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    04/03/2022

    Ils comparaîtront notamment pour « injure publique à caractère racial »

    Racisme dans la police : parmi les milliers de membres, deux policiers du groupe Facebook TN Rabiot seront jugés

    Par Christophe-Cécil Garnier

    En juin 2020, StreePress révélait l’existence du groupe Facebook TN Rabiot, où des milliers de policiers s’échangeaient des messages racistes. Deux policiers seront jugés le 20 avril pour ces faits. Mais le commentaire d’un des agents est tronqué.

    Le 4 juin 2020, StreetPress a révélé que des agents des forces de l’ordre s’échangeaient des centaines de messages, montages et commentaires racistes, sexistes et homophobes sur un groupe Facebook privé de plus de 8.000 membres : TN Rabiot Police officiel. L’affaire, très largement médiatisée, avait provoqué une forte indignation au sein de l’opinion publique. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner avait saisi la justice et le parquet de Paris avait lancé une enquête. Celle-ci est terminée : deux policiers seront jugés le 20 avril prochain au tribunal judiciaire de la capitale, selon l’Agence France-Presse (AFP), devant la 17e chambre correctionnelle. Ce brigadier et ce gardien de la paix sont tous les deux cités à comparaître pour « injure publique à caractère racial », le second devra également répondre à la barre de « provocation publique à la discrimination ».

    Patrick C. est le brigadier de 44 ans. Il est poursuivi pour ce commentaire – que StreetPress n’avait pas rendu public :

    « Ce pays est vraiment devenu la poubelle du monde… Plein le cul vraiment, et on se demande pourquoi les Français ne supportent plus l’immigration. »

    Un propos incomplet

    Selon l’AFP, le fonctionnaire de police a concédé des propos qui ne « volent pas haut », « excessifs » voire « injurieux », mais « non délictueux ». Quant à Fabrice D.-P., le gardien de la paix de 50 ans, il avait publié sa haine sous un article du Parisien – qui évoquait une manifestation de milliers de personnes pour les sans-papiers, malgré une interdiction liée au protocole sanitaire. Il sera jugé pour ce commentaire, selon les éléments de l’enquête rapportés par l’agence de presse :

    « Toujours la même merde qui brave tous les interdits dans ce pays. Les gauchiasses puants et les immigrés qui ne fera même pas 1/10e du quart de ça chez eux. »

    Sauf que ce n’était pas l’entièreté de son commentaire. StreetPress s’est plongé dans ses archives et a (re)découvert qu’il avait également ajouté cette phrase :

    « Comme Trump ! Il a dit du plomb ! »

    Pourquoi le commentaire a-t-il été coupé ? La justice a-t-elle considéré que la première partie du commentaire était suffisante pour condamner le gardien de la paix ? « Quand on veut porter atteinte à la liberté d’expression, il faut être sûr et précis. Des choix sont faits », confie un magistrat. StreetPress n’en saura pas plus, n’ayant pas eu accès à la citation à comparaître et le parquet de Paris n’ayant pas pu donner de réponses à ce sujet.

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    Le commentaire en question non modifié. / Crédits : DR

    Le propos était pourtant considéré comme une « provocation à commettre une infraction » par l’association la Maison des Potes dans une plainte de juin 2020 adressée au procureur de la République. Devant les enquêteurs, le gardien de la paix quinquagénaire a estimé que sa réaction s’était faite « sous la colère », mais il « conteste tout caractère raciste ou discriminatoire », écrit l’AFP.

    Un message fort pour le groupe ?

    Mais pour les autres membres du groupe, il n’y aura rien. Deux autres policiers entendus au cours de l’enquête ne sont pas cités à comparaître en avril. Ils n’ont pu être formellement identifiés, explique l’AFP. Il y avait pourtant de la matière, entre les commentaires qui insultaient la chanteuse Camélia Jordana de « pute » qui aurait dû « rester sur le trottoir ». Ou le rassemblement contre les violences policières organisé par Assa Traoré devant le tribunal judiciaire, qualifié de « noir de merde ». Les victimes de violences policières comme Zyed et Bouna y étaient aussi traitées d’« immondes salopes » ou d’« enculé » pour Théodore Luhaka (à qui des policiers avaient inséré une matraque dans l’anus). Le tout dans un climat de moqueries des violences policières et de reprises de discours d’extrême droite.

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    Ces policiers n'ont pas été inquiétés. / Crédits : DR

    Bien que le nombre de policiers qui seront sur le banc des accusés paraît maigre, l’association la Maison des potes s’est dite « satisfaite » que le parquet ait fait aboutir l’enquête et se constituera partie civile en avril prochain contre les deux policiers. « Pour être sûr de gagner le procès, le parquet a su choisir les propos qui sont, selon lui avec certitude, constitutifs du délit d’injures racistes de manière claire et sans sous-entendu », indique Samuel Thomas, délégué général de la Maison des potes.

    Est-ce que la condamnation sera un message pour les policiers ? En juin 2020, plusieurs commentaires avaient été supprimés et un millier d’agents avaient quitté le groupe, mais les 7.000 membres restants ne semblaient pas avoir peur des sanctions. En décembre 2020, StreetPress était retourné jeter un œil sur TN Rabiot après l’affaire Zecler. Entre deux commentaires racistes, on pouvait y voir un policier d’Alençon proposer la « déchéance de nationalité et retour au bled » sous un post d’une manifestation de ressortissants de la communauté turque en France. Un brigadier-chef de la police municipale de Marseille écrivait lui : « Feu à volonté. »

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