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    12/03/2026

    Il assume avoir des idées qui feraient passer le tortionnaire chilien « pour un doux agneau humaniste »

    Municipales : à Valence, le candidat RN Philippe Dos Reis se compare au dictateur Pinochet et tracte avec un néonazi

    Par Aurélien Defer

    Dans les rangs de Philippe Dos Reis, tête de liste pour le Rassemblement national à Valence, il n’est pas rare de croiser le militant néofasciste Marcello Ursi et d’entendre des propos sexistes à l’égard de ses colistières.

    « Il faut des cohortes de maires RN nauséabonds. Que StreetPress et Merdiapart (sic) ne sachent plus où donner de la tête. » Quand Philippe Dos Reis, tête de liste pour le Rassemblement national à Valence (26), écrit ces mots dans le cadre d’un échange par SMS le 1er janvier avec son ancien directeur de campagne, il ne croit pas si bien dire. StreetPress, Mediapart et de nombreux autres médias ont comptabilisé pas moins de 200 « brebis galeuses » du parti lepéniste engagées pour les élections municipales des 15 et 22 mars.

    Mais Philippe Dos Reis se trompe en revanche s’il croit que cette surpopulation de candidats racistes, sexistes, antisémites, homophobes ou condamnés le protège. Âgé de 42 ans, cet ingénieur dans le nucléaire, engagé au RN depuis près d’une décennie, a ses propres casseroles. Pour les municipales, il avait dans son équipe de campagne Marcello Ursi, un militant néofasciste connu pour ses tatouages nazis et ses saluts fascistes.

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    Dans des SMS échangés avec Denys Saunier, Philippe Dos Reis dit savoir se « donner des airs respectables ». Pinochet, à côté, est un « doux agneau humaniste ». / Crédits : DR

    Les deux hommes ont ainsi été photographiés sur le marché de la place des Clercs à Valence, le 21 février. Ces clichés, que StreetPress publie, ont été transmis par l’Unité Rouge, un collectif antifasciste engagé notamment dans la Drôme qui avait alerté il y a quelques jours sur cette collusion peu reluisante. On y voit, côte à côte et tracts du candidat RN en main, Marcello Ursi (1) et Philippe Dos Reis, accompagnés de Françoise Seignobos (1), responsable du canton de Romans-sur-Isère au sein du Rassemblement national de la Drôme.

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    Le 21 février 2026, place des Clercs à Valence, Marcello Ursi (2) a distribué des tracts pour le RN avec Françoise Seignobos (3), responsable du canton de Romans-sur-Isère au RN. / Crédits : DR


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    Le 21 février 2026, Philippe Dos Reis (1) était avec le militant néofasciste Marcello Ursi (2) pour distribuer des tracts RN place des Clercs à Valence, avec Françoise Seignobos (3), responsable du canton de Romans-sur-Isère au RN. / Crédits : DR

    Tatouage SS

    Italien d’origine, Marcello Ursi est un nom bien connu de la mouvance néofasciste italo-française. Dans ses jeunes années, il a milité au sein de CasaPound, un groupuscule d’extrême droite italien se réclamant de l’héritage de Benito Mussolini. Le militant a participé, comme l’avait raconté Slate en 2018, à créer des ponts entre divers collectifs de cette obédience installés de part et d’autre des Alpes, notamment avec le Bastion social, groupe néofasciste dissous pour sa violence et son racisme par le gouvernement en 2019. Dans la foulée, il a fondé à Valence le groupe Adelphos, qui a notamment fait le coup de poing lors d’une manifestation féministe locale en 2021.

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    Marcello Ursi a le blason de la division Charlemagne (une division de la Waffen SS composée majoritairement de Français) tatoué sur la cuisse. / Crédits : DR

    Un CV radical qui, doublé d’un tatouage sur la cuisse à la gloire de la division Charlemagne — une division de la Waffen SS, branche de l’armée allemande nazie composée majoritairement de Français — et de saluts fascistes immortalisés sur plusieurs photos, n’a manifestement pas refroidi Philippe Dos Reis. L’un de ses colistiers assure aussi, sous couvert d’anonymat, avoir aperçu, à l’occasion d’une réunion publique du candidat RN organisée le 20 février, le néonazi. Qui est par ailleurs suivi sur Instagram par trois autres membres (1) de la liste. Auprès de StreetPress, Philippe Dos Reis confirme l’implication de Marcello Ursi :

    « On avait besoin de coller des affiches, on a regroupé le plus grand nombre possible, dont ce monsieur. »

    Mais le candidat jure tout ignorer des radicalités de celui dont il envoyait pourtant volontiers le numéro de téléphone à son directeur de campagne, lorsque ce dernier souhaitait contacter le « faf ». « Je suis sur le cul d’apprendre le passé de ce monsieur, je n’étais pas au courant de ça », poursuit l’ingénieur au bout du fil. Après avoir ajouté :

    « Je lui donnerais le bon Dieu sans confession. »

    Le candidat dit avoir rencontré ce « sympathisant » en 2022 à l’occasion d’un échange autour de la parentalité. Selon son récit, c’est Marcello Ursi qui lui a récemment proposé son aide : « On ne s’est pas parlé pendant trois ans et là, il m’a dit : “J’aimerais donner un coup de main pour ta campagne”. » Philippe Dos Reis affirme que, depuis qu’il a été contacté par StreetPress, le militant « ne fait plus partie de [s]on équipe ». Et promet qu’il « condamne tous les systèmes, du passé, du présent, du futur, qui ont occupé la France militairement et qui lui ont nui ».

