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    18/02/2010

    Un tour du monde ou une année à la fac valent mieux qu’une 1e année en école privée

    Le gâchis de la première année en école post-bac

    Par Marie Molinario

    C'est la saison des salons de l'étudiant. Les écoles post-bac y recrutent pour 3 à 5 années les futurs bacheliers. Mais entre cours de langues et soirées BDE, la 1e année dans ces structures est généraliste et pas franchement indispensable.

    18 ans, le bac, pas forcément la mention. Que vas-tu faire de ta vie ? Tu veux être journaliste comme PPDA ? Ou responsable marketing comme tante Gertrude ? Dans les « salons de l’étudiant-qui-ne-sait-pas-encore-ce-qu’il-veut-faire-de-sa-vie », écoles de commerce, de com’ ou de journalisme post-bac te tendent la main. Des écoles qui te prendront en charge à tes 18 ans, et te cocooneront pendant 3 à 5 ans avant de te relâcher, fin prêt, sur le marché du travail vers 22-23 ans.

    Sur le salon, tu flashes sur le beau brun ténébreux au stand E69 qui t’assure que son école te « garantit une embauche dans les 2 mois après l’obtention de ton diplôme ». C’est beau. Tes parents chéris viennent visiter les locaux la semaine suivante. Et accessoirement signer un chèque de 7.200€.



    Des écoles qui te prendront en charge à tes 18 ans, et te cocooneront pendant 3 à 5 ans avant de te relâcher, fin prêt, sur le marché du travail vers 22-23 ans

    Une première année très généraliste…

    La première année se déroule magnifiquement bien. Tu as galoché le beau brun ténébreux lors de la 17e soirée BDE de septembre. Les cours de culture générale se soldent par des QCM qui sont les mêmes chaque année (le BDE te délivre d’ailleurs les réponses : 1c, 2a, 3c, etc.) et les cours de LV1, LV2 et LV3 optionnels se font, comme annoncés sur la plaquette, avec Miss AppleTree, un service de cours interactifs sur Internet.

    Avant la 2e année, un étudiant en journalisme n’aura pas touché une caméra. Et cet étudiant en communication aura simplement suivi un « cours d’histoire de la communication » et les « modules » module de droit et de « développement personnel ».

    Dans toutes les écoles post-bac, la vraie partie ne commence en fait qu’en 2e ou 3e année. À l’Ipag, école de commerce, « on n’enferme pas les étudiants dans une formation dès la première année. On respecte leur choix. Les 3 premières années sont généralistes  », nous explique Marion Letendart, 18 ans, élève de 1e année. « La 1e année est générale car quelqu’un qui est à bac+1 n’est pas susceptible de savoir exactement ce qu’il veut faire », se justifie Dorothée Leclerc, responsable du recrutement à l’IICP (Institut international de communication de Paris). Dans cette école, la première s’appelle d’ailleurs OR1 , pour orientation 1e année. « On propose un tronc commun qui permet de toucher à plusieurs matières. Ça leur permet de renforcer leur choix et de le faire en connaissance de cause, de façon plus sereine », ajoute Bruno Bizeul, directeur des études à l’IICP. « Ces écoles sont libres du choix de leur formation, précise Danielle Pourtier, conseillère d’orientation psychologue au CIDJ. Ça leur permet de proposer aux élèves des choses un peu plus rock’n‘roll, qui peuvent leur plaire. De plus, ces écoles ont souvent des noms plus prestigieux (management, business, etc.), des noms un petit peu “chicos”. Pour l’élève ça sera forcément mieux.»

    … Et pas du tout indispensable

    La première année n’est tellement pas indispensable que toutes ces écoles proposent des entrées directes en 2e ou même en 3e année : à l’IICP, les étudiants rentrant directement en 2e ou 3e année n’ont pas de difficultés: « S’ils ont les bases, ils s’en sortent bien. On a même des étudiants qui viennent du paramédical, de STG ou de Droit. Il leur faut 4-5 semaines pour reprendre les fondamentaux », précise Bruno Bizeul. À ces élèves qui arrivent en cours de route, l’ECE, école d’ingénieurs, propose en 2e année une remise à niveau en informatique et électronique. Et en 3e année, ils ont des cours intensifs pour rattraper leur retard. À l’ESCE, André Olivier, en 3e année, nous conseille même pendant le salon Admission Postbac de « rentrer directement en 3e année, si on a vraiment des soucis d’argent ». À l’IICP, ces admissions parallèles représentent à peu près 1/3 des élèves à la sortie. Mais le directeur des études refuse de généraliser : « Ça veut donc dire que votre mot d’ordre est seulement vrai pour un tiers », finit par reconnaître Bruno Bizeul.



