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    23/03/2022

    Un ex-militaire au passé violent

    Loïk Le Priol, le néofasciste soupçonné du meurtre du rugbyman Federico Martín Aramburú

    Par Christophe-Cécil Garnier , Tomas Statius

    Federico Martín Aramburú, rugbyman argentin à la retraite, a été abattu à Paris. Le militant néofasciste passé par le Gud Paris, Loïk Le Priol, soupçonné d’être le meurtrier a été arrêté en Hongrie. StreetPress dresse son portrait.

    Paris, 6e arrondissement – La nuit touche à sa fin au bar Le Mabillon. Il est 6h environ ce samedi 19 mars, quand un différend éclate entre plusieurs clients. D’un côté, les ex-rugbymen Shaun Hegarty et Federico Martín Aramburú. Le quadra argentin, qui a passé la majeure partie de sa carrière en France, doit assister au match France-Angleterre le samedi soir avant de prendre l’avion pour son pays natal. En face, deux ou trois jeunes.

    À LIRE AUSSI : Romain Bouvier, « gentleman fasciste » impliqué dans le meurtre du rugbyman Aramburú

    L’un d’eux au moins s’avère être une figure de la mouvance néofasciste. L’altercation dans le bar est plutôt brève. Une fois la dispute passée, Federico Martín Aramburú remonte le boulevard Saint-Germain avec Hegarty. Au niveau du 146, ils sont rejoints par une jeep verte. À son bord, les personnes avec qui ils se sont disputés quelques minutes plus tôt. Un des passagers ouvre le feu dans leur direction. Il ne touche personne. Mais selon l’Équipe, un second homme descend du véhicule et tire, dans le dos semble-t-il, de Federico Martín Aramburú à six reprises. L’Argentin est touché au moins trois fois dans la jambe et le bas-ventre. Il meurt sur les lieux du drame.

    Connu à l’extrême droite

    La police identifie rapidement les trois suspects. Une jeune femme qui selon nos informations serait Lyson R. (3). Une source judiciaire interrogée par StreetPress explique qu’elle a été rapidement placée en garde-à-vue. Elle était au moment des faits accompagnée de deux hommes. Selon Libération, l’un d’eux serait Romain B. (2), militant d’extrême droite proche du Groupe Union Défense (Gud) et selon Le Point, le second est Loïk Le Priol, petit-ami de Lyson R. L’info est tombé ce mercredi matin : selon l’AFP, ce militant d’extrême droite de 27 ans a été arrêté en Hongrie (5). Il serait l’auteur des coups de feu. C’est une vieille connaissance de StreetPress. La première rencontre date de début 2016, quand il lance la marque Babtou solide qui cartonne dans les milieux natios. Le Priol met en valeur les concepts identitaires et la virilité :

    « On en a marre de voir des petits jeunes qui vapotent des fumées goûts barbe à papa en train de choisir leur dernier jean slim. »

    Sacrée retape. Le jeune homme, cheveux gominés plaqués en arrière, présente bien avec son look dandy. Il n’exhibe pas trop son tatouage de couteau sur l’avant-bras gauche. Pourtant, d’après le site antifasciste Reflexes, il est pourtant connu pour être l’un des leaders du Gud, un syndicat d’extrême-droite né dans l’immédiat après mai 1968 et dont proviennent de nombreux cadres du Rassemblement National. Et ce malgré son jeune âge. Dans la foulée de l’article de StreetPress, la Nouvelle Édition et le Supplément (Canal+) évoquent aussi la marque qu’il gère avec sa compagne de l’époque. Elle est depuis sortie sortie du business. Avec Lyson R., sa petite amie actuelle (3), il fait la promo d’une autre marque : FSMSK, une boutique en ligne de cache-cous.

    Même s’il joue les créateurs de mode, son truc à lui, c’est surtout les armes. Le militant nationaliste a passé quelques années à l’École des Mousses avant de s’engager à 17 ans pendant cinq ans chez les commandos marine. Au sein de celui de Montfort, il participe à des opérations extérieures au Mali et à Djibouti entre 2013 et 2015. Avant d’être rapatrié en France sur recommandation des médecins militaires en raison d’un état de stress post-traumatique sévère (2). Sur une vidéo, publiée en mars 2016 par Mediapart, Le Priol se vantait pourtant d’avoir « buté plus qu’un mec ». Tout un programme.

