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    23/11/2022

    Elle accuse des « adversaires politiques »

    Derrière l’agression de la députée RN Yaël Menache, des sympathisants RN

    Par Maxime Macé , Pierre Plottu

    Mi-septembre, la députée RN Yaël Menache était agressée par des voisins. Dans un communiqué, elle accuse des « adversaires politiques ». Pourtant, selon nos informations, il s’agirait de sympathisants RN. Certains avaient même fait sa campagne.

    Mi-septembre, la députée RN de la 5e circonscription de la Somme Yaël Menache a été agressée par des « voyous ». Des violences commises par des « adversaires politiques », dénonce-t-elle dans un communiqué. Vraiment ? Selon nos informations, ses agresseurs sont des sympathisants d’extrême droite qui ont soutenu ou participé à sa campagne.

    Agression « politique »

    Retour sur les faits. Le 10 septembre dernier, Yaël Menache passe une soirée tranquille dans le jardin de son domicile à Doingt-Flamicourt (80) dans la Somme. Elle profite de la quiétude de l’été indien, raconte-t-elle sur BFMTV et CNews notamment. Ses voisins sont bruyants, tapent dans le mur mitoyen, « on a cru qu’ils étaient en train de le casser », assure-t-elle. Son mari passe alors la tête par-dessus la barrière, pour demander le calme. Les noms d’oiseaux auraient immédiatement plu, les voisins tentant même, toujours selon le récit de la députée, de frapper son compagnon. Tout ce petit monde se retrouve devant la maison et une bagarre éclate. Précisément : « Ils m’ont sauté dessus », dit Yaël Menache. La gendarmerie doit intervenir et les agresseurs sont placés en garde à vue. Ils reconnaissent les faits.

    Une triste querelle de voisinage ? Pas seulement. Il s’agit d’une agression « politique », selon la députée RN. Trois jours plus tard, elle publie sur Twitter un communiqué qui dénonce une agression violente par « quatre voyous ». Son compagnon aurait d’ailleurs été « durement blessé » par des agresseurs qui ont « profité de leur nombre ». « Il a échappé de peu à une tentative de lui briser la nuque ». Elle l’assure, la famille B. lui reproche son engagement au RN. Le père de ce voisin serait un « gauchiste » selon Yaël Menache. Identifiés par nos soins, des membres de la famille n’ont pas répondu à nos sollicitations. « La violence contre les élus patriotes est telle que certains se croient autorisés à brutaliser leurs adversaires politiques », assène-t-elle dans son communiqué, dénonçant un « procédé barbare ».

    « Je pense que c’est parce que je suis députée, et notamment députée RN. Maintenant l’élément déclencheur, c’est qu’ils étaient alcoolisés en famille et en fait, ils ont profité de cette situation pour s’attaquer à moi », dit encore Yaël Menache sur BFMTV dans les jours qui suivent. « Je sais que c’était ciblé », assure-t-elle, « lors de la confrontation l’un d’entre eux ne s’est pas gêné de dire que je n’avais pas besoin d’être députée RN, (sous-entendant) grosso modo que ce ne serait pas arrivé », si ce n’était pas le cas, a expliqué Yaël Menache. Même discours sur CNews, où la députée a été reçue par Pascal Praud le 15 septembre. À un présentateur qui s’étranglait en assurant qu’elle « a été agressée parce (que) députée du Rassemblement national », elle a répondu par l’affirmative.

    L’annonce déclenche une vague d’indignation et de soutien. Marine Le Pen en personne a dénoncé une « agression minable et lâche de voyous qui visiblement, n’ont que faire de la démocratie », espérant que « la justice sera exemplaire ». De nombreuses figures du RN ont également apporté leur soutien à la députée, s’insurgeant contre « l’ensauvagement » de la société et une attaque « politique ». Mi-septembre, Louis Aliot fait applaudir Yaël Menache par le public d’un de ses meetings. Un soutien large, qui va jusqu’aux députés PS Jérôme Guedj et Renaissance David Valence. Ce dernier en appelle au « respect des élus, un préalable en démocratie ».

    Que s’est-il passé ?

    Les violences sont certaines. La députée s’est vue reconnaître trois jours d’ITT et son mari cinq jours. Personne ne le conteste. Contacté, Romuald Helfried, le maire de la commune, se réfugie dans un silence prudent et refuse de nous répondre. Mais dans la rue où vit Yaël Menache et où se sont produits les faits, deux camps semblent s’être formés. Le premier serre les rangs derrière la députée. Comme ce retraité qui assure à StreetPress qu’elle « a le droit de vivre au calme ! ». L’autre camp a pris fait et cause pour la famille B., dont le père et trois fils étaient présents ce soir-là. Une riveraine indique :

    « Ils fêtaient un événement familial, ils ont bien le droit ! Certes, c’était un peu arrosé mais c’est le mari de madame Menache qui a cherché la bagarre. »

    Tous s’accordent pourtant sur un point : tout ceci n’a rien à voir avec la politique. Une voisine déclare : « Faut se calmer, c’était un problème de voisinage. C’est le point de vue de toute la rue ». Un autre, « pro-Menache » nous assure que « ça n’a rien à voir avec le fait qu’elle soit députée FN ». Le parquet d’Amiens lui-même, lors d’une passe d’armes avec la députée par communiqué interposé sur le classement de l’affaire (elle sera bien jugée en mars prochain), parle d’un « conflit de voisinage ».

    Mais Yaël Menache n’en démord pas : il y a derrière toute cette affaire une rivalité politique. Sur CNews, au détour d’une question, elle raconte que « l’un des fils, qui se prévalait de sa fonction de militaire, m’a dit : “Moi je suis FN, vous vous n’êtes pas une FN pure” ». Il s’agirait éventuellement d’une bisbille politique mais entre chapelles d’extrême droite. Ce qu’elle n’évoque ni sur BFM, ni dans son communiqué de presse. Une version qu’elle confirme pourtant à StreetPress : « Ils ont sous-entendu que je n’étais pas du Front national depuis suffisamment longtemps. » Et d’ajouter :

    « Mon voisin direct, qui est un des fils de la famille et qui ne fait pas partie des agresseurs, m’a soutenu pendant ma campagne, il souhaitait ma victoire avec sa femme. Il me disait que ses frères [les agresseurs] aussi votaient Rassemblement national. »

    La situation ne s’est pas apaisée depuis. Ainsi que nous l’explique Yaël Menache, elle et son mari seraient victimes de provocations quasi-permanentes. « On vit enfermé, les volets baissés. On vit un calvaire et ils nous provoquent pour que mon mari passe à l’acte, qu’il en frappe un pour dire : “Regardez le mari de la députée est agressif” ». Car la famille B. ne manque pas de soutien dans la rue :

    « Mon voisin d’en face qui est un ami de la famille de mes agresseurs s’est aussi mis à me harceler alors qu’avant tout se passait bien. Il a fait ma campagne électorale. C’est à n’y rien comprendre. »

    Au point que l’élue RN aurait fait de nouveau appel aux gendarmes début novembre, après une nouvelle provocation des « amis de la famille B ». Le 3 mars prochain, deux des agresseurs, qui ont reconnu les faits, seront jugés au tribunal correctionnel d’Amiens (80) pour « menaces de mort réitérées » et, pour l’un d’eux seulement, « violences ». Le père ne comparaîtra pas, il a écopé d’un rappel à la loi à l’issue de sa garde à vue.

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