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    20/02/2026

    « Rentre chez toi, je suis ici chez moi, j’ai un revolver »

    « Vous êtes bonnes qu’à manger des bananes » : à Nantes, une soignante raciste condamnée pour violences et menaces

    Par Keuj

    À la CPAM de Nantes, le 16 juillet 2025, Lauranne H. a gazé un homme et a tenu des propos racistes à l'égard de plusieurs personnes avant d'être interpellée. Le tribunal l'a condamnée à trois mois de prison avec sursis le 27 janvier.

    Coupe courte blonde, Dr Martens, haut noir en laine descendant aux genoux, Lauranne H., une aide médico-psychologique de 38 ans actuellement au chômage, se lève pour aller à la barre. Ce 27 janvier, celle qui vient assister les personnes handicapées ou âgées dans les actes de la vie quotidienne comparaît en audience à juge unique au tribunal judiciaire de Nantes (44) pour violences avec usage d’une arme et menaces de mort réitérées commises en raison de la race, de l’ethnie, de la nation ou de la religion.

    Les faits remontent au 16 juillet 2025. Cet après-midi-là, Lauranne H. se rend à la caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM) sur l’île Beaulieu, à Nantes, comme usagère. Devant l’entrée du bâtiment, Oualid A., un chauffeur-livreur de 31 ans, est assis et fume sa cigarette. Pris à partie sans raison, il demande à Lauranne H. de se calmer. « J’ai un flingue, je vais tous vous buter », s’entend-il répondre. Il se lève et s’approche. « Qu’est-ce que t’as fils de pute », éructe-t-elle en mettant la main dans son sac pour en sortir une bombe lacryomogène. Elle asperge le visage de Oualid A. Une autre usagère, Younous A., intervient et se fait menacer par Lauranne H. :

    « Rentre chez toi, je suis ici chez moi, j’ai un revolver. »

    L’aide médico-psychologique entre ensuite dans le bâtiment en déclarant qu’il faudrait une file d’attente pour les étrangers. Des employées interviennent à leur tour sans imaginer la riposte verbale de Lauranne H. :

    « Qu’est-ce que vous avez bande de négresses, vous êtes bonnes qu’à manger des bananes avec votre cul plein de cellulite ! »

    Une patrouille de police circulant à proximité arrive quelques minutes plus tard et l’interpelle. « C’est la première fois que je dis des choses comme ça », réagit-elle à la barre. « Mes mots ont dépassé ma pensée, j’ai totalement pété un câble. Ce sont des propos qui sont lourds mais quand on est à cran, voilà, ça dépasse. J’avais pris sur moi depuis deux-trois ans avec mes voisins. » Ces voisins la traitent de raciste et dessinent des croix gammées sur la façade de son logement, poursuit-elle.

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    L’acharnement de l’un d’eux l’aurait poussé à ne plus sortir sans une gazeuse. « J’ai voyagé, j’ai un ami péruvien, je ne suis pas quelqu’un de raciste », proteste-t-elle. La présidente de l’audience cite ses propos. « La cellulite, c’était un clin d’œil », rétorque Lauranne H. Un silence traverse la salle. « Vous voyez un psy ? », embraye la juge. « Oui, je suis suivie », confirme la prévenue et ajoute que « des troubles se sont développés à cause de la dureté de la vie en général ».

    Reflet de « l’apartheid »

    Maître Simon Despierre, l’avocat de Oualid A., estime que « la fragilité [psychologique, ndlr] n’excuse pas tout ». Il rappelle que lors de l’audition de sa garde à vue, elle a réitéré des propos racistes tels que : « Nantes est remplie d’étrangers fumeurs de shit » ou « les témoins, c’est tous des noirs ». L’avocat regrette que le rapport des unités médico-judiciaires concernant son client Oualid A. n’ait pas été versé au dossier. En France depuis quinze ans, ce dernier a été particulièrement offensé par « le comportement de Madame [qui] le renvoie à une condition de citoyen de seconde zone qui doit systématiquement se justifier d’être légitime sur le territoire », développe maître Despierre.

    Le procureur, Yvon Ollivier, va plus loin. « C’est terrifiant ce qu’on entend dans ce dossier. Ça nous renvoie à l’apartheid ou à l’Amérique d’avant les droits civiques. Nous sommes face à une tendance raciste lourde où l’on fait une association entre délinquance et personnes étrangères », exprime-t-il, avant d’indiquer que Lauranne H. a « encore beaucoup de travail à faire, on l’a vu avec le clin d’œil ». Il conclut : « Il faut tout faire pour ne pas banaliser ce genre de propos, on vit dans une société qui va déjà assez mal comme ça. » Il requiert une « peine d’avertissement » de cinq mois d’emprisonnement avec sursis.

    Faire un stage de citoyenneté

    « Je suis choquée de ce que j’entends », réagit Lauranne H., qui n’est pas représentée par un avocat. « Mon frère est policier, j’ai une famille intelligente, j’ai toujours été très sérieuse. Il n’y a pas de justice, en fait. Tout retombe sur moi. » Avant que la présidente ne se retire pour délibérer, Lauranne H. ajoute : « Je demande la clémence, je m’excuse pour tous les propos racistes. »

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    Le tribunal l’a finalement condamnée à trois mois de prison avec sursis et à l’obligation d’effectuer un stage de citoyenneté dans les six mois. Elle devra verser 100 euros à Younous A. et 1.600 euros à Oualid A. La décision est assortie d’une interdiction de détenir une arme pendant trois ans. La présidente fait droit à la dispense de l’inscription de la condamnation au bulletin numéro 2 — celui consultable par les autorités publiques et certains employeurs — du casier judiciaire.

    Photographie de la Une par Taljat – stock.adobe.com.

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