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    Loïk Le Priol arbore à la fois un look dandy mais aussi viril, avec son tatouage de couteau ou l'inscription dans son dos de la locution latine : « Semper Ad Alta », « toujours plus haut. » / Crédits : Facebook

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    Avant d'être YouTubeur faf, Baptiste Deodati, alias Baptiste Marchais, a été le premier athlète sponsorisé par Babtou solide. / Crédits : Facebook

    Ultraviolence

    Quelques semaines après la rencontre, StreetPress apprend que Le Priol fait partie de l’équipe qui a passé à tabac l’ancien leader du Gud – dont il a fait partie – Edouard Klein. La soirée se passe en octobre 2015 et a d’abord été racontée par Marianne et Mediapart. Loïk Le Priol fait irruption dans le salon de Klein avec quatre autres militants nationalistes, dont Romain B, également mis en cause dans l’affaire Aramburú. Pendant des dizaines de minutes, Le Priol et ses potes le torturent et filment leurs méfaits. Des extraits vidéos seront publiés par Médiapart. L’ancien commando marine lui écrase le visage tout en capturant le moment avec son téléphone ou le menace de le pendre avec son foulard. Il sort un couteau pour le placer sous la gorge de Klein, dénudé, en hurlant :

    « Le coupe-gorge, ça va très vite, tu sais ? »

    Avec lui se trouvent plusieurs militants nationalistes comme Logan Djian, qui a succédé comme chef du Gud à Edouard Klein et a déjà fait de la prison pour de multiples agressions. Il a depuis ouvert un salon de tatouage à Lyon. Il y a également Kleber Vidal, un barbu bodybuildé qui fait à l’époque l’homme-sandwich pour Babtou solide et qui aurait grenouillé à l’Action française (7). Pour ces actes de torture, Loïk Le Priol et Logan Djian sont mis en examen et placés en détention provisoire. Sauf qu’après dix jours, les deux cogneurs paient leur caution de 25.000 euros chacun et sont remis en liberté. La caution de Djian est payée par Axel Loustau, un proche de Marine Le Pen, révèle Mediapart.

    Loik Le Priol et ses quatre co-accusés ont comparu devant la justice en octobre dernier pour cette affaire. L’audience a été brève car Logan Djian, l’un des principaux tortionnaires de Klein, n’a pas pu être présent pour cause de Covid. L’audience a été reportée pour la seconde fois, après un premier report en janvier 2021. Par le biais de son avocat Xavier Nogueras, Le Priol en a quand même profité pour demander la levée du contrôle judiciaire strict dont il fait l’objet et qui lui interdit de venir à Paris et l’oblige à pointer au commissariat de Draguignan dans le Var. Demande acceptée (4). Plutôt tendu dans les couloirs du tribunal judiciaire de Paris, il n’a à l’époque pas souhaité répondre à StreetPress.

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    Pour faire la pub de la marque, Baptiste Marchais pose avec les frères Vidal. L'un d'eux, Kleber, est impliqué dans la soirée de torture en 2015 envers l'ancien dirigeant du Gud. / Crédits : Facebook

    En 2015 également, selon un jugement que StreetPress s’est procuré (6), Le Priol et Bouvier ont à la sortie d’une boîte, tabassé deux hommes qui avaient eu le malheur de se prendre en photo, adossés à leur précieuse voiture. Suite à ces histoires, Loïk Le Priol a été radié de l’armée, selon un jugement que StreetPress s’est procuré. Ce n’est pas sa seule histoire violente. Selon les informations de Marianne, Loïk Le Priol a quatre mentions à son casier judiciaire pour des faits de violences (2). La première date de ses 19 ans. En 2015, il a aussi été mis en cause à Djibouti pour avoir « frappé et étranglé une prostituée », écrit le magazine, qui s’est réglée par le paiement par la France de 350.000 francs djibouti. Soit un peu plus de 1.700 euros.

    À LIRE AUSSI : Les deux hommes soupçonnés du meurtre d’Aramburú condamnés cinq ans plus tôt pour un tabassage

    De multiples connexions à l’extrême droite

    Les liens avec les milieux militants d’extrême droite ne s’arrêtent pas au Gud et aux actions coup-de-poing. Avec Babtou solide, Loik Le Priol a pu montrer son réseau d’amitiés. L’une des filles de Frédéric Chatillon – ami intime de Marine Le Pen mouillé dans les affaires de financement illégal du RN et ancien patron du Gud – joue les égéries. Comme sa mère Marie d’Herbais, qui pose aux côtés de Jean-Marie Le Pen vêtue d’un sweat Babtou Solide. On retrouve aussi dans les modèles Baptiste Marchais, qui pose aux côtés de Kleber Vidal. Le YouTubeur (qui n’aime pas StreetPress), passé par les Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires (JNR) était en 2016 présenté comme le premier athlète sponsorisé par la marque, alors qu’il était double champion de France de développé couché. Autre égérie de la marque : Antoine O., un militant nationaliste qui a participé à de nombreuses actions de Génération Identitaire ou des Zouaves. Le gaillard à la barbe fournie a été blessé lors d’une rixe en avril 2019, à l’origine de l’incarcération du militant antifasciste Antonin Bernanos (qui nie les faits).

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    Marie d'Herbais, l'ex-compagne du proche de Marine Le Pen Frédéric Chatillon, a fait de la retape pour la marque aux côtés du patriarche Le Pen. / Crédits : DR

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    Une autre des égéries de la marque est Antoine O. (à gauche), un militant d'extrême droite proche de Génération identitaire et des Zouaves Paris. / Crédits : Facebook

    Le Priol a aussi pu compter sur ses proches pour faire de la retape, à l’instar de Jean-Eudes Gannat ou Julien Rochedy. Le premier est le chef de l’organisation identitaire angevine l’Alvarium, dissoute en novembre 2021. Le second est l’ex-porte-parole du FNJ, boss d’une école masculiniste et figure de la fachosphère. Sur une photo, on retrouve Loïk Le Priol avec Julien Rochedy. Les deux gaillards sont accompagnés de Jean-Romée Charbonneau (1), le candidat du Rassemblement national à Niort aux élections municipales 2020, et figure tutélaire du RN dans les Deux-Sèvres.

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    Le Priol a pu compter sur ses proches pour faire de la retape, à l’instar de Jean-Eudes Gannat, boss de l'Alvarium, ou Julien Rochedy, ex-porte parole FNJ et figure de la fachosphère. / Crédits : DR

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    Loïk Le Priol avec Julien Rochedy et Jean-Romée Charbonneau, figure tutélaire du RN dans les Deux-Sèvres. / Crédits : Facebook

    Loïk Le Priol a, semble-t-il, également fricoté avec le rappeur Goldofaf. En 2016, selon une source dans la mouvance, il posait dans le clip du chanteur d’extrême droite, filmé dans le local de Serge Ayoub. C’est lui qui serait caché d’un masque bleu et d’un casque tricolore… aux côtés d’Esteban Morillo, le skinhead responsable de la mort de Clément Méric et son ami Alexandre Eyraud, également mis en examen dans cette affaire. Le rappeur conteste tout en laissant entendre qu’il connait Le Priol (6).

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    En 2016, selon une source dans la mouvance, Loïk Le Priol posait dans le clip du chanteur d’extrême droite Goldofaf, aux côtés d’Esteban Morillo, le skinhead responsable de la mort de Clément Méric. / Crédits : DR

    Tentative d’entrepreneuriat

    Ses connexions à l’extrême droite n’ont pas suffi pour faire survivre sa petite marque car Babtou solide est radiée du registre national du commerce et des sociétés depuis juin 2017. À la même période, Loïk Le Priol s’est aussi lancé comme revendeur indépendant pour l’entreprise Kyani, une société de ventes multi-niveaux spécialisée dans les produits de bien-être et de la santé. Une nouvelle orientation dont il se vante à grands renforts de posts sur Facebook, souvent accompagné de l’un de ses amis, qui se présente – lui aussi – comme un ancien des commandos marine.

    Mais depuis, il semble surtout avoir rejoint l’entreprise familiale de location… de jeeps. Cela expliquerait-il l’origine du véhicule avec lequel il a pris la fuite ? En décembre 2021, il posait avec « toute l’équipe » de la société pour souhaiter au public une excellente année 2022.

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    En décembre 2021, Loïk Le Priol était dans l'équipe de la société de son père pour souhaiter au public une excellente année 2022. / Crédits : Instagram

    (1) StreetPress a tenté d’interroger l’ex élu RN au sujet de cette relation. Il n’avait pas répondu au moment de la publication.
    (2) Edit le 22 mars 2022 à 11h : Ajout de l’information de Libération sur Romain B., des informations de StreetPress sur son passé militaire et sa radiation de l’armée et des informations de Marianne sur son casier judiciaire et son histoire de violence envers une prostituée à Djibouti.
    (3) Edit le 22 mars 2022 à 14h30.
    (4) Edit le 22 mars 2022 à 16h15 : StreetPress avait dans un premier temps écrit que cette demande avait été refusée et que Loïk Le Priol n’avait pas le droit d’être à Paris le soir du meurtre de Federico Martín Aramburú. Elle avait en fait été acceptée.
    (5) Edit le 23 mars 2022 à 10h11 : Ajout de l’information de l’AFP sur l’arrestation de Loïk Le Priol.
    (6) Edit le 25 mars 2022.
    (7) Edit le 28 mars 2022 : StreetPress avait écrit que Kleber Vidal était passé par l’Action française. Nous avons modifié suite aux contestations du principal intéressé._

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