Chaque soir, je suis prof de français bénévole pour les réfugiés

8 Février 2017

par Marion , 32 ans, travaille dans le domaine des statistiques et milite dans plusieurs associations. Elle habite à côté de l’ancien campement de migrants de Stalingrad où elle donne des cours de Français aux réfugiés avec l’association BAAM.

Chaque soir, une poignée de bénévoles du BAAM donnent des cours de Français aux réfugiés. Marion est l’une d’entre eux. Elle raconte son expérience.

J’ai emménagé dans le quartier de Jaurès il y a 6 mois. En passant avec mes cartons sous le bras, j’ai remarqué un attroupement sur les grands escaliers de la Rotonde. Les migrants répétaient tous en chœur des mots. J’ai compris que c’était un cours de français en extérieur. Ils étaient assis et répartis sur les trois escaliers, face à un prof et un tableau blanc.

Il y a 6 mois je suis devenue prof

C’est là que j’ai eu le déclic. J’ai discuté avec les profs et assisté à quelques cours. Dès que je me suis sentie prête, j’ai commencé à donner des cours tous les jours, à 18h.

Il n’y a pas de niveau prérequis pour être prof à Jaurès, tout le monde peut le faire. Je suis heureuse quand je vais donner cours. A 18h, je suis souvent fatiguée de ma journée de boulot. Mais après le cours, je me retrouve pleine d’énergie parce que mes élèves ont la banane malgré leurs mois d’errance.

On noue des liens avec les élèves. Quand j’achète ma baguette de pain je croise des élèves qui me dise « Salut professeur ! ».

Un escalier à Jaurès correspond à un niveau de cours


Une autre bénévole du BAAM.

Les élèves sont répartis en 3 niveaux différents. Chaque escalier de la place Stalingrad correspond à un niveau : le premier pour l’alphabet et les mots simples. Le niveau 2 pour un peu plus de vocabulaire et les pronoms sans trop faire de grammaire. Le dernier niveau est le plus avancé.

Le but de notre cours, c’est vraiment de donner accès à la langue française : une fois qu’ils ont un petit niveau on essaie de les dispatcher vers d’autres cours que dispensent des associations.

On essaie de parler un maximum en français pendant les cours. Nos élèves sont en majorité des Soudanais qui parlent arabe. Il y a aussi des Égyptiens, des Afghans qui parlent pachto ou dari.

On enseigne un français pratique

Il y a un truc que l’on met en place très vite dans tous les groupes : c’est de faire se présenter les élèves. On essaye de faire ce genre de dialogue très vite :

« Bonjour, je m’appelle…, je viens du Soudan, j’ai 23 ans… »

Ensuite, j’explique vite la différence entre le « tu » et le « vous ». Je leur dis toujours :

« Tu peux me dire tu parce que tu me connais. A un policier, tu dis vous. »

Ça marche très bien pour expliquer. Ils sourient, ils comprennent très bien. Je pense que ça les aide aussi quand ils se font contrôler pour les papiers.

Un migrant qui parle arabe, pachto ou dari ne peut pas s’intégrer tout seul en France. Nous, la population, devons l’aider à s’intégrer. On ne pourra pas se plaindre s’ils ne sont pas intégrés dans 10 ans si on n’a rien fait pour les aider.

Des cours précaires, dans le froid

Le cours de la place Stalingrad a lieu en extérieur. Cela fait trois mois que l’hiver dure, mais on n’a pas trouvé de salle pour 200 personnes tous les jours.

La vague de grand froid nous a obligés à arrêter pendant une semaine les cours, on ne voulait pas que nos élèves tombent malades. Ils sont tellement motivés d’apprendre qu’ils viennent quel que soit le temps.

On sait que nos élèves peuvent partir du jour au lendemain. On apprend à se blinder beaucoup par rapport aux évacuations de camps par les forces de l’ordre.

Tant qu’il y aura des migrants dehors, on continuera de faire cours dehors. Notre but, même si ça nous fait mal au cœur de ne plus voir nos élèves, c’est qu’ils s’envolent. J’ai un élève soudanais qui est chercheur en microbiologie.


« Tant qu’il y aura des migrants dehors, on continuera de faire cours dehors. »

Marion, bénévole au Baam

Les élèves qui ont fait des études supérieures on les repère, ils progressent beaucoup plus vite que les autres. Je me suis très bien entendue avec lui et j’ai contacté l’association Resome en leur disant que cet élève « c’est une perle » pour qu’ils s’occupent de lui. Il a commencé cette semaine à l’université qui le prépare à un diplôme de français pour reprendre ses études par la suite.

Vox en partenariat avec les étudiants de l’EFJ réalisé par Marcelline Courtin et Lorenzo Cucchiaro

Propos recueillis par Marcelline Courtin