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    23/03/2026

    Sept d’entre eux ont été élus maires

    Municipales : les collaborateurs parlementaires du RN en première ligne

    Par Aurélien Defer

    Formés à la politique par leurs députés-employeurs, les assistants parlementaires du Rassemblement national ont été nombreux à conduire des listes. Un modèle classique qui dépeint « une forme d’entre-soi du parti » en matière d’implantation locale.

    À l’issue du second tour des élections municipales se dessine une victoire en demi-teinte pour les petites mains du Rassemblement national (RN). Sur quelque 416 listes présentées, le parti de Jordan Bardella et de Marine Le Pen a investi plusieurs dizaines — une cinquantaine selon « Contexte », une centaine selon « Le Monde » — de collaborateurs parlementaires travaillant à l’Assemblée nationale pour ses députés. En fin de compte, sept d’entre eux ont été élus maires ce 22 mars.

    À commencer par Andrea Orabona, suppléant et collaborateur parlementaire du député RN Lionel Tivoli, élu dès le 15 mars dans la toute petite commune de Conségudes (06), avec 100 % des suffrages exprimés — il était le seul candidat en lice. Mais StreetPress peut aussi citer Dorian Munoz, assistant d’Hélène Laporte, élu haut la main à La Seyne-sur-Mer (83) avec 46,31 % des voix malgré un second tour au format quadrangulaire. Ou encore Florian Azéma, collaborateur du député Frédéric Weber, victorieux à Castres (81) après avoir été choisi par 29,85 % des votants. Et même Romain Lemoigne, assistant de l’eurodéputé Philippe Olivier, élu à La Flèche (72).

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    D’autres, battus à la deuxième reprise, devront se contenter de devenir conseillers municipaux dans l’opposition. C’est le cas de Maxime Bot, collaborateur parlementaire de Julien Rancoule, qui a gratté sept sièges à Limoux (11) avec 44,31 % des suffrages au second tour. De Rafaël Quessada, employé de Cyril Tribuiani, à Saint-Laurent-du-Var (06), qui en a remporté neuf, avec 49,31 % des voix au second tour, ou encore d’Arnaud de Rigné, assistant de Marine Le Pen, défait de justesse — avec 46,29 % des voix — à Carvin (62), d’où il repart tout de même avec sept sièges.

    Un modèle d’implantation privilégié par le RN

    Les relativement bons scores de ces jeunes cadres — ils ont souvent autour de la trentaine et en sont pour la plupart à leur premier ou deuxième poste en politique — constituent une victoire électorale non négligeable pour le RN, laquelle s’inscrit dans une progression importante du parti, principalement dans le sud-est et dans le nord-est du pays. Au total, le Rassemblement national et ses alliés dirigent désormais quelque 70 municipalités — mis à part Perpignan (66), pas de nouvelle ville de plus de 100.000 habitants, exceptée Nice (06) entre les mains d’Éric Ciotti —, avec plus de 3.000 conseillers municipaux lepénistes.

    Si cet usage qui consiste à investir des collaborateurs politiques dans des scrutins locaux n’est pas nouveau et pas nécessairement propre au RN — La France insoumise (LFI) y a eu également beaucoup recours lors de ce scrutin, comme l’a indiqué le politologue Rémi Lefebvre au « Monde » dans le cadre d’une analyse chiffrée sur la question —, il donne matière à réflexion sur l’implantation locale du parti lepéniste.

    Ainsi, l’équipe de la députée RN de la 4ᵉ circonscription du Doubs, Géraldine Grangier, était particulièrement représentée dans son département. Sur quatre collaborateurs parlementaires, trois y étaient têtes de liste : Maxime Callois à Voujeaucourt (25) (battu de peu au second tour, avec 49,03 % des voix), Quentin Déchaux à Pont-de-Roide-Vermondans (25) (défait au second tour avec un score de 46,65 %) et Jacques Ricciardetti à Besançon (25) (éliminé dès le premier tour, avec 8,77 % des voix). Il faut dire que le Doubs avait voté à 42,04 % pour la formation de Jordan Bardella au second tour des élections législatives anticipées de 2024. De quoi donner envie, manifestement, d’y envoyer des collaborateurs parlementaires comme candidats.

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    « Ce modèle-là, qui concernait beaucoup le Parti communiste fut un temps, concerne aujourd’hui particulièrement le Rassemblement national », analyse le sociologue et directeur de recherche au CNRS, Sébastien Michon, qui a mené plusieurs travaux sur le rôle des collaborateurs d’élus et sur la professionnalisation politique au sein du RN. Il poursuit :

    « On a une forme d’entre-soi du parti, avec très peu de candidats qui viennent de l’extérieur, de la société civile. Ce sont bien des militants qui vont travailler au sein du champ politique, qui vont exercer des métiers politiques comme collaborateurs d’élus et qui, petit à petit, vont devenir eux-mêmes élus. »

    « Un cursus très classique »

    Les collaborateurs lepénistes à l’Assemblée nationale — le RN n’a, en attendant le scrutin de septembre, que trois sénateurs et donc peu de collaborateurs à la Chambre haute — sont par ailleurs considérés comme des candidats efficaces. « Ils ont souvent accompagné plusieurs campagnes électorales, ont fait les formations du parti et savent faire campagne », note Sébastien Michon.

