loi anti-casseurs. Les interpellations ont commencé la veille, mardi 30 avril.

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    Un p'tit selfie avec Benalla devant le comico / Crédits : Léo Dérivot

    Dans le cortège de tête, tout le monde attend la formation d’un Black Bloc et les affrontements avec les CRS. Des militants en noir traînent dans les rangs, à la recherche de leurs pairs. Mais l’organisation s’est révélée plus complexe qu’à l’habitude. Les réunions en amont et les conversations via des messageries cryptées comme Signal n’ont pas eu l’efficacité escomptée.

    Cette année, la loi anti-casseurs, les arrestations à répétition et les 2.200 blessés durant le mouvement des gilets jaunes (selon le ministère de l’Intérieur) les ont refroidis. La peur de l’arrestation et de la prison a été omniprésente dans les conversations cryptées qu’a pu suivre StreetPress. La stratégie habituelle a laissé place à la spontanéité. La question n’était plus de savoir comment faire entrer du matériel de casse (marteaux, barres de fer, etc.), mais… comment simplement rentrer dans la manifestation avec un K-Way. Les militants radicaux sont arrivés seuls ou en tout petit groupe et ont mis longtemps à se retrouver. La suite a été improvisée.

    L’arrivée triomphale

    Boulevard de l’Hôpital. Tout est calme. Tout d’un coup, une poignée de CRS charge et attrape un homme en noir. L’arrestation est immédiate. La huée aussi. Quelques membres du Black Bloc commencent à cibler la police avec des morceaux de bitume, sous les applaudissements. Dans la foulée, un Bloc de plusieurs dizaines de militants cagoulés arrive en courant entre la foule, munis de fumigènes. Ils sont instantanément acclamés par les manifestants. Depuis plusieurs mois, les regards ont changé sur ce mode d’intervention. Les dits « casseurs » ont totalement intégré les mobilisations sociales. Un d’eux, voyant que ca bouge, décide de se changer et d’enfiler son jogging – Kway noir pour agir. Plusieurs manifestants se placent autour de lui pour le cacher.

    Les chants des radicaux font désormais partie intégrante de la manif. Leurs « ahoo ahoo » inspiré du cri des spartiates dans le film 300 et leur slogan « tout le monde déteste la police » sont repris en coeur, par les gilets jaunes notamment, mais aussi parfois par des militants de la CGT. Et certains gilets jaunes à l’origine éloignés de la gauche radicale adoptent désormais ce mode d’action, enfilant le sweat noir sous le gilet jaune.

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    Les street medics ont du taff aujourd'hui / Crédits : Léo Dérivot

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    Une petite 1664. On est le 1er mai après tout. / Crédits : Léo Derivot

    Union sacrée sur le dos de la police

    Dans la manifestation, la colère contre la police unit les manifestants. Nadia peste. Cette gilet jaune vient de se faire asperger de lacrymo par les forces de l’ordre qui ont, par la même occasion, séparé un cortège de jaunes, en tête de manif. Et la rengaine revient un peu partout. Du côté du cortège syndical, le choc est palpable. Laurent Degousée , membre de Sud Commerce (Solidaires), analyse :

    « C’est un fait assez inédit, on n’a pas eu que des heurts dans le cortège de tête mais on a aussi les forces de l’ordre qui s’en prennent au cortège syndical. C’est une aggravation de ce qu’on connaît depuis 2016 ! »

    Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, s’en est également ému au micro de FranceInfo :


    240 cortèges se sont organisés partout en France, ce 1er mai. 164.500 personnes ont manifesté selon l’intérieur, 310.000 selon la CGT. À Paris, 16.000 manifestants ont battu le pavé selon la préfecture, 80.000 selon la CGT, 40.000 selon le cabinet Occurence, sollicité par des médias comme BFM TV.

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