En ce moment

    30/04/2024

    Les discussions de zinc continuent dans un groupe Facebook

    À Montélimar, un bar patriote rassemble le RN, Reconquête et les plus radicaux

    Par Arthur Weil-Rabaud , Daphné Deschamps

    À Montélimar, le bistrot Le Cocorico rassemble toutes les tendances de l’extrême droite locale autour du « patriotisme ». Militants identitaires, référents Reconquête ou cadres et même députés du Rassemblement national s’y croisent.

    Marine Le Pen avait bien tenté d’être ferme : « Combien d’années va-t-il falloir que je me batte pour que les gens sachent quelles sont mes idées ? Ces groupes radicaux m’ont toujours détestée et combattue », s’était-elle emportée dans les colonnes du Monde au sujet des liens entre le Rassemblement national (RN) et des groupuscules d’extrême droite violents. Pourtant, une porosité semble encore et toujours exister, et certains militants et cadres du parti lepéniste continuent de fréquenter l’extrême droite la plus radicale.

    Souvent, cette porosité s’observe dans des lieux. Le bistrot Le Cocorico, à Montélimar (26), est l’un d’entre eux. La députée RN de la 2e circonscription de la Drôme, Lisette Pollet, s’y est rendue en septembre 2022, puis en février 2023, avec l’un de ses assistants parlementaires de l’époque, par ailleurs épinglé il y a quelques années pour racisme. Des visites assez peu surprenantes au premier abord. Ludovic Reynier, l’un des deux dirigeants du troquet, est un de ses proches. C’est aussi le responsable local du parti et un ancien candidat investi par le RN pour plusieurs scrutins. Sauf que lorsqu’il n’accueille pas la députée en grande pompe, Le Cocorico, qui revendique être le « bistrot de tous les patriotes », brasse des militants de toute l’extrême droite locale, électoraliste comme radicale.

    https://backend.streetpress.com/sites/default/files/lisette_pollet_ludovic_reynier_et_lancien_assistant_parlementaire.jpg

    De gauche à droite : La députée Lisette Pollet, Ludovic Reynier, un des deux dirigeants du troquet et l'ancien collaborateur parlementaire. / Crédits : DR

    À la croisée des fafs

    Drapeaux français épinglés au mur, statuettes et posters de coqs ou de cochons et même l’appel du général de Gaulle : les dirigeants du Cocorico n’ont pas lésiné sur les babioles pour revendiquer leurs valeurs « patriotes » et attirer une clientèle attachée aux « valeurs françaises » qu’ils mettent en avant sur leur page Facebook. Il faut dire que le business model de ce bistrot repose sur la mise en pratique de l’union des (extrêmes) droites. En plus du responsable RN local Ludovic Reynier, le deuxième dirigeant et fondateur du bar est un militant très actif de la section locale de Reconquête, le parti d’Éric Zemmour : Gwenaël Lefort. Celui qui se décrit dans un post Facebook comme un « résistant à l’islamisation de [son] pays » fréquente aussi les rangs de Drôme-Ardèche Patriote, énième groupuscule identitaire local.

    À LIRE AUSSI : Le Rassemblement national et les radicaux poursuivent leur collaboration

    Et pour faire marcher l’établissement, les deux larrons jouent à fond la carte politisée. Outre un espace « presse », où sont consultables le magazine d’extrême droite Valeurs Actuelles, feu le très conservateur et raciste quotidien Présent ou encore la revue faf La Furia, éditée par une proche de Zemmour, les gérants des murs organisent de nombreux évènements à caractère politique. Invitations de représentants du Rassemblement national et réunions de l’antenne locale de Reconquête, bien sûr, mais aussi des événements un peu plus radicaux. Le bistrot a par exemple offert en juillet 2023 à ses clients la possibilité de rencontrer Damien Tarel, le « gifleur d’Emmanuel Macron ». Ce militant royaliste à l’Action française Valence (26) était de passage pour y tenir une radio libre, le tout relayé sur les réseaux sociaux du Cocorico.

    https://backend.streetpress.com/sites/default/files/invitation_damien_tarel_au_cocorico_-_juillet_2023.jpg

    En juillet 2023, le bistrot a offert à ses clients la possibilité de rencontrer Damien Tarel, le « gifleur d’Emmanuel Macron » et militant royaliste à l’Action française Valence. / Crédits : DR

    Il est aussi possible d’y croiser d’autres militants d’extrême droite valentinois une pinte à la main. Comme Endy Thivolle, ancien membre de Génération identitaire et un des leaders du groupuscule identitaire Valence Patriote (devenu Obélio), qui avait menacé StreetPress en 2022. Ou Pierrick Payet, autre leader d’Obélio, membre de génération Zemmour et proche du sénateur Reconquête Stéphane Ravier. Le bar est aussi une des bases arrière du groupe Drôme-Ardèche Patriote : une de leurs premières photos a été prise dans sa salle de réception, le patron Gwenaël Lefort y posait fièrement au côté d’un militant au tee-shirt siglé Frakass, un groupe de rock anticommuniste aux références néonazies assumées.

