Au sein du collectif fémonationaliste Némésis, une controverse peut en cacher une autre. À peine sorties de la tempête médiatique et politique qu’ont été la mort de Quentin Deranque en marge d’une de leurs actions à Lyon (69) et la question de leur participation à la marche féministe du 8 mars à Paris (75), les troupes d’Alice Cordier font à nouveau parler d’elles en s’associant à un site raciste poursuivi en justice.
Dévoilée le 1er mars, cette initiative se nomme « Nicolas qui vote » et est enregistrée en tant qu’association, comme l’a révélé « L’Humanité » le 26 février. Sous la forme d’une carte de France, curieusement inspirée de celle qu’a publiée StreetPress en septembre 2025 à l’approche des élections municipales, sont répertoriées les communes qui pourraient basculer à gauche ou à l’extrême gauche.
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Mais ce ne sont pas Anaïs Maréchal — belle-sœur de Marion Maréchal-Le Pen — et Mathilda Silva (1), les deux dépositaires des statuts de cette nouvelle entité, qui ont développé la cartographie. Pour cet effort, elles ont fait appel au créateur anonyme de Mafrance.app, un site qui a fait l’objet en janvier de plusieurs signalements à la justice et de la saisine du Pôle national de lutte contre la haine en ligne (PNLH),
Indice fumeux de « défrancisation »
Et pour cause. Sur ce site, initialement appelé « Où va ma France ? », sont recensés précisément les mosquées, les centres d’accueil pour personnes migrantes, les quartiers dits « prioritaires » et ceux où les prénoms « de culture arabo-musulmane » sont le plus donnés. Autant de « lieux d’intérêt » qui sont considérés comme de mauvais points et qui sont notamment mis en miroir avec des chiffres sur les violences.
En somme, tout y est mélangé pour donner des statistiques fumeuses telles qu’un indice local de « changement culturel » ou de « défrancisation » qui, selon les communes, s’affiche en vert, jaune ou rouge. À ce sujet, c’est la députée écologiste Sabrina Sebaihi qui, la première, a donné l’alerte, début janvier. L’élue des Hauts-de-Seine (92) a effectué un signalement auprès de la procureure de la République de Paris.
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Dans la foulée, elle a interrogé le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Selon lui, Mafrance.app avait fait l’objet d’une soixantaine de signalements sur la plateforme gouvernementale Pharos, sans qu’il ne soit bloqué pour autant. L’ancien préfet de Paris a également annoncé une saisine par le directeur général de la police nationale du PNLH. Contacté, le parquet de Paris, dont fait partie le PNLH, indique qu’« une enquête est effectivement en cours ».
Une plainte de SOS Racisme
De son côté, Sabrina Sebaihi a reçu mi-janvier une confirmation de la bonne réception de son signalement par le procureur adjoint à Paris mais n’a pas eu davantage de nouvelles depuis. « Avec des sites comme celui-là qui compile des données, on imagine bien l’utilisation que peuvent en faire des groupuscules d’extrême droite violents », s’inquiète la parlementaire, elle-même victime de propos racistes. Elle poursuit :
« Quelqu’un qui veut faire un carton, il lui suffit de se balader dans un de ces quartiers où il y aurait un pourcentage élevé de “défrancisation”. »
Mafrance.app est également visé par une plainte de SOS Racisme, que StreetPress a pu consulter et qui a pour motifs juridiques l’« injure raciale publique » et la « provocation publique à la discrimination, à la haine et à la violence raciale ». « Cette plateforme véhicule, promeut et laisse se développer des narratifs racistes et discriminatoires », dénonce l’association dans un courrier adressé au PNLH à la mi-janvier. La plainte de SOS Racisme expose :
« Elle incite implicitement à éviter certains quartiers ou commerces du fait de la présence de migrants ou de lieux de culte, en particulier à l’endroit de la communauté musulmane. »
« On n’a pas encore eu de retour ni d’information sur qui pourrait être derrière ce site », précise Zélie Héran, responsable du pôle juridique de SOS Racisme. La plainte — contre X puisque l’auteur du site est anonyme — mentionne aussi des contributions racistes hébergées sur Mafrance.app, qui vilipendent notamment les vendeuses voilées de certains commerces. Leurs auteurs pourraient être poursuivis.
