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    24/02/2026

    Ils se présentent à Rennes, Chartres, Blois, Limoux, Nogent-le-Rotrou et Limoges

    Municipales : les tweets complotistes, racistes et islamophobes de six nouveaux candidats RN

    Par Aurélien Defer

    Obsédés par l’immigration, ces candidats occupent souvent des postes de choix au sein du parti lepéniste. Sur X, ils se laissent pourtant aller aux pires commentaires, loin de l’apparence assagie de leur formation politique.

    Les semaines passent, les élections municipales qui ont lieu les 15 et 22 mars approchent et les tweets racistes, islamophobes et complotistes de candidats du Rassemblement national refont surface, notamment grâce au travail de médias comme « Les Jours », Le Poulpe, « Libération » ou Mediapart. StreetPress en a repéré six nouveaux qui abhorrent les migrants, ironisent sur l’islamophobie ou fustigent « le lobby LGBT ». Ils ont tous des fonctions importantes au sein du parti lepéniste à l’échelle locale.

    Limoux : Maxime Bot, l’islamophobie comme étendard

    Maxime Bot a du beau monde sur sa liste à l’élection municipale de Limoux (11). En troisième position se trouve le député RN Julien Rancoule, dont il est le suppléant. Mais également Victor Chabert, qui n’est autre que l’attaché de presse de Marine Le Pen, Jordan Bardella et plus globalement directeur du service de presse du Rassemblement national. Pourtant, Maxime Bot n’a pas l’air d’être au courant que publier des tweets islamophobes n’est pas une bonne opération de com.

    Le 28 mars 2016, le candidat dans la ville de l’Aude publie sur X (anciennement Twitter) un article de France Bleu indiquant qu’une enseigne du fast-food Quick à Perpignan (66) propose depuis peu des produits uniquement « certifiés 100 % halal ». De quoi écrire ce message violent :

    « Bientôt dans le menu Quick. Kalash, bombe et autres repas radicalement explosifs. »

    Le reste de son profil en ligne n’est pas en reste. Maxime Bot, qui est aussi à 30 ans, délégué départemental du parti lepéniste dans l’Aude, publie toujours sur X en 2018 des photos de femmes musulmanes voilées sur la plage prises manifestement à la volée avec le hashtag #BalanceTonBurkini. Il croit néanmoins au « racisme anti-Blancs » et affirme, en 2016, en référence aux migrants, que « l’invasion commence par nos campagnes ».

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    Ces migrants, parfois accueillis dans l’Aude — son département — viennent, selon lui, « manger le pain des Français sans apporter de richesse », comme il l’écrit en 2017 sur X. Et de préciser sa pensée deux mois plus tard : « Honte à ceux qui nous imposent le vivre-ensemble et les clandestins. “Ils viennent jusque dans vos bras égorger vos fils, vos compagnes !“ » Contactés, Maxime Bot et Victor Chabert n’ont pas donné suite. Le premier a cependant supprimé plusieurs de ses tweets.

    Nogent-le-Rotrou : Olivier Dubois, l’Ukraine et la peur

    Depuis qu’il s’est porté candidat aux législatives anticipées de 2024, Olivier Dubois s’est un peu calmé sur les réseaux sociaux. Mais son utilisation compulsive de X (plus de 58.000 tweets en deux ans et demi) a gardé en mémoire des sorties peu reluisantes. En 2023, il écrit : « Zelensky est le pantin de Biden et ils se tiennent par la barbichette. Ni l’un ni l’autre n’ont intérêt à la fin de cette guerre qu’ils ont provoquée. »

    Conspirationniste, celui qui s’est vu radié, la semaine du 9 février, des listes électorales de Nogent-le-Rotrou (2), où il était candidat RN, l’est assurément. En 2023, en réponse à un compte de la complosphère qui disserte sur le Covid-19 sur X, il lance : « Quel mensonge mondial ! » Obsédé par l’immigration, il dit au sujet de l’interdiction de l’abaya qu’il « faut aller beaucoup plus loin ». C’est-à-dire ? « Que tous les immigrés rentrent chez eux. » Un projet de « remigration totale », en somme, que Marine Le Pen dit contester.

