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    23/02/2017

    Autorisation des OGM en Europe : les cobayes c’est nous !

    Par Christian Vélot , Sarah Lefèvre

    Un nouveau soja OGM a été autorisé en Europe, sans étude préalable. Christian Vélot dénonce ce processus d’autorisation de mise sur le marché en Europe qui repose sur une carence et une opacité de l’évaluation.

    Malgré une forte opposition de la communauté scientifique et de la société civile, l’UE a autorisé, à la consommation animale et humaine, un soja OGM de Monsanto, à la fois tolérant au Roundup et produisant un insecticide.

    Trois ONG, TestBiotech, le réseau European Network of Scientists for Social and Environmental Responsibility (ENSSER) et l’association Sambucus, ont demandé à la Commission européenne de réexaminer le potentiel toxique de cet OGM. Car aucune étude scientifique n’a permis de démontrer que ce soja est sans risque pour l’homme et l’environnement.

    Je vais vous expliquer pourquoi.

    C’est Monsanto qui choisit les labos qui font les études

    Je parle d’opacité dans le processus d’évaluation parce que les tests sur les OGM sont faits par des laboratoires choisis par les firmes semencières pétitionnaires (ici, Monsanto). Et pour des raisons de propriété industrielle, nous, chercheurs, comme tous les citoyens, n’avons pas accès aux données brutes de ces tests. Il n’est donc pas possible d’en vérifier les conclusions et de faire des contre-expertises.

    L’Efsa se base donc sur ces seules études pour donner son avis à la Commission européenne qui transmet ensuite cet avis aux différents Etats membres. Pour que l’OGM soit autorisé, il faut une majorité qualifiée de 66 pourcent de votes pour. Cette majorité qualifiée n’est jamais obtenue.

    C’est alors la Commission européenne qui a le dernier mot et qui tranche en s’appuyant sur l’avis de l’Efsa, laquelle donne systématiquement des avis positifs. Par conséquent, cette agence d’évaluation qui ne devrait être qu’un comité consultatif, fait office de comité décisionnel. La responsabilité de ses membres n’est pas engagée.

    Et ces études sont partielles

    Ces études réalisées par les industriels sont non seulement partiales, mais partielles : Les OGM ne sont pas évalués sur plus de trois mois. Et sur une seule et même espèce, les rats. Ces durées sont beaucoup trop courtes !

    En trois mois, il est impossible d’évaluer les effets chroniques – sur le long terme – de ces substances. Pourquoi ne pas réaliser les tests sur deux ans (durée de vie moyenne d’un rat), comme c’est le cas pour l’évaluation des pesticides, puisque ces OGM sont justement conçus pour accumuler des pesticides (absorber un herbicide sans mourir et/ou produire un insecticide) qui vont donc se retrouver dans la chaîne alimentaire ?

    Attention, je ne suis pas en train de dire pour autant que l’évaluation des pesticides est irréprochable, loin de là ! Seul le principe actif est évalué sur deux ans et non pas les formulations commerciales.


    « Les OGM ne sont pas évalués sur plus de trois mois. Et sur une seule et même espèce, les rats »

    Christian Vélot, Docteur en biologie et généticien

    Par exemple, pour les herbicides Roundup, seul le glyphosate – leur principe actif déclaré – est évalué à deux ans alors que les formulations ne le sont qu’à quelques jours. Or, aucun agriculteur ou jardinier du dimanche ne pulvérise du glyphosate pur dans son champ ou dans son jardin.

    Le Roundup est un mélange de glyphosate et de plusieurs autres molécules considérées comme inertes sur le plan sanitaire. Or beaucoup d’études scientifiques – dont une que j’ai publiée – prouvent que les formulations de Roundup sont 100 à 1 000 fois plus toxiques que le glyphosate seul ! C’est un scandale sanitaire et environnemental !

    Pas de principe de précaution

    En ce qui concerne ce soja OGM, il n’y a même pas eu d’étude à trois mois ; il n’y en a eu aucune ! Pourquoi ?

    Rappelons que toutes les plantes agricoles transgéniques autorisées sont des “plantes-pesticides” : soit elles tolèrent un herbicide, comme le Roundup de Monsanto, qui devrait normalement les faire mourir ; soit la plante produit elle-même un insecticide. Ce sont des OGM dits de 1ère génération.

