Trois jours après la mort du militant nationaliste Quentin Deranque à Lyon (69), la police a procédé à l’interpellation de neuf suspects le 17 février dans la soirée. Tous ont été placés en garde à vue dans le cadre d’une enquête requalifiée en « homicide volontaire », « violences aggravées » et « association de malfaiteurs ». Deux interpellations supplémentaires ont suivi ce 18 février.
Six au moins des interpellés sont soupçonnés d’avoir un lien direct avec les faits qui ont coûté la vie à Quentin Deranque, à quelques centaines de mètres d’une conférence de l’eurodéputée insoumise Rima Hassan à Sciences Po, le 12 février. Un événement perturbé par le collectif fémonationaliste Némésis. Quentin Deranque était « un ami » de ces militantes. Il se tenait à quelques centaines de mètres de l’Institut d’études politiques quand a éclaté la rixe qui a viré au passage à tabac et qui lui a coûté la vie.
Parmi les suspects, Jacques-Elie Favrot, collaborateur parlementaire du député La France insoumise Raphaël Arnault, a été placé en garde à vue le 17 février au soir. Il a étudié les sciences politiques à Saint-Étienne (42) et était un cadre du groupe antifasciste la Jeune garde. Sur X (anciennement Twitter), Raphaël Arnault indique avoir dès le 15 février « engagé auprès des services de l’Assemblée les procédures pour mettre fin à son contrat ».
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Jacques-Elie Favrot n’est pas le seul mis en cause à être passé par le Palais Bourbon. Adrian B., un autre militant historique de La Jeune garde, a effectué en 2025 un stage au sein de l’équipe parlementaire de Raphaël Arnault. Selon « Le Monde », Alexis C., Robin C., Paul L., Jules P., Dimitri V. et deux femmes qui hébergeaient l’un des suspects dans la Drôme font partie des interpellés. Plusieurs d’entre eux étaient aussi affiliés à La Jeune garde et faisaient pour cela l’objet d’une fiche « S ».
Un groupe antifasciste
La Jeune garde, collectif fondé en 2018 par Raphaël Arnault, qui n’était pas encore député, est né à Lyon en réaction à une forte présence de groupuscules d’extrême droite violents. Il comptait entre 100 et 200 membres et revendiquait un « antifascisme de rue ». L’organisation assumait l’usage ponctuel d’une certaine violence comme outil « d’autodéfense » contre l’extrême droite radicale.
Son activisme ne se limitait pas à ses actions musclées. La Jeune garde assurait aussi les services d’ordre d’organisations politiques ou syndicales et notamment de La France insoumise. Ils ont également ponctuellement organisé des formations à l’autodéfense à destination d’autres groupes de gauche, tracté ou organisé des événements unitaires sur les questions d’antifascisme. Ses membres ont par ailleurs défendu, dès 2018, le local du Parti communiste français, situé à la Croix-Rousse à Lyon, alors qu’il était régulièrement ciblé par l’extrême droite.
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Fin avril 2025, le ministre de l’Intérieur d’alors, Gérald Darmanin, a entamé une procédure de dissolution de La Jeune garde, l’accusant notamment de violences, au même titre que son leader, Raphaël Arnault, définitivement condamné pour des violences volontaires en réunion commises en 2021. Ses membres ont déposé un recours devant le Conseil d’État, qui n’a pour l’heure pas été tranché.
Une bagarre avait précédé le passage à tabac
Les gardes à vue des onze suspects devront aider les enquêteurs à faire toute la lumière sur les événements du 12 février. D’après des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux et dans des médias, comme TF1 et « Le Canard enchaîné », le passage à tabac mortel de Quentin Deranque faisait suite à un affrontement entre une vingtaine de militants nationalistes et antifascistes.
« Un groupe d’énervés d’extrême droite, habillés en noir, la plupart masqués, dont certains armés, paraît attendre les autres », décrit l’hebdomadaire, qui a pu interroger un témoin. Au sein du groupe nationaliste, certains arboraient des gants coqués et ont frappé leurs rivaux avec un casque de moto, fumigène, béquille, parapluie et bombe lacrymogène.
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Finalement, les militants se sont dispersés sans trois des leurs, dont Quentin Deranque, qui a été dans la foulée violemment frappé et laissé au sol. Le militant de 23 ans souffrait d’une commotion cérébrale et d’une fracture temporale, « mortelles à brève échéance », selon les experts médico-légaux cités par le procureur de la République de Lyon, le 16 février. Il est décédé à l’hôpital le 14 février.
Illustration de la Une par Caroline Varon.
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