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    22/01/2026

    À 12 ans, un de ses fils avait raconté les « coups de poing dans le ventre »

    Le policier en procès pour violences intrafamiliales Yves Milla promu chef à Mayotte

    Par Lina Rhrissi

    Le 1er janvier, deux semaines avant que la Cour de cassation annule sa relaxe, l’agent accusé de violences éducatives est monté en grade au sein du commissariat de Mamoudzou, capitale de Mayotte. Le major pourrait intervenir en milieu scolaire.

    « On l’a très mal pris par rapport au fait que des collègues sont là depuis un certain moment et méritaient d’avoir cette distinction », confie à StreetPress un policier du commissariat de Mamoudzou, capitale de Mayotte. La nomination ce 1er janvier d’Yves Milla au poste de « chef de bureau de la sécurité du quotidien » ne passe pas.

    D’autant que le policier est au cœur d’une affaire judiciaire, révélée par StreetPress, pour des violences commises entre 2016 et 2022 sur ses deux fils mineurs. Le 14 janvier 2025, la Cour de cassation a annulé la relaxe de cet ancien major de la police aux frontières de Thionville (57). La plus haute instance judiciaire a estimé qu’il n’y avait pas de « droit à la correction ». « C’est la fin de l’idée, pourtant persistante chez certains juges, qu’il aurait existé à côté de la loi un droit coutumier de correction des parents sur leurs enfants », a déclaré l’avocat de la famille Patrice Spinosi à l’AFP.

    Résultat : les procédures judiciaires sont toujours en cours et le père de famille va repasser devant la cour d’appel de Nancy. Cela n’a pas empêché la Direction de la police nationale (DGPN) de le nommer major responsable d’unité locale de police (RULP) ce 1er janvier, soit treize jours avant que la Cour de cassation ne rende sa décision. Il s’agit de l’échelon le plus élevé de son grade de major. Un « graal », selon une source policière, qui s’accompagne d’une augmentation de salaire. StreetPress a pu consulter un extrait de la liste des fonctionnaires retenus pour le détachement dans l’emploi fonctionnel de responsable d’unité locale de police au titre de l’année 2026, qui confirme cette information.

    À LIRE AUSSI (en 2024) : Le boss de l’Unsa Police aurait couvert son meilleur ami policier accusé de frapper sa femme et ses enfants

    Une injustice de plus pour des policiers mahorais

    Condamné en première instance pour violences éducatives en 2023, le major a pourtant obtenu dès 2024 sa mutation sur l’île de l’océan Indien. Contacté par StreetPress, le service communication de la DGPN explique que « la mutation de M. Milla a été suspendue le temps du procès et n’a été effective qu’à partir de novembre 2024 » et assure que l’agent « a fait l’objet d’une procédure et d’une sanction disciplinaire ».

    L’institution policière a donc considéré que la relaxe prononcée par la cour d’appel de Metz le 18 avril 2024, pourtant remise en cause par le parquet ayant formé un pourvoi en cassation dès le lendemain, suffisait à accorder au policier la mutation qu’il souhaitait. Et à lui permettre de s’éloigner de ses problèmes judiciaires en allant vivre dans un département d’Outre-mer. C’est un peu plus d’un an plus tard, en janvier 2026, que le major Yves Milla est promu chef d’unité. Relancée concernant sa montée en grade de janvier, la DGPN n’a pas répondu.

    À LIRE AUSSI (en 2024) : Le policier Yves Milla, accusé de violences intra-familiales et protégé par le boss de l’Unsa, relaxé en appel

    Ce 3 janvier, des policiers mahorais indignés se sont exprimés dans un reportage diffusé sur la chaîne Mayotte la 1ère pour dénoncer une « discrimination » après que deux policiers métropolitains, qui ne sont pas désignés clairement à l’antenne, aient été nommés major RULP. Sous couvert d’anonymat à la télévision, un agent mahorais s’agace :

    « Est-ce qu’il faut être de la métropole pour être nommé ? Pourquoi nous les Mahorais nous sommes discriminés ? […] On veut savoir où est le problème. »

    Il ajoute : « Eux, quand ils viennent, c’est juste pour avoir le grade et quand on dit “grade”, c’est qu’il y a plus d’argent. »

    Si le premier, nommé au poste de « chef du groupe d’appui judiciaire », est considéré comme « méritant » et « compétent » selon plusieurs sources policières, le second est celui qui gêne davantage les troupes : Yves Milla. Un agent en poste à Mayotte précise à StreetPress que, en tant que chef de bureau de la sécurité du quotidien, le major RULP serait notamment chargé des interventions en milieu scolaire :

    « Le malaise est palpable et l’incompréhension des policiers de Mamoudzou est totale. »

    Un policier toujours protégé ?

    Il faut dire que, comme nous l’écrivions dans notre enquête de 2024, l’agent Yves Milla bénéficie de soutien au sommet du syndicalisme policier. Son meilleur ami Olivier Varlet est le boss de l’Unsa Police, un puissant syndicat. En mars 2024, à la barre de la cour d’appel de Metz, ce dernier avait défendu « l’éducation casque à pointe » de son collègue. Olivier Varlet avait déjà organisé en octobre 2023 la mutation de son collègue et ami à Paris au sein de la Direction des ressources humaines des finances et des soutiens, pour lui éviter une sanction administrative à Metz.

    En juillet 2023, le policier avait été condamné en première instance par le tribunal de Thionville à dix-huit mois de prison avec sursis probatoire et s’était vu retirer son autorité parentale pour les violences sur ses enfants. À 12 ans, son aîné Damien avait confié à l’assistante sociale de son collège :

    « Il me donne des claques, des coups de poing dans le ventre et quand il est vraiment fâché, il nous étrangle et nous fait monter très haut sur le mur. »

    « Étant donné la probité et l’exemplarité qu’on exige des fonctionnaires tout particulièrement des policiers, la décision de l’administration est à la fois incompréhensible et inadmissible », estime l’avocat de l’association SOS Fonctionnaires Victimes qui soutient l’ex-conjointe du policier Véronique et ses deux enfants depuis le début de l’affaire. Il rappelle qu’une procédure pour faits de viols et de proxénétisme visant Yves Milla est également en cours.

    Maître Daoud Achour relève le « paradoxe » de cette promotion alors que de nombreux fonctionnaires lanceurs d’alerte sont lourdement sanctionnés administrativement, « sous prétexte d’infractions qui n’ont jamais donné lieu à des condamnations pénales ».

    StreetPress a tenté d’entrer en contact avec le major Yves Milla, sans succès. Également sollicité, Olivier Varlet nous a raccroché au nez à la mention du nom d’Yves Milla.

    Illustration de la Une par Caroline Varon.

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