En ce moment

    08/02/2022

    Leur modèle : les Zouaves

    Rempart, ce groupe amateur de bastons et de goodies fascistes qui colle pour Zemmour

    Par Maxime Macé , Pierre Plottu

    Ils affichent des symboles nazis, aiment les armes (l’un d’eux est militaire), se castagner et abhorrent les immigrés. Tout naturellement, ils soutiennent Eric Zemmour. StreetPress vous présente Rempart.

    La scène est filmée au smartphone. Un groupe d’hommes colle, de nuit, des affiches Zemmour. Celui qui tient le mobile arrache aussi les affiches des adversaires, Mélenchon et Pécresse. Il crache sur un sticker du NPA, lance un « fils de pute » et arrache un sticker antifasciste. Scène presque banale, sauf que l’homme en question, membre du petit groupe très radical « Rempart », est un militaire d’active (1). Il participe à un collage, qui a notamment fait étape juste devant sa caserne du 152e régiment d’infanterie de Colmar, avant de faire le tour de la ville selon des éléments recoupés auxquels StreetPress a pu avoir accès.

    https://backend.streetpress.com/sites/default/files/rempart3_1.jpg

    Le militaire d'active, membre de Rempart, colle pour Eric Zemmour, notamment devant sa caserne du 152e régiment d’infanterie de Colmar. / Crédits : DR

    Preuve de cette radicalité, l’homme et son groupuscule ont eu l’honneur (car ça en est un chez eux) d’être promu récemment par Ouest Casual, la chaîne Telegram des nazillons français forte de milliers d’abonnés. La semaine dernière, la chaîne partage une photo de militants du groupe qui posent devant Notre-Dame, faisant des « saluts de Kühnen » – une variante à trois doigts du salut nazi. En légende : « Rempart Paris / Casual Radical ». Sur ce cliché, on retrouve tout à droite le militaire qui colle pour Zemmour devant sa caserne de Colmar. Et il en est visiblement fier, puisqu’il l’a reposté dans une story sur son compte Instagram.

    https://backend.streetpress.com/sites/default/files/rempart1_1_1.jpg

    Tourisme à Paris et fierté de passer sur Ouest Casual, la chaîne Telegram des nazillons français forte de milliers d’abonnés. Le tout agrémenté de « saluts de Kühnen », une variante à trois doigts du salut nazi. / Crédits : DR

    Insignes nazis

    Rempart se résume en réalité à un groupe de bagarre fort d’à peine une dizaine de jeunes membres, identifiés en partie par StreetPress. Un groupe qui commence à faire parler de lui au printemps 2021. Parmi eux, donc, ce militaire d’active qui ne fait pas mystère de sa radicalité. Le jeune homme diffuse des photos sans équivoque légendées : « Deus vult », « Vive le Roy » ou « Paris est nationaliste ». Discute aussi en commentaire avec un autre militaire sur le trop grand « nombre de racailles dans l’armée », jugée « trop cosmopolite avec ceux qui cassent les burnes avec leurs repas halal etc ».

    Le jeune homme expose aussi ses tatouages et des armes, beaucoup d’armes. Il diffuse les images de ses entraînements au tir avec son régiment, de ses séances à la salle de muscu ou encore les bagarres de nationalistes contre des militants de gauche. Quand il ne montre pas ses biceps, il met en scène sa lecture des livres de l’influenceur d’extrême droite Papacito. Notamment le dernier, Veni, Vidi, Vici (sous-titré : « Menace sur les gauchistes » et co-écrit avec Julien Rochedy), qu’il prend en photo à côté d’une arme de guerre.

    Un de ses comparses au sein de ce groupuscule se revendique membre de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (des cathos intégristes). Un autre prend en photo sa compagne devant un drapeau à soleil noir, un symbole nazi. Un troisième pose avec un tee-shirt orné du slogan faf : « Good night left side » (« Bonne nuit les gauchistes ») traditionnellement accompagné de l’image d’un skin frappant un militant de gauche au sol. Mais qui ici a été ici remplacée par une Totenkopf, insigne de la SS.

    https://backend.streetpress.com/sites/default/files/rempart2_1.jpg

    Armes et livre de Papacito. / Crédits : DR

    Avec les identitaires

    Rempart fricote en outre avec toute la galaxie des radicaux français. Certains étaient ainsi dans le groupe de fachos de toutes tendances, notamment identitaires, qui ont sillonné les rues de Lyon à la recherche d’antifas, en octobre dernier. D’autres dans les « white-blocs », ces mobs menées par les néonazis des Zouaves Paris qui se sont affichées dans les cortèges anti-pass de Philippot. En mai 2021, ils participaient aussi à l’hommage à Jeanne d’Arc du leader néofasciste Yvan Benedetti, où a d’ailleurs été aperçu le leader des Zouaves.

    Plus récemment, le 15 janvier, la bande de Rempart était aussi dans le cortège anti-pass qui a défrayé la chronique pour la forte présence de fafs (accusés à tort de multiplier les saluts nazis, même si des bras tendus y ont bien été aperçus). Ces mêmes fafs qui ont agressé des journalistes de l’AFP couvrant l’événement.

    Le soir même, rebelote avec la manif organisée par le groupe dissous pour son racisme et sa violence Génération identitaire (et que la préfecture n’a pas jugé bon d’interdire). Ici encore des violences ont été dénombrées, notamment par StreetPress qui y était. Bref, Rempart a tout de la bande de jeunes qui rêvent d’en découdre et de suivre l’exemple des Zouaves. Ce qui n’empêche pas ses membres de jouer un rôle dans la campagne d’Eric Zemmour.

    (1) Après la publication de l’article, ce militaire a écrit à StreetPress. Il assure n’être « absolument pas » nazi. « Le signe des trois doigts est le symbole de la trinité chez nous les catholiques », détaille le pieux soldat. Il assure par ailleurs ne faire partie d’aucun groupe. « Ces personnes sont des amis et je filmais des jeunes coller pour Reconquête car je les connais. Je n’ai en aucun cas participé au collage. » Ben voyons…

    Cet article est à prix libre. Pour continuer la lecture, vous pouvez faire un don.

    StreetPress est un média indépendant qui repose sur les dons de ses lecteurs et lectrices. Pour bien finir l’année, aidez-nous à atteindre les 100 000 euros avant le 11 décembre. En savoir plus →

    Après déduction fiscale, un don de 30€ vous reviendra à 10€.

    Soutenir Streetpress Je fais un don
    mode payements

    Faf, la Newsletter

    Chaque semaine le pire de l'extrême droite vu par StreetPress. Au programme, des enquêtes, des reportages et des infos inédites réunis dans une newsletter. Abonnez-vous, c'est gratuit !

    Faire bouger les lignes, avec vous.

    StreetPress pratique un journalisme ouvert, conscient et engagé. Comment être neutre face au racisme, au sexisme, à l’homophobie et à toutes les formes de discriminations ? Pour faire bouger les lignes nous avons choisi d’enquêter sur ceux qui en politique comme ailleurs portent cette haine. Chaque mois nous publions des enquêtes et la newsletter FAF, consacrée à l’extrême droite. Elle est gratuite et pourtant elle coûte au moins 70 000 euros à produire.

    Je soutiens StreetPress  
    mode payements

    NE MANQUEZ RIEN DE STREETPRESS,
    ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER