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    22 / 10 / 2019

    Il refuse d’écrire une lettre d’excuse au Président et porte plainte pour violence policière

    Le pompier blessé par la police en manif suspendu par sa hiérarchie

    Par Mathieu Molard

    Nicolas B., pompier, a été victime, semble-t-il, d’un tir de LBD 40. Il a été, ce mardi 22 octobre, suspendu à titre conservatoire. Il porte, par ailleurs, plainte pour « violences volontaires avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique ».

    « Je me suis fait tirer dessus à bout portant ! » Sur une vidéo amateur, Nicolas B., pompier dans l’Essonne, crie sa colère. Ce coup de gueule, tourné le 15 octobre à l’occasion d’une manifestation nationale des soldats du feu, a été vu plus d’un million de fois sur les différents réseaux sociaux. Quelques instants plus tôt, alors qu’il portait secours à un collègue « pris de malaises en raison de nombreux gaz lacrymogènes », Nicolas B. est percuté par, semble-t-il, un tir de LBD 40 au niveau de la cuisse droite.

    Cerise sur la gâteau, ce mardi 22 octobre, le pompier a été suspendu « à titre conservatoire » par sa hiérarchie. Une sanction qui « prendra effet à l’issue de [son] arrêt de travail », précise le document que StreetPress a pu consulter. Il est reproché à Nicolas B. d’avoir « commis une faute grave » entraînant « la saisine sans délai du Conseil de discipline ».

    Avant même la notification officielle de cette sanction, Nicolas B. a subi les brimades de ses supérieurs, détaillent ses avocates :

    « Congés de Noël refusés, garde imposée le 24 décembre à ce jeune père de famille, retrait de la responsabilité de la formation des jeunes sapeurs pompiers. »

    Il porte plainte

    Ce mardi, par l’intermédiaire de ses avocates Louise Bouchain et Valentine Rebérioux, Nicolas B. a par ailleurs déposé une plainte auprès du Procureur de la République pour « des violences volontaires avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique sur personne dépositaire de l’autorité publique » et « mise en danger de la vie d’autrui » (1). Le pompier s’est vu notifier une incapacité totale de travail (ITT) de 10 jours en raison d’une « brûlure du 2ème degré de 5cm de diamètre avec placard rougeâtre à la face interne de la cuisse droite ».

    Dans une lettre ouverte, reprise par plusieurs médias lundi 21 octobre, ses avocates expliquent que « juste après avoir été blessé il n’a pas hésité à porter secours à un CRS pris de convulsion jusqu’à sa prise en charge par le centre de secours de Chaligny ». « Il est choqué par ce qui est arrivé », explique à StreetPress, son avocate Louise Bouchain :

    « Il était en train de porter assistance à un collègue et il est victime du tir d’un CRS. Il travaille au quotidien avec la police, c’est une situation incompréhensible pour lui. »

    Il refuse de s’excuser auprès de Macron

    A travers cette plainte, le pompier tente de recentrer le débat et de rappeler qu’il est avant tout la victime d’un tir qu’il considère comme injustifié. Car depuis la diffusion de cette vidéo, Nicolas B. « subit des pressions et des rumeurs invraisemblables ». Une d’entre elles, débunkée par Libération et LCI, l’accusait d’être un « faux pompier ».

    Sous le coup de la colère Nicolas B. avait adressé un nom d’oiseau au Président de la République (« Macron, va te faire enculer »). Il a depuis, déclaré au journal Le Parisien « regretter » ces propos. Il refuse cependant d’écrire, comme il lui a été demandé par sa hiérarchie, une lettre d’excuse au Président, expliquent ses avocates :

    « Le devoir de réserve auquel il est soumis et l’image du SDIS 91 [service départemental d’incendie et de secours] ne justifient ni la compromission ni l’humiliation publique d’un homme. »

    (1). Dans le cadre de cette plainte, ses avocates cherchent des témoins du tir.

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