Depuis la mort du militant Quentin Deranque, l’extrême droite est en émoi. Ce samedi 21 février, à 15 heures, est organisée à Lyon (69) une procession où sont attendus des milliers de militants. Toute la mouvance fait front commun et appelle à participer à cet hommage. Alexandre Dupalais, candidat UDR-RN de la ville, et Thibaut Monnier, député apparenté RN (Identité-Libertés), ont annoncé leur présence. Les militants néofascistes pourraient défiler, si ce n’est côte à côte, au moins les uns derrière les autres. Leur participation fait craindre au maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, des débordements violents. « Il apparaît que, pour garantir un cadre serein et prévenir toute violence, l’interdiction de cette manifestation constitue la seule décision responsable », a-t-il déclaré à Actu Lyon.
Côté organisation, on promet une « marche » de commémoration. Un événement en principe pacifique. Justement, qui sont les organisateurs ? « Le Figaro » nous apprend que la manifestation a été déposée par « la militante pro-vie [comprenez anti-avortement, ndlr] Aliette Espieux », « une particulière se disant proche de la famille de Quentin », précisent les services de l’État au quotidien conservateur. Aliette Espieux assure « s’être mise à la disposition » de la police « à leur demande pour assurer une parfaite coopération avec les autorités et permettre aux manifestants de se réunir dans le calme en assurant au mieux leur sécurité ».
Cette figure locale lyonnaise est un peu plus qu’une simple « particulière ». Elle est la porte-parole de la Marche pour la Vie, mouvement catholique intégriste opposé à l’avortement. Elle a aussi figuré sur la liste du Rassemblement national du Ve secteur lyonnais, lors des élections municipales en 2020.
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Aliette Espieux entretient également des liens resserrés avec l’extrême droite la plus radicale. StreetPress révélait dans une newsletter de janvier 2024 ses fiançailles avec Eliot Bertin, leader néonazi du groupuscule dissous Lyon populaire. Le couple a désormais convolé en justes noces. Ils se sont, selon des informations publiées par une paroisse du Vaucluse, mariés à l’été 2025. Leur union est un secret de polichinelle dans tout l’écosystème d’extrême droite lyonnais. Aliette Espieux et Eliot Bertin militent parfois côte à côte. Ils ont partagé l’affiche lors d’une journée de conférences sur « l’écologie intégrale » en mars 2024.
Un néonazi violent
Eliot Bertin est un violent multirécidiviste. Entre 2018 et fin 2023, celui qui n’est même pas encore trentenaire a été présent dans au moins huit agressions, selon le décompte de StreetPress. Il n’y a que la dernière qui a donné lieu à une mise en examen. En novembre 2023, avec une quarantaine de nervis, il mène l’attaque contre une conférence sur la Palestine dans un local associatif. Armés de bâtons, ils font six blessés. À l’hiver 2024, Eliot Bertin est placé en détention provisoire et mis en examen pour « association de malfaiteurs ». Il sort de prison en mai 2024 et n’a pour l’heure pas été condamné dans ce dossier.
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À l’été 2025, après son mariage avec Aliette Espieux, le groupuscule d’Eliot Bertin, Lyon populaire, a été dissous par le gouvernement pour « apologie de la collaboration avec le nazisme » et provocation « à la haine, à la violence et à la discrimination envers les étrangers ». Mais son groupe s’est déjà reformé dans un autre : Audace Lyon. D’après les informations de Mediapart, Quentin Deranque était « actif » au sein d’Audace. Dans un communiqué sur Instagram, le groupuscule avait réagi à la mort de Quentin : « C’est à nous seuls qu’il incombe de faire en sorte que notre camarade ne soit pas mort en vain. »
Figure clé de l’extrême droite radicale
Passé par Génération identitaire — le Parti nationaliste français d’Yvan Benedetti, qui a lui aussi annoncé sa venue samedi, et le Bastion social —, Eliot Bertin s’est imposé comme une figure clé de l’extrême droite radicale française. Il a rassemblé à plusieurs reprises, pour des « forums » organisés par Lyon populaire, les groupuscules néofascistes français. Il se rend également dans les manifestations identitaires — comme à Paris en janvier — et a des liens avec les catholiques intégristes, par sa femme, donc.
Interrogée par Franceinfo, Aliette Espieux a prévenu que « l’hommage va peut-être permettre à certaines personnes de manifester leur colère et leur désir de justice ». Avant d’ajouter : « S’il n’y a pas la justice qui est faite ou si elle est rendue impossible à cause du délai pris par la justice, on passera de la colère à la vengeance. » Avec son mari en première ligne ?
Contactés, Eliot Bertin, Aliette Espieux et la préfecture de police n’ont pas répondu à nos sollicitations.
Illustration de la Une par Caroline Varon.
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