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    04/05/2026

    Une enquête a été ouverte

    À Stains, la police est accusée de violences contre un bidonville rom et abat un petit chien

    Par Vincent Victor , Pauline Gauer

    Mi-avril, des policiers débarquent dans les logements de plusieurs familles roms à Stains. L’un d’eux a tué le chien de Tatiana, un bichon maltais de trois ans, qui l’aurait mordu. D’autres habitants les accusent de plusieurs actes brutaux.

    « C’était mon bébé », répète Tatiana, 47 ans. Dans un café de Stains, en Seine-Saint-Denis, la surveillante scolaire d’origine rom, arrivée en France en 2002, fait défiler sur son téléphone les photos de sa chienne « Pamela », un bichon maltais de trois ans qu’elle a recueillie à la naissance. Sur l’une d’elles, prise en 2023 quand elle n’a que quelques semaines, elle tête le biberon, blottie dans les bras de sa maîtresse. Sur la dernière image de son répertoire, la petite chienne à poil frisé blanc, à peine plus grosse qu’un chat, gît sur le dos à côté d’une large mare de sang, abattue d’une balle dans la tête par un fonctionnaire de police. Une enquête judiciaire a été ouverte, le policier est présumé innocent.

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    Le parquet a ouvert une enquête pour « sévices graves ou acte de cruauté envers un animal domestique, apprivoisé ou captif ayant entraîné la mort ». / Crédits : Pauline Gauer

    Opération policière pour « recel de vol »

    Le dimanche 19 avril, il est un peu plus de 19 heures quand une demi-douzaine d’agents de la brigade anti-criminalité (Bac) de Stains, des brassards fluo « police » aux bras, forcent le portail et pénètrent dans le bidonville de Roms installé dans les jardins ouvriers, à la recherche de deux jeunes hommes à interpeller dans le cadre d’une enquête pour « recel de vol » de câbles de cuivre. Tatiana, qui n’y habite plus depuis un an mais passe tous les week-ends pour apporter des provisions et aider aux démarches administratives, revient tout juste des courses. L’ambiance festive du dimanche soir, habituellement dévolu à un repas partagé entre les différentes familles du bidonville, qui incluent plusieurs enfants en bas âge, tourne immédiatement au chaos.

    « Dès qu’ils sont rentrés, ils couraient. On a crié, on ne savait pas ce qui se passait, ils couraient vers les gens, les pourchassaient », raconte Geanina, une habitante du bidonville de 36 ans, agent de nettoyage au chômage, dans une alternance de français et de romani qu’Anina Ciuciu, l’avocate de Tatiana, aide à traduire. Enceinte de sept mois, Geanina témoigne avoir été notamment poussée par les policiers, ainsi qu’une « autre dame qui est cardiaque, qui a fait un malaise ».

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    Enceinte de sept mois, Geanina témoigne avoir été notamment poussée par les policiers. / Crédits : Pauline Gauer

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    Une balle dans la tête de sa chienne

    Selon Geanina, à ce moment-là, l’un des agents court en tenant son arme de service dans la main, « un pistolet » affirme-t-elle catégoriquement. Lorsque Nicolae, le mari de Tatiana âgé de 52 ans, sort « voir ce qui se passe » après avoir été interpellé par les cris, il voit le même policier « défoncer son portail à coups de pied ». À côté du quinquagénaire, Pamela, une des trois chiens du couple, s’échappe. Le policier fait feu, Nicolae dit n’avoir rien pu faire :

    « Elle est morte tout de suite, la balle lui a transpercé le crâne. »

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    Sur la dernière image de son répertoire, la petite chienne à poil frisé blanc, à peine plus grosse qu’un chat, gît sur le dos. / Crédits : Pauline Gauer

    Le parquet a ouvert une enquête pour « sévices graves ou acte de cruauté envers un animal domestique, apprivoisé ou captif ayant entraîné la mort », confiée au commissariat de Saint-Denis (93). Selon une source proche du dossier, l’enregistrement d’une caméra-piéton d’une autre unité montre le policier confronté à trois chiens avançant dans sa direction et être mordu par l’un d’eux au niveau du mollet gauche. Le fonctionnaire n’aurait toutefois pas été blessé, la chienne n’accrochant que son pantalon. Nicolae, lui, soutient que le chien était à « environ 1m50 de distance » du fonctionnaire lorsque ce dernier a tiré. « Je vous informe que si l’agent de police prouve qu’il a été mordu par mon chien, je retirerais ma plainte », déclare de son côté Tatiana sur le procès-verbal en gage de bonne foi, assurant auprès de StreetPress que sa chienne « n’est pas agressive » :

    « Elle fait juste dix kilos, elle dort avec nous ! Aujourd’hui, elle avait un rendez-vous au salon de toilettage ! »

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    Pamela, un bichon maltais de trois ans que Tatiana a recueillie à la naissance. / Crédits : Pauline Gauer

    La race du bichon maltais ne fait pas partie des catégories des chiens susceptibles d’être dangereux selon la réglementation, qui inclut les chiens dits d’attaque, de garde et de défense. Dans sa nomenclature, la fédération cynologique internationale décrit son comportement normal comme « vif, affectueux, très docile et très intelligent ».