    Plus largement, bien que les fonctions de ceux qui travaillent depuis Paris et ceux qui officient en circonscriptions diffèrent beaucoup, ils bénéficient auprès de leurs employeurs d’une certaine formation au travail politique, dont ne disposent pas nécessairement tous les aspirants édiles. Un atout qui est particulièrement bienvenu, au sein d’un parti qui, comme LFI, n’a pas tant d’élus locaux en dehors de ses députés, et qui ne dispose pas non plus d’un vivier intarissable de prétendants présentables.

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    Cette cooptation au sein de l’appareil du RN, qui fait des collaborateurs d’élus des candidats, lesquels, s’ils sont élus à leur tour, embaucheront des collaborateurs, est une dynamique bien rodée. « C’est la logique première de la professionnalisation politique : il faut avoir des élus [des députés, des conseillers régionaux, au sein d’une municipalité, etc., ndlr], ce qui permet ensuite d’avoir des collaborateurs, ces derniers étant payés à plein temps pour faire de la politique », relève Sébastien Michon. Le chercheur ajoute :

    « C’est ce qui fait qu’on a une masse de cadres beaucoup plus importante qu’avant. Et ces cadres vont faire campagne et candidater. L’idée, c’est de grossir comme ça, toujours plus. C’est un cursus très classique. »

    Le défi des remplacements

    Ce qui n’est pas sans rappeler que de nombreux députés du RN — 35 d’après un décompte de FranceInfo et de LCP, auquel s’ajoutent les deux maires de l’Union des droites pour la République (UDR) Éric Ciotti et Antoine Valentin — ont également brigué des mandats de maires lors de ces élections municipales. Huit d’entre eux ont été élus : Bryan Masson à Cagnes-sur-Mer (06), Nicolas Meizonnet à Vauvert (30), Frédéric Boccaletti à Six-Fours-les-Plages (83), Pascale Bordes à Bagnols-sur-Cèze (30), Hervé de Lépinau à Carpentras (84), Alexandra Masson à Menton (06), Aurélien Lopez-Liguori à Agde (34) et Christophe Barthès à Carcassonne (11).

    Une dizaine de suppléants de députés RN ont également remporté des villes : Steeve Briois (pour Marine Le Pen), réélu à Hénin-Beaumont (62), Carla Muti (Sophie Blanc) à Canohès (66), Philippe de Beauregard (Marie-France Lorho) à Camaret-sur-Aigues (84), Romain Lopez (Marine Hamelet) à Moissac (82), Fabien Engelmann (assistant de Laurent Jacobelli) à Hayange (57), Ludovic Pajot (Thierry Frappé) à Bruay-la-Buissière (62), Anthony Garenaux-Glinkowski (Bruno Clavet) à Harnes (62), Mason Moreau (Auguste Évrard) à Marles-les-Mines (62) et Julien Potel (Anaïs Sabatini, dont il est aussi le collaborateur) à Rivesaltes (66).

    Mais si les règles sur le cumul des mandats obligent les parlementaires à choisir l’un ou l’autre, rien n’empêche théoriquement un suppléant ou un collaborateur élu de garder son emploi à l’Assemblée nationale ou au Sénat tout en dirigeant sa commune, notamment si celle-ci est de petite taille. « Maire, c’est compliqué, c’est un emploi à plein temps », note toutefois Sébastien Michon. « Par contre, quand on est conseiller municipal d’opposition, c’est fréquent [de cumuler les deux rôles]. Ça permet de travailler l’implantation. »

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    Rémi Berthoux, collaborateur parlementaire du député Jonathan Gery, élu à Thizy-les-Bourgs (69), voudra-t-il cumuler ? Quid de Hervé Simon, qui, en plus d’assister le député Alexandre Loubet, vient d’être désigné vainqueur à Saint-Avold (57) ? Et Raphaël Eraldi, employé par Caroline Parmentier et désormais édile de Lillers (62) ? Il se posera probablement bientôt la question de leur remplacement, qui est un défi en soi pour un parti qui n’a eu de cesse de s’attacher les services de militants radicaux infréquentables. Ces dernières années, StreetPress a ainsi révélé les vrais visages — racistes, anti-IVG et même néofascistes — de Julie Gahinet, collaboratrice de Julien Odoul, de Maylis de Cibon, anciennement employée par Philippe Schreck, ou encore de Jean-Eudes Le Moulec, assistant d’Antoine Villedieu.

    Illustration de la Une par Caroline Varon.

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