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    22 / 03 / 2012

    Pour apprendre ce qu'est un conseil central et à quoi il sert

    Tout, tout, tout, vous saurez tout sur les élections étudiantes

    Par Robin D'Angelo

    Si le taux de participation est aussi faible, c'est d'abord parce que ce sont des élections compliquées à décrypter. StreetPress t'aide à y voir plus clair, t'expliquant qui est qui, qui fait quoi et pourquoi.

    1Conseils centraux, Crous, conseils d’UFRWTF ?!

    Tu n’as toujours pas compris comment fonctionnent les élections législatives, alors les élections étudiantes… Pour la faire simple, tous les deux ans, les étudiants élisent leurs représentants dans 3 types d’assemblées universitaires : les Crous, les conseils centraux et les conseils d’UFR. Les Crous gèrent la vie étudiante à l’échelle de l’académie, les conseils centraux à l’échelle des universités et les conseils d’UFR ben dans les UFR, comme l’indique leur titre. Ça va déjà mieux ? Bon passons à l’étape deux.

    2Plusieurs conseils dans ta fac

    En ce moment, les étudiants votent pour élire leurs représentants aux conseils centraux des universités, « une élection très importante », explique à StreetPress Sarah, candidate pour le syndicat de droite le MeT à Assas. C’est là que ça se corse, chaque université a 3 conseils centraux : le Conseil d’Administration (CA), le Conseil Scientifique (CS) et le Conseil des Études et la Vie Universitaire (Cevu). Vous suivez toujours ?

    « En gros le Conseil d’Administration prend les décisions et le Cevu et le Conseil Scientifique ont un rôle consultatif », explique Michaël qui a siégé pendant un mandat à Paris V avec son association, affiliée à la Fage. Le CS se charge uniquement des doctorants et de la recherche quand le Cevu s’occupe de la vie sur le campus (les maquettes de diplômes, les modalités des exams…).

    le Conseil d’Administration prend les décisions et le Cevu et le Conseil Scientifique ont un rôle consultatif

    3Est-ce que les élus des conseils peuvent demander de la bière au distributeur ?

    Oui ! C’est même exactement à ça que servent les conseils centraux. Sarah (MeT), élue au Cevu de la fac de Paris II–Assas, se souvient avoir voté par exemple pour que les étudiants aient droit à « une demie-heure de retard avant un partiel, contre 15 minutes auparavant. » Elle a aussi voté pour un droit de regard sur les indemnités des directeurs de masters. Mathieu de Nanterre rappelle que sous l’impulsion de l’Unef, l’université a accordé une semaine blanche avant les partiels en mars 2011. Michaël de la Fage se souvient surtout lui des « maquettes de diplômes »: « On décide oui ou non de créer un nouveau master. Avec quels enseignements dedans, ce qu’on demande aux partiels etc… » En fait, tout ce qui concerne la vie de l’université est votée dans les conseils centraux.

    l’université a accordé une semaine blanche avant les partiels en mars 2011.

    4Du pouvoir ? Vraiment ?

    Alors de vrais apprentis hommes (et femmes) politiques, les élus des conseils centraux ? Michaël calme notre enthousiasme : « Quand j’y étais, on avait du poids mais on n’était pas les moteurs. « Le moteur, c’était la présidence de l’université. » Sarah regrette elle que ce soit « très dur pour les représentants étudiants de pouvoir mettre à l’ordre du jour des mesures qui ne l’ont pas été par l’administration. » On se contentera donc de « l’avis consultatif » des représentants étudiants. D’autant plus qu’ils ne sont pas majoritaires dans les différents conseils – 16 sur 40 membres au Cevu, 5 sur 30 membres au CA et 4 sur 40 membres au CS à Paris 10 par exemple.

    les étudiants ne sont pas majoritaires dans les différents conseils

    5Et ils sont payés pour ça ?

    À leur grand regret, non. Et les élus étudiants ne savent pas non plus à l’avance quelles vont être les questions aux partiels. Par contre, être élu permet de se faire un petit réseau dans le corps enseignant et le personnel administratif. « On ne boit pas non plus des bières tous ensemble. Mais comme on se rencontre pour préparer les réunions, ça apaise les animosités », dixit Sarah du MeT. L’étudiante en droit pense d’ailleurs que son poste lui a peut-être permis d’obtenir plus rapidement une lettre de recommandation pour un stage.

    Autre enjeu : avec au moins un siège aux conseils centraux, les associations ou syndicats gagnent le droit d’avoir un local permanent dans l’enceinte de la fac. Party time !