    Or, ce soja transgénique, de 2ème génération, cumule ces deux propriétés : il tolère un herbicide et produit un insecticide.

    L’Efsa considère qu’il est inutile de réaliser de nouveaux tests toxicologiques sur les OGM de 2ème génération car ils résultent d’un croisement entre deux OGM de 1ère génération qui, eux, ont déjà été évalués à trois mois ! Les éventuels effets cocktails passent donc totalement à la trappe, tant pour les OGM que pour les pesticides eux-mêmes.

    Or, la réglementation européenne sur les OGM ne définit pas de cadre d’évaluation : c’est à l’appréciation des comités d’évaluation (et donc notamment de l’Efsa).

    Cocktail détonnant

    Les éventuels effets cocktails passent donc totalement à la trappe, tant pour les OGM que pour les pesticides eux-mêmes.
    On est dans le déni scientifique tout simplement, car de nombreuses études universitaires indépendantes montrent les effets alarmants des pesticides sur la santé et l’environnement.

    Or l’impact des résidus de pesticides s’accumulant dans la plante, sur la chaîne alimentaire, sur la qualité nutritionnelle et pour la sécurité sanitaire est tout simplement ignoré.

    C’est bien cette carence totale d’évaluation qui a motivé le recours déposé par une organisation internationale et deux organisations allemandes : on ne peut évidemment pas garantir que cet OGM est inoffensif sur le plan sanitaire !

    Pas vu pas pris

    En ce qui concerne les OGM de 1ère génération, les évaluations à trois mois sont faites selon les normes de l’OCDE. Tant que celles-ci n’évolueront pas, l’Efsa et autres agences d’évaluation n’auront aucune raison d’exiger une meilleure évaluation.

    Et si les experts des agences d’évaluation se permettent de prendre le risque d’autoriser de telles plantes à la consommation, c’est que leur responsabilité n’est pas engagée. Or les décideurs pourront toujours se réfugier derrière l’avis des scientifiques qui eux-mêmes se contenteront d’affirmer sans sourciller que « dans l’état des connaissances du moment, ils ne pouvaient pas savoir », même si de nombreuses études universitaires montraient le contraire.

    C’est un angle d’attaque important dans tout ce combat qu’il nous reste à mener : la responsabilité des experts doit être engagée. Les politiques ont parfois eu à répondre des derniers scandales sanitaires, mais jamais les experts auxquels ils ont fait confiance.

    Toute la chaîne d’évaluation incriminée

    Évidemment, on sait aussi – et ceci n’est plus un scoop – que de nombreux membres du panel OGM de l’Efsa sont liés à l’industrie semencière. Aujourd’hui les experts ont l’obligation de déclarer leurs conflits d’intérêt, mais ça ne les empêche pas de continuer à expertiser les produits des firmes avec lesquelles ils ont ou ont eu des liens. C’est “faute avouée, faute entièrement pardonnée” !


    « Ce panel OGM, supposé composé uniquement de scientifiques, est un milieu à pensée unique et consanguin : tout expert sortant suggère le nom de son remplaçant. »

    Christian Vélot, Docteur en biologie et généticien

    L’Efsa a toujours donné un avis favorable à l’unanimité pour toutes les demandes d’autorisation OGM.

    Dans la peau de Monsanto

    Ce panel de l’Efsa ne représente donc pas la diversité de la communauté scientifique au sein de laquelle le sujet de l’évaluation des OGM fait énormément débat ! Ce panel OGM, supposé composé uniquement de scientifiques, est un milieu à pensée unique et consanguin : tout expert sortant suggère le nom de son remplaçant.

    L’autorisation de ce soja OGM de Monsanto s’inscrit dans la continuité de carence et d’opacité d’évaluation qui caractérisent les OGM agricoles et les pesticides depuis plus de 20 ans.

    Au delà du simple aspect scientifique ou technologique, il s’agit d’un sujet éminemment politique qui soulève de nombreuses questions de choix de société, depuis les modes de production agricole jusqu’au processus d’évaluation et d’expertise, en passant par la place de la science dans la société, son financement, la privatisation du vivant, la sécurité sanitaire et environnementale ainsi que le principe de précaution.

    NB : L’EFSA, l’Autorité européenne de sécurité des aliments affirme que « le soja génétiquement modifié est, dans le contexte de ses utilisations envisagées, aussi sûr que le soja conventionnel ».

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