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    11/03/2026

    C’est le numéro deux de la liste aux municipales

    À Saint-Malo, un ancien de l’Action française et cadre de la Coordination rurale comme candidat RN-UDR

    Par Fanny Marlier

    Jérôme Besnard est membre de la coalition entre Lepénistes et Ciottistes à Saint-Malo aux municipales. Mais pour se faire élire, cet ancien membre de l’Action française cherche surtout à cacher son emploi d’attaché presse à la Coordination rurale.

    « Apolitique », la Coordination rurale ? Si le syndicat agricole rechigne à se dire d’extrême droite, certains de ses membres n’hésitent pas, eux, à rejoindre les rangs du Rassemblement national (RN). Dernier exemple de ces accointances : Jérôme Besnard, à la deuxième place de la liste rassemblant le parti lepéniste et ses alliés ciottistes l’UDR (l’Union des droites pour la République) en lice pour les élections municipales à Saint-Malo.

    Or d’après nos informations, cet ancien membre de l’Action française est également chargé des relations presse au sein de la Coordination rurale (CR). De quoi flouter un peu plus la frontière entre le syndicat agricole, le parti lepéniste, et le mouvement royaliste.

    Fondé par la figure de l’extrême droite Charles Maurras, l’Action française est un mouvement royaliste, chrétien et historiquement antisémite dont certains membres ont été mis en cause, voire condamnés, pour des actions violentes, racistes, ou anti-avortement. Jérôme Besnard n’est pas le seul à brouiller les frontières : plusieurs cadres du syndicat sont proches du Rassemblement national, d’autres flirtent avec la fafosphère ou sont des habitués des médias réactionnaires, comme l’ont déjà documenté Reporterre et StreetPress.

    Le patron de la CR pas au courant

    Interrogé sur ce mélange des genres, Jérôme Besnard rétorque : « La Coordination rurale interdit à ses représentants syndicaux de se présenter aux élections municipales sous l’étiquette d’un parti politique, mais en tant que “simple” salarié je n’ai pas à demander une quelconque autorisation. » Et ajoute :

    « Je gère les relations avec la presse, je n’ai jamais assisté à un seul comité directeur ou stratégique, et je n’ai jamais utilisé mon travail pour mener ma campagne politique. »

    « Mise à part ceux qui ont des mandats syndicaux, les salariés ont le droit d’appartenir au parti politique qu’ils veulent, la seule chose qui compte pour moi, c’est leur travail », réagit, au téléphone, le président du syndicat, Bertrand Venteau, qui n’était pas au courant de la campagne politique engagée par son attaché de presse. Selon nos informations, le 10 mars, au lendemain de notre entretien, Jérôme Besnard a tout de même demandé une rupture conventionnelle à son employeur, la Coordination rurale.

    En plus de ce travail de communicant, Jérôme Besnard est actuellement conseiller municipal à Mont-Saint-Aignan, à côté de Rouen, au sein de la majorité Les Républicains. En entrant en campagne à Saint-Malo, il dit avoir voulu revenir dans la commune dont il est « originaire », et dans laquelle il vit « depuis 2017 ».

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    L’entrisme de l’Action française

    L’attrait pour la politique de cet homme aux lunettes sombres remonte à ses années étudiantes. Jérôme Besnard, 46 ans, navigue dans le milieu royaliste d’extrême droite depuis longtemps. Son nom apparaît au début des années 2000 dans une revue d’extrême droite, Immédiatement, fondée en 1996 et portée par des intellectuels formés à l’Action française et s’inspirant de l’écrivain royaliste Dominique de Roux. On y retrouve les contributions de la chroniqueuse de CNews Elisabeth Lévy, du politologue Pierre-André Taguieff, ou encore de l’historien Max Gallo.

    « Jérôme Besnard est avant tout souverainiste. Durant la seconde moitié des années 1990, il est étudiant et rompt avec le chiraquisme avant de trouver dans l’Action française un espace de contestation des projets européens », résume à Reporterre et StreetPress le chercheur invité de l’Université de Montpellier Humberto Horacio Cucchetti, spécialiste du militantisme, des nationalismes et des trajectoires politico-étatiques.

    Avant de rejoindre la Coordination rurale, Jérôme Besnard a étudié le droit à l’Université d’Assas, à Paris. Il y a co-présidé le comité de soutien de Jean-Pierre Chevènement en vue de sa candidature à l’élection présidentielle de 2002, retrace Humberto Horacio Cucchetti.

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    Interrogé en 2011 par le chercheur dans le cadre d’un article publié dans la revue académique Politique européenne, Jérôme Besnard indiquait avoir quitté l’Action française en 2006 pour rejoindre l’UMP (ex-Les Républicains), puis le bureau politique du Centre national des indépendants et paysans (Cnip) — un petit parti de droite conservatrice.

