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    10/03/2026

    Une des obsessions de Benoît de Boysson est de pouvoir contrôler le corps des femmes

    Anti-IVG, islamophobie, lgbtphobie… À Bourg-en-Bresse, même combat pour des élus Les Républicains et un cadre Reconquête

    Par Yannis Angles

    Face au maire socialiste sortant, Benoît de Boysson, avocat connu pour ses tweets racistes et son soutien à Éric Zemmour, fait liste commune pour les municipales à Bourg-en-Bresse, dans l’Ain, avec Les Républicains, sous l’aval de Bruno Retailleau.

    Pour la première fois aux municipales, une liste « union des droites » se présente à Bourg-en-Bresse (01), en Auvergne-Rhône-Alpes. Elle est menée par Benoît de Boysson, avocat de 44 ans et membre du bureau national de Reconquête — le parti d’Éric Zemmour. Mais ce n’est pas sa première campagne : en 2022, il avait déjà porté les couleurs de Reconquête aux législatives. Mais cette fois, il a réussi à fédérer sur sa liste sans étiquette des élus du parti Les Républicains (LR) locaux, ainsi qu’un membre de Nouvelle Énergie, le parti du maire LR de Cannes (06), David Lisnard. Pour le moment, le Rassemblement national (RN) a décidé de garder ses distances avec cette liste d’union des droites.

    Parmi les figures ralliées à la liste de Benoît de Boysson : Pierre Lurin (LR), vice-président du conseil départemental de l’Ain, Marie-Jo Bardet (LR), conseillère municipale d’opposition ou encore Jacques Frénéat, adhérent à Nouvelle Énergie. Contactés à plusieurs reprises par StreetPress via différents canaux, ni Benoît de Boysson ni aucun autre membre de sa liste n’ont répondu à nos sollicitations.

    Un militantisme anti-IVG et anti-voile assumé

    Il est particulièrement actif sur X (anciennement Twitter). Une quarantaine de ses tweets, relevés par nos soins, illustrent une de ses obsessions, parmi tant d’autres : le contrôle du corps des femmes. Alors que la procédure législative pour la constitutionnalisation de l’IVG poursuit son cours. Le 28 février 2024, la sénatrice Laurence Rossignol exprime sur X son « immense bonheur », après le vote du Sénat en faveur de son inscription dans la constitution. Benoit de Boysson lui répond par un tweet : « 6.708.842 avortements en France en 30 ans. Chacun trouve son bonheur où il peut. Le vôtre est malsain. »

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    Une des obsessions de Benoît de Boysson, parmi tant d’autres, est le contrôle du corps des femmes. / Crédits : DR

    Toujours sur le même sujet, le 29 février 2024, en réponse à un tweet d’Emmanuel Macron se félicitant de ce vote et annonçant la convocation du Parlement pour le scrutin final, le candidat Reconquête lui répond sur X : « L’absence de vie du fœtus est une fiction. L’avortement est un meurtre excusé par la loi, pour des causes qu’elle prévoit. »

    Des propos racistes

    Quand il ne s’attaque pas à l’IVG, Benoît de Boysson s’en prend au port du voile. Il tweet régulièrement sur le sujet, souvent avec des photos volées. En juillet 2024, il publie le cliché d’une mère de famille voilée avec ses deux filles, dont une porte aussi le voile, avec ce commentaire : « En France comme en Afghanistan, on soumet des fillettes. #LaSoumissionEstDansLeHijab. » En juin 2023, il avait déjà pris en photo une enfant portant un foulard, avec ce message : « Il faut bien comprendre : le voile est toujours un choix individuel, il n’y a pas de pression… Même à huit ans, la liberté est dans le hijab. Aujourd’hui, quelque part dans l’Ain… demain ailleurs en France. On en parle ? »

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    Il tweet régulièrement sur le port du voile, souvent avec des photos volées. / Crédits : DR


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    En juillet 2024, il publie le cliché d’une mère de famille voilée avec ses deux filles, dont une porte aussi le voile, avec ce commentaire : « En France comme en Afghanistan, on soumet des fillettes. #LaSoumissionEstDansLeHijab. » / Crédits : DR

    Malgré nos multiples relances, le service presse du président de LR, Bruno Retailleau, n’a jamais répondu à nos questions. En décembre 2025, LR a officiellement acté son refus de présenter une liste face à Benoît de Boysson, comme l’a révélé France Info. De plus, aucune sanction n’a été prise contre les deux membres de LR présents sur la liste. Un choix qui surprend, quand on se souvient que les élus du parti ayant rallié les gouvernements successifs d’Emmanuel Macron ont, eux, tous été exclus. Mais, toujours selon France Info, dans l’entourage de Bruno Retailleau, on justifiait cette inaction de la part de LR car « s’il a embarqué des LR, c’est qu’il n’est pas un extrémiste ».

    À LIRE AUSSI : Municipales : la carte des 150 « brebis galeuses » du RN

    Contactés par StreetPress, LR et l’ex-ministre de l’Intérieur — dont la candidature à l’élection présidentielle a eu l’effet d’un pétard mouillé — n’ont pas répondu. Tout comme Nouvelle Énergie de David Lisnard.