    Une fiche interne de « maîtrise des risques » de l’inspection générale de la police nationale (IGPN) concernant l’intervention face à des chiens agressifs, consultée par StreetPress, fait bien reposer la responsabilité de la sécurité de l’intervention sur les agents, à qui il est notamment recommandé « d’adopter une attitude la plus calme possible et éviter les gestes brusques » quitte à « différer l’intervention » si « l’environnement n’est pas favorable ». « Dès lors que l’attaque est caractérisée, l’utilisation du lanceur de balles de défense, du pistolet à impulsions électriques peut être envisagée. L’usage de l’arme de service peut se justifier par la situation d’absolue nécessité », précise toutefois le document.

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    De gauche à droite, Geanina, l'avocate Anina Ciuciu, Tatiana et son mari Nicolae, à Stains le 24 avril. / Crédits : Pauline Gauer

    Son mari mis en joue

    Le coup de feu résonne dans tout le bidonville. « On a cru que quelqu’un de la famille était mort », se souvient Geanina. Nicolae soutient qu’il s’est alors « mis devant » ses deux autres chiens et demandé au policier, en romani, pourquoi il avait tiré. Là, le fonctionnaire l’aurait « mis en joue », l’arme pointée vers sa tête, et aurait « compté jusqu’à trois ». Arrivant tout juste sur la scène, Tatiana indique qu’elle se serait interposée à son tour entre le policier et son mari jusqu’à ce que le premier ne baisse son arme, avant qu’elle ne fasse un malaise. Le récit du couple, répété dans leur plainte enregistrée au nom de Tatiana au commissariat de Stains le lendemain des faits et consultée par StreetPress, est confirmé par Geanina. À ce stade, l’enquête ne vise pas le chef de menaces avec arme.

    Tatiana et Geanina affirment par ailleurs que les femmes et enfants du bidonville auraient ensuite été retenus pendant près d’une heure par les policiers, alors que les deux jeunes recherchés par la police auraient déjà été interpellés. Nicolae, lui, aurait été repoussé en dehors du bidonville. Durant tout ce temps, les agents qui se relayent leur auraient interdit d’aller boire de l’eau, d’utiliser leurs téléphones ou d’appeler les secours pour Tatiana, indiquent-elles, à l’exception d’un seul agent qui « voulait appeler les pompiers, mais les autres ne l’ont pas laissé », se souvient Geanina.

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    Nicolae affirme s’être placé devant ses chiens et avoir demandé au policier pourquoi il avait tiré. Celui-ci l’aurait alors mis en joue, arme pointée sur sa tête, en comptant jusqu’à trois. / Crédits : Pauline Gauer

    À l’ombre des arbres du centre-ville de Stains, à la fin de notre entretien, Tatiana tient à préciser : « Je ne suis pas contre les policiers, je les considérais comme des héros, mais je n’ai jamais vu des hommes comme ça. » Encore « traumatisée » par la mort de ce qu’elle appelle encore son « bébé », elle assure :

    « Moi, je pleurais sur mon chien et eux riaient de moi. »

    Pour son avocate, maître Ciuciu, « les règles de déontologie et de sécurité ont été manifestement violées par cet agent qui courait l’arme au poing dans un espace occupé par de nombreux enfants et femmes ». Elle dénonce la « brutalité » qui n’était « en aucun cas justifiée ni proportionnée » face à son client « non armé, non violent, obéissant à ses instructions et qui pour le surplus n’était pas concerné par cette interpellation ». Selon elle, « les agents de police se sont permis d’agir avec une telle violence parce que les victimes sont d’origine rom en situation d’extrême précarité ». En parallèle de l’enquête judiciaire, elle indique avoir fait un signalement administratif à l’IGPN afin de « sonner un signal d’alarme face à ces abus anti-tsiganes systématiques ».

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    Nicolae, lui, aurait été repoussé en dehors du bidonville. Durant tout ce temps, les agents qui se relayent leur auraient interdit d'aller boire de l'eau, d’utiliser leurs téléphones ou d’appeler les secours. / Crédits : Pauline Gauer

    Contactée ce mardi 28 avril, la préfecture de police a accusé réception de nos questions mais n’y a pas donné suite.

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