    « À cette époque-là, Jérôme Besnard fait partie d’un petit groupe d’étudiants militants écarté de l’Action française sur fond de dissension idéologique avec l’ancienne génération », détaille Humberto Horacio Cucchetti. Il complète :

    « Sa trajectoire montre en tout cas comment une organisation non électorale peut constituer pour de jeunes militants un point de passage vers la politique partisane. C’est une façon assumée, pour ceux qui se retrouvent dans l’idéologie royaliste, de faire de l’entrisme. »

    De 2009 à 2014, Jérôme Besnard a été secrétaire général des élus centristes à la mairie de Paris. Il a par ailleurs été membre du Comité de rédaction de l’Institut Jean Lecanuet, un groupe de réflexion pro-russe fondé par Yves Pozzo di Borgo qui a officiellement fermé en 2021. L’ancien sénateur, épinglé pour avoir partagé des fake news sur la pandémie de Covid-19, est également, d’après Libération, l’un des relais de la propagande prorusse en France.

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    Toujours est-il qu’encore aujourd’hui, Jérôme Besnard signe régulièrement des textes sur les questions agricoles ou des recensions de livres dans les colonnes de La Nation française, la revue de la Nouvelle Action royaliste, fondée en 1971 et née d’une scission de l’Action française. « J’écris environ quatre articles par an, à titre purement bénévole », précise-t-il à Reporterre et StreetPress.

    Du côté de l’Action française, on assume ces liens entre la Coordination rurale et le groupe royaliste, comme nous l’affirmait son porte-parole, Antoine Grosjean. Plusieurs de leurs membres paysans participeraient d’ailleurs régulièrement aux mobilisations. Toute la mouvance de cette extrême droite groupusculaire fait des paysans les représentants du « pays réel » contre un « pays légal » (les élites politiques) qui trahirait la France.

    En août 2024, la vice-présidente de la Coordination rurale de l’époque, Sophie Lenaerts, participait ainsi à l’université d’été du groupuscule royaliste. Le 8 janvier dernier, la banderole déployée par le syndicat agricole de la Drôme sur la tour Eiffel avec pour message « pas de pays sans paysans » aurait été le fruit d’une « collaboration entre les agriculteurs et l’Action française ».

    Un directeur de campagne ancien d’un parti néofasciste

    Le CV de Jérôme Besnard a également attiré l’attention de plusieurs médias réactionnaires, tels que L’Incorrect, Valeurs actuelles et Radio Courtoisie, avec lesquels il a collaboré.

    Avant de devenir communiquant de la Coordination rurale, il a travaillé pour Omerta, un média qui couvre régulièrement la guerre en Ukraine du point de vue de la Russie. Il publie également des sujets en lien avec les paniques morales chères à la droite conservatrice et à l’extrême droite, notamment contre la transidentité, comme l’a documenté Mediapart. En janvier 2024, présenté comme « reporter », il couvrait, par exemple, les mobilisations des agriculteurs pour ce média fondé par un ancien journaliste de Russia Today France.

    Sur X, à longueur de posts, Jérôme Besnard laisse parler sa détestation de Greta Thunberg, mais aussi des personnes LGBTQI+. Comme ce 23 juillet 2024, lorsqu’il repartage un article du Journal du dimanche bolloréen titré « JO de Paris 2024 : un athlète français demande à défiler en jupe lors de la cérémonie d’ouverture » en y ajoutant le mot-clef #psychiatrie. Il assume auprès de Reporterre et StreetPress :

    « Les questions éthiques ne sont pas au cœur de mes revendications politiques, mais à l’époque, j’avais une sympathie pour le mouvement de la Manif pour tous [opposé au mariage pour tous]. »

    À Saint-Malo, ville de 47.000 habitants, la campagne de l’extrême droite pour les municipales a été entachée par d’autres révélations : fin décembre, Mediapart écrivait que la tête de liste, Romain Le Goaster, était un admirateur de Dieudonné et avait comme partenaire d’affaires le grand financeur des identitaires, Jean-François Michaud — une ancienne figure désormais décédée du Groupe union défense (GUD).

    Celui-ci a depuis été écarté de la liste, mais le directeur de campagne de la liste RN-UDR, « Malouin je suis », est toujours le même : Olivier Cazal, ancien membre de l’état-major du Parti des forces nouvelles (PFN), fondé en 1974 par d’anciens cadres du groupuscule néofasciste Ordre nouveau.

    Illustration de Une par Mélissa Germany, de Reporterre.

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