    Son poste lui a peut-être permis d’obtenir plus rapidement une lettre de recommandation pour un stage

    6J’ai décidé de me présenter

    Cette histoire de bière te donne très envie de te présenter ? Ça tombe bien parce que c’est facile : il suffit d’être inscrit à l’université dans laquelle tu veux te présenter et de faire partie (ou de créer) une association. Sarah se marre : « Il y a deux ans, l’association de pétanque d’Assas s’était présentée. Ils voulaient instaurer une journée saucisson-pastis ! »

    Bon vous aurez plus de chance d’être élu si vous appartenez à l’Unef ou si vous êtes affilié à la Fage – qui regroupe plus de 1.500 assos étudiantes – car elles gagnent plus de sièges. Les assos populaires qui organisent soirées, voyages au ski et tournois de poker sont aussi de véritables machines à gagner. « C’est un vote de réseau, pas de conviction », râle Mathieu de l’Unef quand il évoque « les corporations ». Moralité : ça risque d’être dur si tu te présentes en solo …

    l’association de pétanque d’Assas s’était présentée. Ils voulaient instaurer une journée saucisson-pastis !

    7Qui sont les principaux syndicats candidats ?

    À gauche, il y a l’Unef – proche du Parti Socialiste, la Cé qui a été créée par la CFDT et Sud-Étudiant, plutôt à l’extrême-gauche. A droite, le MeT (anciennement Uni) est proche de l’UMP. Le PDE (Promotion de Défense des Étudiants) et la Fage ne sont pas des syndicats mais des réseaux avec des associations affiliées, notamment les BDE branchés teuf et picole.

    Après, chaque campus a ses spécificités locales. On peut par exemple citer l’UDJ – la vitrine légale de l’association d’extrême-droite Gud – qui présente une liste à Assas.

    Les syndicats composent aussi des alliances. Le MeT met par exemple en avant ses accords avec la Fédération des Étudiants Africains de France. Côté Unef, on préfère l’Union des Étudiants Algériens de France. La Confédération étudiante est sur la même liste que l’UEJF (l’Union des Etudiants Juifs de France) à Nanterre – Paris X.

    8Faut-il des rétro-commissions pour avoir l’argent pour se présenter?

    Michaël évoque deux freins pour se présenter : avoir suffisamment de monde pour présenter une liste (ça peut aller jusqu’à 16 personnes) et avoir de … l’argent. Comptez en effet pour une grosse campagne 5.000 euros de budget. Si vous ne voulez que des tracts recto-verso en noir et blanc, 500 euros devraient vous suffire.

    Pour chaque élu aux conseils centraux, les syndicats touchent une subvention de la fac, qui peut aller jusqu’à 2.000 euros. Surtout le ministère de l’enseignement supérieur attribue chaque année une subvention aux syndicats et aux associations étudiantes en fonction de leur représentativité, c’est à dire le nombre total d’élus. En 2011, l’Unef a ainsi touché 494.604 euros et l’Uni-MeT 426.045 euros . Les élections des conseils centraux, c’est aussi la période pour faire le plein.

    « Il y a aussi le Fonds de Solidarité et de Développement des Initiatives Étudiantes (FSDIE), présent dans chaque université qui subventionne les associations », complète Sarah. Sans parler des associations qui se font sponsoriser par des entreprises comme Assas Net et la BNP. Mais Michaël rappelle que « si les frais de campagne peuvent être remboursés, ça peut prendre assez longtemps pour que l’administration se bouge. »

    Comptez pour une grosse campagne 5.000 euros de budget.

    9De quoi on parle en 2012 ?

    De plein de choses, d’après Sarah et Michaël. Pour l’élue du MeT la question des frais de scolarité va être centrale dans les deux années à venir « car les universités ont maintenant leur indépendance. » «L’État ne peut plus maintenant tout financer ! » Et de citer les frais pour intégrer un Master Droit des affaires de son université, qui sont passés de « 400 à 4.000 euros ».

    Pour Michaël, il y a toujours la question de la circulaire Guéant qui «empêche les étrangers diplômés en France de travailler là où ils vivent.» L’étudiant en médecine pense aussi que la question du regroupement des pôles de recherche va être essentielle. Car depuis la loi sur l’autonomie des facs, l’université est en pleine recomposition. Pas sûr donc que la priorité soit de mettre de la Kro dans le distributeur…

    il y a toujours la question de la circulaire Guéant qui «empêche les étrangers diplômés en France de travailler là où ils vivent

    10Les élections des conseils centraux, c’est quand ?

    Chaque université fixe son calendrier. La première a eu lieu à l’université d’Évry fin octobre, les dernières ont lieu au mois d’avril. Les élections des Crous, qui devaient initialement avoir lieu au printemps 2012, ont été reportées pour cause d’élections présidentielles.

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