Plusieurs influenceurs impliqués
Car cette carte a bel et bien trouvé son public : 160.000 visiteurs uniques mensuels depuis le début de l’année, d’après Similarweb, une société d’analyse de trafic en ligne. Le très raciste portail en ligne Démocratie Participative l’a vantée comme « une véritable cartographie raciale de la France ». Les commentaires, qui ont disparu de Mafrance.app, sont toujours visibles sur X et parlent de « bougne » (pour bougnoule), d’« arbre » (arabe) et de « noix » (noir).
Autant d’éléments au sujet desquels Némésis et les influenceurs qui assurent la promotion de « Nicolas qui vote » n’ont rien trouvé à redire. Parmi eux, la militante transphobe Marguerite Stern, le président du syndicat d’extrême droite La Cocarde étudiante Édouard Bina, le cofondateur de Génération identitaire Damien Rieu, le youtubeur suprémaciste Nicolas Faure et l’ex-patron du Front national de la jeunesse devenu depuis influenceur masculiniste Julien Rochedy (1).
Le créateur de MaFrance.app se fait discret (1). Il n’apparaît nulle part sur les vidéos d’annonce et n’indique rien qui permette de l’identifier sur son site. En octobre 2025, lorsqu’il répondait aux questions complices de Radio Courtoisie, il se faisait appeler Rémi G. pour « Rémi Gration » (pour « remigration »), en référence à ses idées racistes. Ce jour-là, hasard du calendrier, il remplaçait Alice Cordier qui avait fait « faux bond » à la matinale.
Un flop
Depuis quand échange-t-il avec Némésis et se sont-ils aidés ensemble d’une quelconque manière dans leur entreprise ? Celle-ci vise, selon les statuts de « Nicolas qui vote », à « contribuer au débat public par l’analyse, la documentation et la diffusion d’informations relatives aux positions, discours, pratiques et conséquences politiques, sociales et sécuritaires imputées à certains mouvements et partis politiques ».
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Arnaud Rérolle, le directeur général du fonds Périclès du milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin — qui a pu soutenir Némésis —, n’a pas souhaité s’exprimer sur un éventuel financement. De même pour Pierre Sautarel, le fondateur de la revue de presse « Fdesouche » dont les brèves trompeuses sont massivement utilisées pour alimenter la carte de Mafrance.app. Il s’est contenté d’ironiser sur les alliés fantasmés de StreetPress.
Une chose est sûre : « Nicolas qui vote » semble avoir très peu d’impact sur la campagne, malgré du matériel de dénigration anti-gauche fourni clé en main et prêt à être imprimé. Sur Instagram, la plupart des vidéos peinent à dépasser la centaine de likes. Un flop qui rappelle celui d’Erik Tegnér, fondateur du média d’extrême droite « Frontières » qui avait tenté sans succès de déposer le nom de marque « Nicolas qui paie ».
(1) Contactées, Alice Cordier, Anaïs Maréchal, Mathilde Silva et leur collectif Némésis n’ont pas donné suite. Marguerite Stern, Édouard Bina, Damien Rieu, Nicolas Faure et Julien Rochedy n’ont pas non plus répondu aux questions de StreetPress. Idem pour l’auteur du site Mafrance.app, qui s’est contenté d’envoyer un émoji aux couleurs de ses idées.
Photographie utilisée pour la Une prise par Yann Castanier : Anaïs Maréchal, le 19 septembre 2025 lors d’un rassemblement pour Charlie Kirk à Paris.
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