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    18/02/2026

    Cagoules et coups de matraque

    À Toulouse, l’extrême droite attaque un bar aux cris de « justice pour Quentin »

    Par Daphné Deschamps

    Ce 17 février, des hooligans néonazis ont attaqué un bar toulousain, cognant plusieurs personnes. Selon les victimes, les militants cagoulés étaient équipés d'une chaîne de vélo, d'une matraque télescopique et d’un couteau.

    Rue Saint-Michel, Toulouse (31) — La terrasse de L’Évasion, un bar réputé de gauche sans être pour autant militant, n’est pas particulièrement animée ce 17 février au soir, quand un groupe d’une vingtaine de silhouettes sombres débarque. Les nervis encapuchés et le visage masqué scandent « justice pour Quentin », ce militant d’extrême droite mort après une rixe à Lyon (69) cinq jours plus tôt. Ils craquent quelques fumigènes. Les clients mécontents de cette démonstration de force scandent des chants antifascistes. La réponse est brutale. Les coups pleuvent.

    Marie (1), qui passe devant la bouche de métro Saint-Michel, les invective. Elle se prend un coup de poing, filmé par des clients. Louis(1) sort du bar quand la terrasse commence à s’agiter : « L’un d’entre eux me regarde, je lui fais un doigt d’honneur et il me charge, suivi par les autres. » Les militants d’extrême droite sont armés, raconte ce témoin :

    « Ils sortent des matraques, et au moins un couteau et une chaîne de vélo. On a fait rentrer tout le monde dans le bar, mais je me suis pris des coups de matraque sur le bras. »

    Thierry (1), qui est syndiqué à la CGT, évoque « vingt secondes de sidération », pendant que les nervis « chargent la terrasse avec le leader de la charge équipé d’une chaîne de vélo ». Il dit leur avoir lancé un tabouret en réponse, avant d’être cogné à terre par trois d’entre eux. Coups de poing, coups de matraque télescopique, là encore c’est un déferlement de violence : « Je me suis retrouvé par terre, puis je me suis échappé vers l’entrée du bar. Je me suis défendu comme j’ai pu, merci l’autodéfense populaire. »

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    Quelques secondes après, des policiers arrivent, faisant fuir les militants cagoulés. Dans la foulée, les fonctionnaires ont recueilli les témoignages des témoins et des victimes. L’une des victimes aurait été entaillée à la joue. Les autres s’en seraient tirées avec des contusions. Marie annonce qu’elle va porter plainte :

    « J’irai demain [au commissariat, ndlr], j’ai personne pour m’accompagner aujourd’hui et je ne me sens pas de sortir seule dans le quartier, j’habite vraiment à 200 mètres [du lieu de l’agression, ndlr]. »

    Des hooligans revendiquent l’agression

    L’agression intervient juste après un rassemblement — pourtant interdit par la préfecture — organisé par le groupuscule identitaire Furie Tolosa, en hommage à Quentin Deranque. Les agresseurs ne sont pas complètement anonymes : l’attaque a été revendiquée sur les réseaux sociaux par la Camside Tolosa et Youth Tolosa, sa branche jeunesse. Ces deux groupuscules hooligans entretiennent notamment des amitiés avec les néonazis parisiens du Kop of Boulogne ou les MesOs Reims. Certains témoins assurent qu’ils ont reconnu parmi leurs agresseurs l’un des leaders de la Youth Tolosa, récemment condamné à trois mois de prison avec sursis et cinq ans d’interdiction de stade pour des saluts nazis en tribune lors d’un match de foot.

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    « Sentiment d’impunité »

    Ces groupes de hooligans n’en sont pas à leurs coups d’essai. Dès le 13 février, avant même l’annonce officielle du décès de Quentin Deranque, la Camside et Youth Tolosa avaient déjà revendiqué une descente dans les rues de Toulouse, en publiant une photo belliqueuse sur les réseaux sociaux, où l’on distingue au moins deux saluts fascistes.

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    « J’ai été informé de ces violences par un camarade de La France insoumise alors que j’étais en hémicycle », explique Hadrien Clouet, député LFI de la Haute-Garonne, dont la permanence a, dans le week-end, été visée par des dégradations revendiquées par Furie Tolosa. « À Toulouse, la Camside et les autres groupuscules sont connus pour leurs violences, mais ce n’est pas une menace permanente comme ça peut l’être à Lyon », explique l’élu. Mais, selon lui, « le discours général de l’extrême droite, qui appelle au lynchage de la gauche au moindre soupçon, et ses éléments de langage, repris par le gouvernement, donnent un sentiment d’impunité aux groupuscules d’extrême droite violents ».

    Contactée à ce sujet, la préfecture de Haute-Garonne n’a pas donné suite à nos sollicitations.

    (1) Le prénom a été modifié.

    Illustration de la Une par Caroline Varon.

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