    Adhérent au parti lepéniste, depuis 2015, Olivier Dubois dit aussi au sujet des petites filles voilées de force par les talibans en Afghanistan qu‘« ils imposeront la même chose en France si on ne les renvoie pas chez eux », dans une formule qui semble désigner les musulmans ou les Afghans. Le quinquagénaire ironise également sur les « chances pour l’Europe » à la vue d’un homme noir filmé dans une fontaine italienne, et aimerait interdire « tous les drapeaux étrangers comme au Tennessee ».

    Rennes : Julien Masson, entre complotisme et racisme

    Porte-parole du parti de Marine Le Pen en Ille-et-Vilaine, Julien Masson est un bon soldat. Cet ancien adhérent des Républicains, qui a notamment travaillé comme collaborateur parlementaire de l’ex-député et maire sortant de Saint-Malo Gilles Lurton, a vu une décennie de loyauté récompensée en se faisant confier l’investiture du Rassemblement national dans la course à la mairie de Rennes (35).

    Mais derrière son apparence de salarié impeccable du groupe RN à la région Bretagne, le quadragénaire a multiplié ces dernières années les sorties problématiques sur les réseaux sociaux. En 2018, alors qu’il assiste à une conférence organisée par la section rennaise de La Manif pour tous, celle-ci est perturbée par des militantes. Il dénonce alors sur X « le lobby LGBT » et le « sabotage » de « harpies hystériques ».

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    Sur le même réseau social, Julien Masson tente tant bien que mal d’attirer l’attention de Le Jarl, influenceur et ex-candidat Reconquête, qu’il a publiquement soutenu après que les videurs, dont il avait la responsabilité au sein de la discothèque 1988 Live Club, ont été accusés de violences lors d’une soirée à Rennes le 8 mars 2025. Ils ont en commun une obsession pour les agressions de rue : « “De type africain, casquette et jogging”. Les jours se suivent et les agresseurs se ressemblent. »

    Le racisme de l’aspirant maire transparaît aussi en 2018 lorsqu’il évoque avec ironie, sous une vidéo montrant des migrants à Ceuta, en Espagne, une « invasion violente de “futurs Montaigne” et de spécialistes de Victor Hugo “sur le bout des doigts“ ». Il en veut à ce titre aux « politiques laxistes » et, dans un tweet de 2017, à « Macron qui prend ses ordres chez Merkel, les banques et les labos pharmaceutiques ».

    Chartres : Vianney Vonderscher, « les Français et les Français de papier »

    Cet ancien président du syndicat étudiant d’extrême droite La Cocarde étudiante a, à 25 ans, un CV déjà bien fourni. Fin 2021, ce proche du groupuscule néofasciste parisien Luminis, comme l’avait révélé StreetPress — bien qu’il ne cesse de contester cette affiliation mais nous maintenons nos informations —, figurait parmi les militants radicaux ayant attaqué une manifestation féministe parisienne en 2021 à renfort de coups de bâton et de lancers de chaises, avait rapporté en 2023 « Libé ». On l’avait aussi vu s’amuser des saluts fascistes de ses camarades du Fuan, la branche universitaire de Frères d’Italie, le parti de Giorgia Meloni.

    Rien, a priori, qui ne l’empêche de devenir l’assistant parlementaire de l’eurodéputé RN Jean-Paul Garraud ou d’être désormais candidat à Chartres (28). Mais celui qui soutenait publiquement le groupuscule d’extrême droite Génération identitaire, un an avant sa dissolution pour ses violences en 2021, a aussi de nombreuses publications en ligne problématiques à son actif. En 2019, il ironise sur la réalité de l’islamophobie en France, la ramenant à « deux blessés à Bayonne et quelques tranches de jambon devant des mosquées (gaspillage…) ». Une référence à un attentat à Bayonne où deux personnes avaient été gravement blessées devant une mosquée par Claude Sinké, ancien du Front national.

    Selon lui, en 2020, « Français et Français de papier ne sont pas la même chose ». En 2019, une année où plus d’un millier de migrants ont perdu la vie en Méditerranée, il écrit avec un emoji mort de rire « En gros je me jette à l’eau, j’attends d’être sauvé par SOS Méditerranée et je me retrouve débarqué en Europe. Simple. » « Priver un enfant de sa mère est criminel », dit-il en 2020 à l’animateur homosexuel Christophe Beaugrand, sur X, sous une photo de son fils.

    Limoges : Albin Freychet, les armes en banlieue et Némésis

    Le délégué du RN en Haute-Vienne l’a échappé belle quand « Libération » a révélé, le 15 janvier, qu’un candidat de son département diffusait des messages islamophobes et de la propagande russe sur le massacre d’Oradour-sur-Glane en 1944. Albin Freychet, candidat à Limoges (87), n’avait pas répondu aux journalistes, dont les révélations avaient fini par forcer le parti à désinvestir son comparse, Jean-René Garinaud.

    Un silence qui se comprend mieux lorsqu’on se penche sur les réseaux sociaux personnels de ce statisticien, également conseiller régional en Nouvelle-Aquitaine. Le 28 février 2022, quatre jours après le début de l’invasion russe en Ukraine, il publie sur X : « En livrant des armes à l’Ukraine, mesure-t-on le risque de les voir réapparaître d’ici quelques années dans les banlieues françaises entre les mains de la racaille ? » Interrogé par StreetPress au sujet de cette publication, Albin Freychet dit « apporter tout [s]on soutien au peuple ukrainien » et appuyer son interrogation sur les conséquences de la guerre froide et des guerres en ex-Yougoslavie. Il fait ici référence à des filières de trafic d’armes de guerre depuis les Balkans « jusqu’à nos quartiers français ».

    Celui pour qui la « corrélation entre insécurité et immigration » ne fait pas de doute malgré des études officielles démontrant l’inverse, s’est également affiché, en 2024 et 2025, sur X, aux côtés de la Youtubeuse complotiste d’extrême droite Tatiana Ventôse (de son vrai nom Tatiana Jarzabek) et d’Alice Cordier (de son vrai nom Alice Kerviel), cheffe de file du collectif fémonationaliste Némésis. « Ce sont des personnalités que j’apprécie et que je rejoins sur certains sujets, dont ceux de la sécurité et de la souveraineté, et avec lesquelles il m’arrive d’échanger », justifie Albin Freychet.

    Blois : Marine Bardet et les enfants des allocations familiales

    Conseillère régionale sous l’étiquette du Rassemblement national en Centre-Val de Loire, Marine Bardet est candidate à Blois (41). Après deux échecs aux élections législatives de 2022 et 2024, celle qui est aussi conseillère immobilière chez Foncia veut prendre sa revanche. À n’en pas douter, son programme se fera moins discret sur la sécurité que sur les aides sociales qui ne semblent pas être sa tasse de thé.

    En septembre 2023, un internaute partage depuis son compte sur le réseau social X (depuis suspendu) une feuille d’allocations appartenant à une famille et dont l’authenticité avait été confirmée par la caisse nationale des allocations familiales à « Libération » un an plus tôt. Comme lors de chaque rentrée scolaire, la polémique renaît et les parents (l’un d’eux se prénomme Saïd, selon le document) sont accusés de profiter de « l’assistanat ».

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    De nombreux propos racistes affluent sous le tweet. Auquel Marine Bardet répond à son tour : « Le pire, c’est qu’ils sont considérés “sans revenus” et donc non imposables car ces allocations exorbitantes ne sont pas des revenus ! Comment peuvent-ils aller travailler en toujours [sic] 5.000 € par mois sans rien faire à part des enfants !!!! Dont ils ne s’occupent pas car ils ne sont faits uniquement que pour toucher les allocations. » Elle conclut : « Votez bien svp aux prochaines élections ! »

    Cette radiation suspend sa possibilité de se présenter à l’élection municipale, comme l’a révélé « L’Écho républicain ». Le candidat a toutefois annoncé, comme son rival Sébastien Neveu (sans étiquette), qu’il avait déposé un recours. Comme l’a relaté « Libération », sa radiation a finalement été confirmée le 19 février par la commission de contrôle des listes électorales de la ville.

    Contactés, Marine Bardet, Vianney Vonderscher, Julien Masson et Olivier Dubois n’ont pas répondu à nos sollicitations.

    Illustration de la Une par Caroline Varon.

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