    À VOIR : Notre carte des 200 brebis galeuses du RN aux élections municipales

    Interrogé quant à ce récit, Marcello Ursi se décrit vis-à-vis de Philippe Dos Reis comme « un sympathisant, qui bénévolement a voulu se mettre à disposition pour sa campagne ». « Je vous confirme que M. Philippe Dos Reis n’avait pas connaissance de mon passé jusqu’à aujourd’hui », poursuit-il dans une réponse par SMS. « Il a pris la décision de m’écarter de sa campagne et j’ai accepté sa décision. »

    L’ombre de formulaires falsifiés

    Mais ce n’est pas le seul virage sur lequel a dérapé la campagne de Philippe Dos Reis. Dans des échanges consultés par StreetPress, qui corroborent les révélations du « Dauphiné Libéré » et d’ICI Drôme Ardèche, le candidat a demandé à son ex-directeur de campagne, Denys Saunier, de produire des faux. « Fais un CERFA bidon pour [Simone] Fort », une colistière, écrit-il sur WhatsApp le 16 février, en référence aux documents administratifs réglementés qui permettent notamment d’officialiser les candidatures aux municipales.

    À LIRE AUSSI : Soraliens, Civitas, skinheads… Les radicalités de Valentin Gabriac, candidat RN à Grenoble

    Denys Saunier confesse s’être exécuté pour trois des candidats sur la liste RN en remplissant et signant les documents à leur place. « Je l’ai fait sous la pression de Philippe », dit celui qui s’est rapproché du RN « par opportunisme ». Contactée par ICI Drôme Ardèche, l’une des concernées par cette potentielle falsification explique qu’elle a bien signé un document mais le 9 mars, soit plus d’une dizaine de jours après le dépôt des listes. La préfecture de la Drôme n’a pour l’heure rien trouvé à y redire, d’après les informations de la radio publique locale.

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    Philippe Dos Reis, tête de liste pour le Rassemblement national à Valence, échange par SMS avec son ancien directeur de campagne, en janvier. / Crédits : DR

    Philippe Dos Reis évacue. « C’est complètement absurde », dit-il en reprenant la ligne de défense qu’il a fournie au « Dauphiné libéré ». « Des messages, on les bricole comme on veut », a-t-il dit au quotidien régional. Et d’accuser son ancien directeur de campagne d’avoir eu « un comportement très inapproprié avec une colistière », sans en dire davantage. L’intéressé, qui cherche depuis quelques jours à alerter la presse locale et nationale, nie en bloc à son tour. L’ex-directeur a écrit au procureur de la République pour déposer plainte pour diffamation.

    À LIRE AUSSI : Municipales : les tweets complotistes, racistes et islamophobes de six nouveaux candidats RN

    Des propos sexistes

    Ces mêmes messages échangés entre Denys Saunier et Philippe Dos Reis révèlent aussi le peu d’égard que ce dernier accorde à ses colistières. L’une d’entre elles est régulièrement qualifiée par le candidat de « bombasse », de « mignonnette » et de « pom pom girl ». À propos d’une autre, il écrit : « Moi, je battrai la campagne au marché sur le terrain avec mes militantes milf [pour “mother I’d like to fuck”, un terme désignant dans l’industrie pornographique les femmes âgées sexuellement désirables, ndlr]. » Interrogé à ce sujet, Philippe Dos Reis minimise une fois de plus :

    « MILF, c’est du langage courant, mettez-vous à la page monsieur. »

    Qu’en est-il alors du terme « bombasse », que le candidat a employé une bonne dizaine de fois dans sa conversation avec Denys Saunier ? « Je ne me souviens pas avoir dit ça », balaie-t-il. Avant d’embrayer :

    « Et puis, ce n’est pas sexiste. La définition de sexiste, c’est inférioriser un sexe par rapport à l’autre en se basant sur des attributs biologiques. »

    Malgré ses dénégations téléphoniques, Philippe Dos Reis semble pourtant obsédé par les femmes et les raisons qui les pousseraient selon lui à le contacter pour s’engager dans sa campagne. « Il y a une sympathisante qui m’a appelé, qui veut me rencontrer. C’est tout le temps que ça m’arrive ! », explique-t-il à StreetPress avec tout le sérieux du monde. Et continue :

    « J’ai mis mon numéro sur mes tracts. Après voilà, il y a des nanas [qui lui disent] : “Ouais, t’es trop mignon, blabla…” Bon, c’est les risques du métier. »

    Dans ses SMS à Denys Saunier, Philippe Dos Reis confirmait par ailleurs le 25 janvier la présence de nombreuses « brebis galeuses » au sein des troupes lepénistes. Et s’incluait fièrement dans le lot, en filant la métaphore animale :

    « Moi-même, je sais me donner des airs respectables malgré mes idées qui feraient passer Pinochet pour un doux agneau humaniste. »

    L’ancien dictateur chilien, connu avant sa mort en 2006 pour sa propension à arrêter, torturer et tuer ses opposants politiques, n’a qu’à bien se tenir. Les électeurs de Valence aussi.

    (1) Contactée, la communication du Rassemblement national n’avait pas donné suite aux sollicitations de StreetPress avant la publication de cet article. La responsable locale du RN Françoise Seignobos et le délégué départemental du RN dans la Drôme n’ont pas non plus répondu à nos demandes d’entretien.

    Contacté, les colistiers de Philippe Dos Reis abonnés au compte Instagram de Marcello Ursi n’ont pas répondu. L’un d’eux, Olivier Riffault, qui était aussi présent lors du tractage du 21 février effectué en compagnie du néonazi, nous a bloqués sur le réseau social.

    Illustration de la Une par Mila Siroit.

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