La police russe m’a harcelé parce que je suis trans

26 Avril 2018

par Alexeï, 43 ans, transgenre russe réfugié en France. Le prénom a été modifié à sa demande.

Alexeï a été agressé à Moscou en 2013. Ce Russe a prévenu les autorités. Parce qu’il est transgenre, la police l’a harcelé et menacé. Réfugié en France, il dénonce les méthodes policières utilisées en Russie contre les personnes LGBT.

J’ai eu un conflit avec un homme, qui m’a agressé à Moscou en 2013. Je me suis défendu. J’avais peur qu’il en parle à la police et qu’il mente, alors je les ai appelés en premier. Le policier russe m’a d’abord dit que les faits pouvaient être prouvés, car il y avait des caméras partout. Mais ensuite, il a appelé mon agresseur, qui lui a dit que j’étais trans. Tout de suite, il a changé d’avis.

Il m’a accusé de violences. Il m’a dit qu’aucune des caméras ne fonctionnait. Il m’a aussi demandé si j’avais participé à des rencontres entre trans. J’avais effectivement participé à de telles rencontres, et aidé des amis à faire leur transition. Je ne sais pas comment il savait ça. J’ai été arrêté, je suis resté 25 heures au commissariat, sans manger ni boire. On ne me disait rien, j’avais peur. Finalement, ils m’ont annoncé qu’une plainte était déposée contre moi.

J’ai essayé de trouver un avocat mais c’était très compliqué. Au début, je ne disais pas que j’étais trans, je racontais mon histoire et ils acceptaient de prendre mon affaire. Mais quand je révélais ma transidentité, ils me disaient que me défendre serait mauvais pour leur réputation. J’ai fini par trouver un avocat qui était lui aussi trans. Il a accepté de me défendre.

J’ai essayé de lancer une action, une petite manif, pour faire parler de ma situation et de celle des autres trans dans mon cas. Je pensais qu’en faisant ça, on allait s’intéresser à ce qui se passait dans ce commissariat et prendre mon parti. Ça a été tout le contraire, ma situation s’est aggravée. J’ai de nouveau été arrêté, j’ai dû payer une amende.

Une histoire à dormir debout

Je devais être incarcéré en attendant mon procès. Mais mon avocat m’a expliqué que c’était trop risqué pour une personne comme moi. En prison, il y a énormément de violences contre les trans. Et si on essaie de se défendre, on peut même être tué. Alors mon avocat m’a conseillé de me rendre en Europe pour parler aux médias, expliquer ma situation et avoir plus de chance que justice soit faite.

Je me suis rendu en Ukraine pour quelques jours à l’invitation d’une association LGBT. C’est là-bas que j’ai appris que les policiers avaient inventé une histoire à dormir debout pour mettre en cause mon avocat, parce qu’il défendait un trans. Ils l’ont arrêté, lui et sa secrétaire, en leur montrant un papier prétendument signé par ma mère qui déclarait que la secrétaire m’avait enlevé pour lui réclamer une rançon. Ma mère, qui m’a assuré qu’elle n’avait pas signé ce papier, a aussi été arrêtée. En voyant tout ce qui se passait, j’ai compris que je ne pouvais pas retourner en Russie. J’ai demandé l’asile en France.

Je connais beaucoup d’autres Russes LGBT qui ont, comme moi, demandé l’asile politique en Europe. En Russie, la police crée des fausses affaires pour les mettre en cause, surtout quand ils sont militants. J’ai une amie qu’on a accusée d’avoir agressé un policier pendant une manif, une autre de ne pas avoir payé ses impôts. Leur but étant soit de les mettre en prison, soit de faire pression sur eux pour qu’ils quittent le pays. Ces méthodes policières n’étaient plus utilisées depuis l’Union soviétique. Depuis l’arrivée de Poutine, on encourage les médias à présenter les personnes LGBT comme des pédophiles ou des ennemis de la nation. À l’inverse, ceux qui essaient de défendre les personnes LGBT s’exposent à de graves problèmes.

*Le prénom a été modifié à la demande de la personne

Propos recueillis par Timothée de Rauglaudre