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    16/04/2026

    Il a été membre des Braves, la communauté du très raciste Daniel Conversano

    Hugo Deux, le combattant MMA français qui fricote avec l'extrême droite suprémaciste

    Par Aurélien Defer

    Expatrié en Pologne, le combattant professionnel Hugo Deux est la nouvelle coqueluche des médias d’extrême droite. Si ce Stéphanois de 30 ans a des idées très radicales, il nie malgré les faits son passé au sein des Braves, un mouvement suprémaciste.

    À peine a-t-il repris son souffle qu’Hugo Deux s’époumone déjà dans la cage. Ce soir du 15 novembre 2025, dans la ville polonaise de Szczecin où a lieu l’événement KSW 112, le combattant français de MMA, que tout le monde ici connaît sous le pseudonyme Nemesis, exulte après avoir défait son adversaire en trois manches. Celui que certains considèrent comme une étoile montante de la discipline le sait : cette victoire va lui offrir des opportunités de carrière, autant qu’une caisse de résonance pour ses discours qu’il aime très politiques.

    « Ne cédez pas au nihilisme, faites des enfants and fuck globalism [le mondialisme], fuck leftists [les gauchistes], fuck Macron, ok ?! This is something nobody says [personne ne le dira], mais moi je le dis, tous les combattants de MMA devraient le dire : on emmerde Macron, qu’il aille se faire mettre. Ave Christus Rex ! » Personne sur place ne semble comprendre un mot de ce laïus, inspiré du combattant brésilien Renato Moicano après sa victoire contre Benoît Saint-Denis en septembre 2024. Mais le message est reçu cinq sur cinq en France, en direct sur RMC Sport.

    Le surlendemain, le sportif de 30 ans qui aspire à intégrer la prestigieuse organisation américaine de MMA qu’est l’UFC, dont il ne peut qu’apprécier sa proximité avec l’extrême droite, est l’invité exceptionnel de la matinale du média nationaliste « Frontières ». L’interview, en visioconférence, est assurée par une Louise Morice au tutoiement complice. Trois semaines plus tard, le revoilà chez Radio Courtoisie, dans l’émission « Ligne droite » de Liselotte Dutreuil, l’épouse de Marc de Cacqueray-Valménier, l’ex-leader nazi du Gud. Avant d’atterrir, le jour de Noël, au micro d’Eric Morillot, pour un entretien au long cours sur la chaîne YouTube d’extrême droite « les Incorrectibles ».

    Dans toutes ces interviews, il défend une vision du monde ultra-conservatrice, insistant sur ses obsessions que sont la natalité, l’immigration et la défense des « Français de souche ». Auprès de StreetPress, il se décrit comme « patriote, nationaliste, identitaire, catholique » mais « pas d’extrême droite ». Et encore moins « raciste » ou « nazi », avait dit au quotidien « Le Progrès » celui qui se targue d’assumer toutes ses positions qu’il juge « normales ».

    Mais Hugo Bouillet-Deux, de son nom complet, tait volontairement certaines de ses idées radicales. D’après nos informations, il a fait partie, à minima entre 2021 et 2022, de la section polonaise des Braves, une communauté suprémaciste blanche fondée par l’idéologue et influenceur ouvertement raciste et adepte des saluts fascistes, Daniel Conversano. Son fonctionnement a notamment été décrit par les journalistes Delphine-Marion Boulle et Valentin Pacaud dans l’ouvrage « Au nom de la race – Bienvenue chez les suprémacistes français », paru en 2022 aux éditions Robert Laffont.

    Le coach de l’extrême droite médiatique

    Il faut dire que le combattant a beaucoup d’amis dans la fachosphère. Sponsorisé par plusieurs marques ancrées très à droite (Kalos, We are Athletic, Colin Simon…), Hugo Deux accompagne aussi sur le plan sportif, via son entreprise Nemesis coaching, des personnalités de la mouvance. L’ex-patron du Front national de la jeunesse, Julien Rochedy, fait partie de ses clients. Il y a aussi Jules Lecompte, éphémère collaborateur parlementaire du député UDR Gérault Verny, depuis devenu candidat sur une liste RN aux municipales.

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    Mais aussi et surtout, des membres de la rédaction de « Frontières », dont les principales égéries du média, Jordan Florentin et Louise Morice. Le premier s’était muni durant le Covid d’un pass sanitaire au nom d’Adolf Hitler, la deuxième est mariée à un collectionneur acharné d’objets liés au IIIe Reich. Le courant passe si bien que le média est officiellement entré en collaboration avec l’athlète, dans le cadre de son prochain combat, samedi 18 avril. Deux journalistes, dont Louise Morice, seront dépêchées sur place pendant quatre jours.

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    De gauche à droite, Julien Rochedy, Louise Morice et Jules Lecompte font appel à Hugo Deux et à sa société de coaching sportif et vantent ses services sur les réseaux sociaux. / Crédits : DR

    Début février, le sportif est aussi intervenu à l’Institut de formation politique , l’établissement parisien promettant d’instruire les jeunes militants de droite et d’extrême droite. Sur Instagram, il s’affiche avec les activistes fémonationalistes d’Alice Cordier – qui partagent avec lui le nom de leur collectif, Némésis. Mais aussi avec les hooligans de South side Lyon, dont l’un des membres a été condamné en 2023 à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, pour avoir participé à une attaque raciste de familles célébrant la victoire en football de l’Algérie. À StreetPress, il assure tout ignorer de leurs penchants néonazis.

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    Hugo Deux ne cache pas certaines de ses fréquentations radicales : de gauche à droite, les stages du Hussard en Pologne, la cheffe de file de Némésis Alice Cordier, et les entraînements des hooligans de South side Lyon. / Crédits : DR

    L’exil et le militantisme en Pologne

    « Avec le temps, Hugo a commencé à insister sur la nécessité de faire des enfants, “beaucoup d’enfants” », se souvient Flavien Deux, son grand frère, qui a contacté StreetPress dès novembre 2023 pour alerter sur la radicalisation de son cadet. « D’abord sans le formuler en termes ethniques ou religieux, puis avec des propos de plus en plus explicites avec des références aux “gènes blancs” et à une “Europe chrétienne” », explique celui qui, en 2021, travaille alors pour son combattant de frère.

    Il l’observe voyager en Pologne, d’abord pour pouvoir s’entraîner pendant la pandémie, puis s’y installer. À Varsovie, Hugo Deux est baptisé avec son coach Tristan Chanal-Carneiro par le prêtre traditionaliste Matthieu Raffray – lequel n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien – et participe aux stages de tir du Hussard, un entrepreneur français d’extrême droite radicale expatrié en Pologne. Il introduit aussi auprès de Flavien « des personnes qu’il présentait comme liées à la section polonaise des Braves », explique Flavien Deux. Et de poursuivre :

    « Il m’a expliqué que c’était un réseau de Français installés en Pologne. Des “expats” qui aidaient d’autres Français à s’y installer. Il me parlait d’un “Daniel”, sans donner son nom de famille au début. »

    Ce n’est pourtant pas la première définition qui vient à l’esprit quand on se penche sur ce mouvement suprémaciste, lancé en 2016 par Daniel Conversano, d’abord sous le nom de Suavelos. À l’époque, l’ex-compagnon de route de Dieudonné s’expatrie lui-même en Roumanie parce que la France serait « bougnoulisée ». Il souhaite que les militants nationalistes le suivent à l’Est et monte donc les Braves en France et en Europe, un projet à la logique communautariste : il faut être blanc et partager les « valeurs » du groupe pour en être.

    Hugo Deux le rejoint en 2021. Le 18 juillet de cette année-là, l’athlète, qui n’était pas professionnel à l’époque, est ainsi présenté comme l’un des « référents » de la section dans un message Telegram annonçant la création d’un podcast sur le quotidien des Braves en Pologne – il utilise alors le pseudonyme « Nemesismma » sur l’application.

    Dès le deuxième épisode de cette émission, publié le 25 juillet 2021, « Nemesis, alias Hugo dans la vraie vie » disserte tout sourire sur sa nouvelle vie à Varsovie. Il dit alors avoir 25 ans, être « combattant de MMA et aussi coach » et se décrit comme « Ligérien » et « Stéphanois », c’est-à-dire originaire « d’autour de Saint-Etienne ». Après avoir « vécu à Lyon (69) pour [s]es études et pour [s]on travail », il a rejoint la capitale polonaise « pour [s’]entraîner ». Le canal a curieusement été supprimé peu après nos échanges avec Hugo Deux.

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    Sur le canal Telegram désormais supprimé des Braves de Pologne, apparaissait le pseudonyme du combattant de MMA, qualifié de « référent » de la section. / Crédits : DR

    En direct avec Daniel Conversano

    Toujours sous le pseudonyme « Nemesismma », le trentenaire a aussi participé, aux côtés de Daniel Conversano, à une vidéo en direct diffusée le 6 mars 2022 sur l’une des chaînes YouTube de l’idéologue suprémaciste. Ce format, appelé « Super Danny live », était consacré à la section polonaise des Braves, surnommée « les Aigles blancs ». Hugo Deux narre une nouvelle fois son arrivée en Pologne durant la pandémie de Covid-19, suivi plus tard par sa compagne franco-polonaise et céramiste de profession.

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    En mars 2022, Hugo Deux participait avec Baptiste M. à un live de l'idéologue suprémaciste Daniel Conversano, diffusé sur YouTube. Le replay a disparu peu après nos échanges avec le sportif. / Crédits : DR

    Dans cette vidéo, désormais inaccessible mais archivée par StreetPress, on l’y entend aussi vanter la Pologne :

    « Être raciste ici, on a le droit, c’est bon. »

    Ou encore dire : « Ici, on a la chance quand même de… bah on voit bien : il y a trois Africains qui rentrent dans le pays, ils se font casser la tronche. […] Tout ça, ça a de la valeur. » Toujours obsédé par l’immigration, le sportif évoque aussi des « Africains [qui] avaient cru bon “d’africaniser”, le peu de temps qu’ils étaient là, c’est-à-dire voler, je crois même qu’ils ont fait une tentative de viol sur une femme… »

    Enfin, la discussion s’oriente vers l’invasion russe de l’Ukraine lancée quelques jours plus tôt par Vladimir Poutine. « On organise, surtout avec des gens de la section de Lyon, de l’aide humanitaire pour les Ukrainiens », raconte-t-il. Une dizaine de jours plus tard, le blog des Braves relate un premier envoi de denrées vers Kiev, puis un autre, à l’initiative des Braves de Lyon, de Pologne et du groupuscule néofasciste Lyon populaire, dissous en juin 2025 notamment pour apologie du nazisme. Les visages sont floutés mais les deux articles se terminent par une même formule : « Merci à Nemesis pour les photos. »

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    Pour aider leurs voisins ukrainiens après le début de l'invasion russe, les Braves de Pologne s'étaient associés au groupuscule néofasciste Lyon Populaire, dissous en juin 2025 notamment en raison de son adoration du IIIe Reich. / Crédits : DR

    Le combattant nie toute implication

    En novembre dernier, Hugo Deux a enregistré, cette fois à visage découvert, un nouveau podcast avec les Braves, dans lequel la petite troupe s’amuse à classer les peuples de France. De même, Tristan Chanal-Carneiro, son coach et associé dans sa société Nemesis Coaching, a été invité le même mois au micro de Contrefort, un podcast créé par des membres des Braves installés à Carcassonne, Castelnaudary et Limoux, dans l’Aude. Dans cet épisode, qui a lui aussi curieusement été supprimé de Telegram, le présentateur se dit accompagné sportivement par l’entreprise.

    Malgré ces faits, le professionnel du MMA « nie formellement toute implication » dans le mouvement, tout en affichant une certaine approbation pour le projet de société des Braves. « Vouloir préserver son identité culturelle, fonder une famille au sein de son ethnie ou promouvoir la natalité n’équivaut pas à du suprémacisme, qui implique une hiérarchie raciale et souvent de la violence », dit-il à StreetPress. Et de conclure :

    « Je les félicite pour leur initiative qui ne m’a pas l’air de l’extérieur négative : fonder un foyer et faire des enfants entre occidentaux. »

    Plusieurs personnes identifiées par StreetPress comme étant d’anciens membres de l’antenne des Braves en Pologne n’ont pas donné suite à nos demandes d’entretien. Baptiste M., qui intervenait sous le pseudonyme Nate Poland aux côtés du combattant et de Daniel Conversano lors du Super Danny Live, assure à StreetPress ne jamais avoir été membre de cette communauté et n’avoir « vu qu’une fois » Hugo Deux. Quant à Daniel Conversano, joint par téléphone, il s’est contenté de répondre « oui » à notre exposé concernant l’appartenance du sportif aux Braves, avant de raccrocher subitement.

    « Je maintiens que les éléments que vous citez ne me concernent pas », a souhaité ajouter Hugo Deux dans une deuxième réponse adressée par mail. Il affirme également avoir saisi son conseil juridique, qui « se tient prêt à intervenir dès la parution de [n]otre article ». Contacté plus récemment sur la base de nouvelles découvertes, appuyées par les informations de son frère aîné avec qui il n’a plus de contact depuis novembre 2024, il n’a pas répondu.

    Illustration de Une de Mila Siroit.

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