    LGBTQ+ : mépris et déni des violences

    En tout cas sur les réseaux sociaux, Benoît de Boysson multiplie les sorties polémiques ciblant particulièrement les droits des personnes queer et les politiques d’inclusion. En décembre 2024, il invective sur X l’Inter-LGBT — une fédération d’une soixantaine d’associations militant pour les droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et trans —, inquiet des conséquences de la nomination de François Bayrou au poste de Premier ministre sur leurs droits :

    « Vous commencez gentiment à nous gonfler avec vos histoires de fesses qui ne sont pas l’alpha et l’oméga des problèmes de la France. »

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    En mai 2024, il s’en prend à l’ancienne ministre de l’Enseignement supérieur Sylvie Retailleau, qui promeut sur ses réseaux sociaux la journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie. Un propos qui résume sa minimisation systématique des discriminations. / Crédits : DR

    En mai 2024, il s’en prend à l’ancienne ministre de l’Enseignement supérieur Sylvie Retailleau, qui promeut sur ses réseaux sociaux la journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie : « C’est ça la gauche : inventer des mots creux, les brandir et fantasmer des combats. » Un propos qui résume sa minimisation systématique des discriminations, alors même que les chiffres de l’Observatoire des inégalités sont sans appel : en 2024, la police et la gendarmerie ont enregistré 3.000 crimes et délits homophobes et transphobes, soit trois fois plus qu’en 2016.

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    En décembre 2024, il invective sur X l’Inter-LGBT, inquiet des conséquences de la nomination de François Bayrou au poste de Premier ministre sur les droits des personnes queer. / Crédits : DR

    En février 2024, il feint de s’interroger : « La charte LGBT signée par FranceTV, c’est de l’information ou une prise de position ? » Les objectifs concrets de la charte LGBT signée par France Télévisions visent pourtant à « s’assurer que les pratiques ne sont pas discriminantes » et à garantir l’égalité des droits pour tous les salariés. Mais pour De Boysson, c’est un « #FascimeDeGauche » (sic).

    À LIRE AUSSI (en 2024) : Propos racistes, homophobes, complotistes… La liste des 109 candidats RN épinglés

    Il ne s’arrête pas là, en publiant, en juillet 2023, un tweet transphobe en réaction à la victoire de Miss Pays-Bas, une femme trans, en appelant à « mettre fin à l’inclusivité absolue et la refuser lorsqu’elle conduit à travestir le réel ». Un an plus tard, en 2024, il enfonce le clou, toujours sur X : « Le transgenre serait donc en fait un travesti, comme on disait autrefois », en réponse à un article du « Figaro » sur les athlètes trans dans le sport.

    Les obsessions de l’extrême droite

    L’immigration et l’islam sont également au cœur de ses obsessions. « L’immigration massive arabo-musulmane est un fait », écrit-il sur X, avant de comparer indirectement les musulmans à des terroristes : « Les juifs avaient commis combien d’attentats terroristes en Allemagne nazie ? » Adepte de la théorie complotiste du « grand remplacement », popularisée par l’écrivain d’extrême droite Renaud Camus en 2010, il affirme en 2023 que « le #GrandRemplacement est désormais scientifiquement établi », s’appuyant sur des graphiques du « data-analyst » préféré de l’extrême droite, Marc Vanguard, régulièrement cité sur CNews.

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    Dans cette veine identitaire, il semble adhérer à la théorie d’un prétendu « racisme anti-blanc ». / Crédits : DR

    Dans cette veine identitaire, il semble adhérer à la théorie d’un prétendu « racisme anti-blanc ». En réponse à un tweet de l’éditorialiste du « Figaro » Eugénie Bastié qui, en mars 2025, reprochait à l’Agence France-Presse d’avoir simplement interrogé un sociologue sur l’existence de ce concept, il n’hésite pas à rebaptiser l’AFP, d’« Agence à finalité politique ». Il multiplie les prises de position racistes au fil de ses tweets et assume soutenir le magazine Furia, lancé notamment par Papacito, qui a perdu son agrément presse en juillet 2025 après trois plaintes, notamment pour incitation à la haine raciale.

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    Le candidat soutenu par les Républicains est un fan de la revue Furia, lancée notamment par l'influenceur d'extrême droite Papacito. Le magazine a perdu son agrément presse après trois plaintes, notamment pour incitation à la haine raciale. / Crédits : DR

    En novembre 2023, il reprend à son compte une affirmation d’Éric Zemmour selon laquelle les « noirs ou arabes » seraient surreprésentés parmi les trafiquants de drogue. Des propos pour lesquels le patron de son parti avait été condamné en 2011 pour « incitation à la haine », Benoît de Boysson voit derrière cette condamnation une « justice politisée ». Pour un avocat de profession, il se montre particulièrement virulent envers la justice française : il appelle à la dissolution du Syndicat de la magistrature, remet en question les décisions du Conseil d’État ou encore prône la « préférence nationale », un concept d’extrême droite raciste et anticonstitutionnel. De Boysson n’était pourtant pas si extrémiste, disait l’entourage de Bruno Retailleau.

    À LIRE AUSSI : Municipales : les tweets complotistes, racistes et islamophobes de six nouveaux candidats RN

    Illustration de la Une par Caroline Varon.

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