    Contactés, le Cocorico et son équipe dirigeante ont indiqué n’être « en rien à associer aux personnes et faits » que StreetPress a noté. « La clientèle de notre établissement agit à sa guise et nous la recevons avec le professionnalisme et le respect qui lui sont dûs, dans un esprit cordial et souriant », ont-ils répondu. Pour eux, ils assurent défendre la République, la démocratie et « au-dessus de tout, le patriotisme et l’amour de la France éternelle ». Le Cocorico et ses chefs ont expliqué à StreetPress que « tous les partis politiques et les discussions qu’ils alimentent ont droit de cité en salle ou en terrasse, dans une optique d’échange et de partage sans cesse renouvelé, comme il est de mise dans un lieu tel qu’un bistrot ».

    https://backend.streetpress.com/sites/default/files/2_11.png

    Le Cocorico fête l'année 2024 avec Endy Thivolle, ancien membre de Génération identitaire et un des leaders du groupuscule identitaire Valence Patriote (devenu Obélio), qui avait menacé StreetPress en 2022. Ou Pierrick Payet, autre leader d’Obélio. / Crédits : DR


    https://backend.streetpress.com/sites/default/files/3_11.png

    Le patron Gwenaël Lefort pose fièrement aux côtés d’un militant au tee-shirt siglé Frakass, un groupe de rock anticommuniste aux références néonazies assumées. / Crédits : DR

    Et ça continue sur Facebook

    Lorsqu’ils ne squattent pas la terrasse ou ne sont pas accoudés au zinc patriote de Montélimar, les habitués et certains proches des gérants se retrouvent en ligne, sur un groupe Facebook au nom du bistrot. Créé en septembre 2021, ce groupe privé rassemble tout de même près de 250 personnes et il faut montrer patte blanche pour y entrer. Le fil d’actualité ressemble à un agenda de toute l’extrême droite, locale comme nationale, du Rassemblement national à Reconquête en passant par Génération Zemmour, mais aussi le collectif Némésis ou l’Action Française, parsemée de quelques publications annonçant le plat du jour concocté dans les cuisines. Toutes les paniques morales de l’extrême droite sont représentées : immigration, islam, insécurité… Les publications islamophobes et racistes s’enchaînent, le plus souvent partagées par Gwenaël Lefort ou par la page officielle du bistrot.

    À LIRE AUSSI : Une militante néofasciste chargée de communication de la Garde Nationale

    Il y a la vidéo d’un scooter-cochon titrée : « Quand tu ne veux plus te faire voler ton scooter ». Un dessin d’Obélix frappant ce qui semble être un « islamiste » en disant : « Ici, on aime les femmes, le saucisson et l’apéro », aimé par le trésorier du RN d’Ardèche et ancien candidat aux législatives Johan Verhey. Et des vidéos de personnes racisées ou de musulmans filmées en France aux sous-entendus racistes et islamophobes. Des vidéos qui plaisent par exemple à Jean-Luc Chouillou, cadre local de Reconquête et suppléant lors des dernières législatives, qui like et commente les publications.

    https://backend.streetpress.com/sites/default/files/4_9.png

    Sur un groupe Facebook au nom du bistrot, créé en septembre 2021, les publications islamophobes et racistes s’enchaînent, le plus souvent partagées par Gwenaël Lefort ou par la page officielle du bistrot. / Crédits : Capture d'écran

    Dans ce groupe privé restreint, on trouve de très nombreux représentants politiques, issus du Rassemblement national ou de Reconquête, comme Stéphanie Galzy, députée RN de la 5e circonscription de l’Hérault, entrée dans le groupe en novembre 2023 avec son compte personnel, la vice-présidente du groupe RN à la région Auvergne-Rhône-Alpes, Céline Porquet, le délégué départemental du RN des Alpes-Maritimes, Jean-Marc Richelme, également collaborateur du député Christian Girard, ou encore Yoann Thibault, responsable du RN Jeunes Drôme et de la Cocarde Valence. Plusieurs anciens candidats du parti sont également au rendez-vous. La députée du coin, Lisette Pollet – encore elle – était encore membre du groupe il y a quelques mois. Peut-être que les publications racistes de Gwenaël Lefort et ses comparses l’ont finalement décidée à quitter le navire ?

    Interrogée pour savoir si les valeurs prônées par ce groupe Facebook, celles du bar, de Valence Patriote ou de l’Action française étaient celles du Rassemblement national, Lisette Pollet a répondu « NON » à toutes nos questions.

    Le militant Pierrick Payet a indiqué ne faire « aucunement partie du groupe nommé Drôme-Ardèche patriote », et n’avoir « aucun rapport ou de quelconques liens avec eux, ou d’un certain groupe privé de ce bar ».

    Contactés, Stéphanie Galzy, Jean-Luc Chouillou, Johan Verhey, Jean-Marc Richelme, Céline Porquet, Yoann Thibault, Endy Thivolle, le Rassemblement national et Reconquête n’ont pas donné suite à nos sollicitations.

    Faf, la Newsletter

    Chaque semaine le pire de l'extrême droite vu par StreetPress. Au programme, des enquêtes, des reportages et des infos inédites réunis dans une newsletter. Abonnez-vous, c'est gratuit !

    Soutenez StreetPress, tant qu’il est encore temps.

    La bataille contre l’extrême droite est rude. Nous la menons de tout notre coeur, de toute notre âme, avec toute notre énergie. Rien ne nous fera reculer, ni l’adversité, ni les menaces. Car nous ne savons que trop bien ce qu’il peut arriver si Jordan Bardella prend la tête d’un gouvernement.

    Nous faisons tout notre possible pour empêcher cette bascule. Nous devons aussi anticiper le pire. Si l’extrême droite arrive au pouvoir, le travail sera encore plus important et les obstacles plus nombreux. Financiers, notamment.

    👉 Demain nous ne pourrons compter que sur votre soutien pour financer notre rédaction de 16 journalistes et vidéastes. Il nous faut convaincre dès à présent 7700 donateurs mensuels. Vous êtes à ce jour déjà 954 donateurs à nous soutenir chaque mois.

    Je fais un don mensuel à StreetPress   
    mode payements

    NE MANQUEZ RIEN DE STREETPRESS,
    ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER