En ce moment

    08 / 12 / 2010

    La télévision sud coréenne n’a pas encore son Harry Roselmack

    Jaewon Joo : « Pour changer les représentations des minorités à la TV coréenne, il nous faut des quotas »

    Par Johan Weisz

    Comment les chaînes de télé Coréennes du Sud traitent-elles des minorités ethniques? Jaewon Joo explique que l'immigration est récente dans le pays et que la Corée ne s'est pas encore attaquée à la question des stéréotypes dans les médias.

    Jaewon, qui sont les minorités ethniques en Corée du Sud ?

    Ce sont principalement des travailleurs migrants des pays d’Asie du sud-est, comme l’Indonésie, les Philippines, le Vietnam ou le Sri Lanka. Et il y a aussi, venues du Chine, du Vietnam et du Cambodge, des femmes qui désormais sont mariées à des Coréens du Sud.

    Pourquoi est-ce que les minorités ethniques sont un phénomène nouveau ?

    C’est un phénomène qui date des années 1990. En fait, après les JO de 1988, le pouvoir a ouvert le pays à l’immigration. En 2008, les minorités représentaient 1,2 millions de personnes, soit 2,5% de la population.

    Pourquoi est-ce que vous avez décidé de consacrer votre PhD à la représentation des minorités ethniques à la télévision ?

    Parce que les médias forgent nos stéréotypes sur les minorités ethniques. Et dans une Corée du Sud marquée par le nationalisme, les Coréens défendent une ethnicité et une filiation par le sang : Nous ne sommes ni Japonais, ni Chinois… Nous sommes Coréens et nous avons des traditions uniques qui nous appartiennent.

    Jaewon Joo, la Life

    1978: Naît à Busan, la 2e ville de Corée du Sud.

    2006: Enseigne le journalisme vidéo à la Joong-Bu University

    2009: Doctorant à la London School of Economics. Sujet de thèse: Public Service Broadcasting and Multiculturalism: the representation of ethnic minorities in the Korean Broadcasting System

    Publie Representing Difference: Ethnic Minorities in the British Media au sein de l’ouvrage collectif Media and Cultural Diversity in Europe and North America (editions Karthala & Panos Paris)

    Quelle est l’image, aujourd’hui à la télévision, des minorités ethniques ?

    J’ai fini il y a 3 mois d’analyser les statistiques. Et je fais 4 constats sur la manière dont les minorités ethniques sont représentées dans les programmes d’information à la télévision. D’abord, les minorités sont représentées comme des gens pauvres, à qui il est bon de faire l’aumône. Ensuite, ce sont des criminels en puissance. Ils ne nous ressemblent pas et nous devons nous préparer à nous protéger d’eux. Après, les femmes migrantes mariées à des Coréens sont montrées, dans les programmes d’info, comme des épouses de paysans, qui vivent à la campagne… alors qu’elles habitent en général dans des zones urbaines.

    Enfin, les footballeurs, basketteurs et autres célébrités issus de minorités ou de mariages mixtes sont représentés comme des héros… Mais on les cantonne à leur statut de célébrités. Ils doivent jouer leur rôle mais ne peuvent pas exprimer leurs propres opinions.

    Quelles mesures faudrait-il prendre pour inverser la tendance ?

    Je pense qu’il faut réguler, au minimum dans le secteur public. Il faut des quotas pour les minorités dans les programmes TV. On peut s’inspirer de ce qu’a fait la BBC. On peut aussi regarder ce qui se fait en Suède ou aux Pays-Bas.

    Et est-ce qu’on a commencé à sensibiliser les journalistes sur ces questions ?

    Non ! Et la plupart des journalistes pensent de la même manière. Ils ne s’étonnent pas de la manière dont les minorités sont représentées. J’ai interviewé une dizaine de journalistes de KBS : Ils ne voient pas le problème !

    Et pour les politiques, est-ce que les minorités sont un problème ?

    En fait, non, ils n’en parlent pas. Pour eux, ça n’est même pas un problème.

    Le Hangyore Sinmun (“Une seule nation” en coréen), quotidien sud-coréen fondé en 1988 par des journalistes dissidents

    « Les médias forgent nos stéréotypes sur les minorités ethniques »

    StreetPress existe depuis déjà 10 ans. Aujourd’hui, il nous manque 40.000 euros pour boucler l’année et pouvoir frapper encore plus fort l’an prochain. Parce qu’aucun milliardaire n'est au capital, si nous ne les réunissons pas StreetPress s’arrêtera. Sauvez StreetPress en faisant un don, maintenant.

    Je donne pour sauver StreetPress