    « On n’enferme pas les étudiants dans une formation dès la première année. On respecte leur choix. Les 3 premières années sont généralistes »



    La première année n’est tellement pas indispensable que toutes ces écoles proposent des entrées directes 2e ou même en 3e année

    « Les parents ont une trouille terrible de la Fac »

    Aurore, ancienne élève de l’Iscom, a été déçue par le niveau : « pour tourner, les écoles privées prennent des gens qui sont pas forcément les meilleurs pour remplir leur quota. Pour dire, une fois, en cours, un gars a demandé ce que ça voulait dire le lectorat… ». À l’Ipag, le taux d’échec en 1e année est de 10%. « Ces écoles sont prêtes à prendre n’importe qui. Le niveau d’exigence est différent suivant la réputation des écoles et la difficulté qu’elles ont à se remplir », souligne Danielle Pourtier. Mais François Simon, papa de Quentin en terminale S, est rassuré de savoir son fils sur la voie du diplôme : « C’est un investissement, s’il y a quelque chose à la clé. Je me méfie un peu, mais il a besoin d’être encadré ». « Ça donne une chance à ceux moins doués, nous confie Marie Grosse, 52 ans, maman d’Amélie, 18 ans. Je veux qu’elle rentre dans une école qui lui mette le pied à l’étrier, qui la pousse au derrière. » « Cela permet à des parents de se libérer de leur inquiétude en pensant qu’ils mettent leurs enfants dans un lieu plus protégé, mieux encadré. Ils ont une trouille terrible de la fac », explique Danielle Pourtier.

    Le mauvais rapport qualité / prix de la première année

    Et les parents sont prêts à mettre le prix : entre 5.500 et 8.000 €. Pendant 5 ans. Soit entre 27.500 et 40.000 €, plus 5 ans de studio et d’entretien de leur fiston (les stages – garantis par l’école – sont rarement rémunérés). « C’est encadré, c’est bien, tellement que ça ne t’aide pas à mûrir, regrette Aurore, ancienne élève de l’Iscom. À partir du moment où tu signes ton chèque, tu es à peu près assuré d’avoir ton diplôme. » Mais attention, mieux vaut être sûr de son choix, comme nous l’explique Danielle Pourtier : « Il faut savoir aussi que beaucoup d’étudiants de première année de ces écoles n’ont pas d’équivalence à l’université ou autre. J’ai travaillé longtemps à Paris 1 et il y en avait beaucoup qui voulaient venir à l’université pensant qu’ils auraient l’équivalent de la première année, mais ils devaient repartir comme si ils sortaient du bac. » Et avec 5.000 € ou 8.000 € en moins.

    Une année à la fac ou pourquoi pas un tour du monde ?

    Puisque l’objectif promis par toutes les écoles post-bac est que la première année du cursus est là pour aider l’étudiant à mûrir, se cultiver et s’ouvrir l’esprit, il serait stupide d’ignorer l’option première année dans le public : En BTS ou à la fac, creuser l’économie politique, la géographie ou le marketing pourrait être bien plus utile qu’un vernis de culture générale pour la suite de sa carrière.

    Coût : quelques centaines d’euros, soit le prix des frais d’inscription

    Autre option : Prendre son sac à dos, se créer un blog et embrayer sur un tour du monde. « Ce n’est pas quelque chose qui est rentré dans les mœurs, en France, contrairement aux pays anglo-saxons, ou en Europe du Nord », remarque Assia Rabinowitz (voir encadré). Du coup, pour que papa et maman soient rassurés, une petite inscription au Cned, pour valider une première année à distance. L’inscription ne dépasse pas les 500 €.

    Coût global: pas plus cher qu’une première année d’école (voir encadré)

    « Au recrutement, la personnalité globale du candidat est plus intéressante que le nom de son école et de savoir s’il a fait 4 ans ou bien 5 ans dans la structure », juge Danielle Pourtier. « Le risque, c’est de ne pas réussir à revenir dans le système », reprend Florence Villedey, directrice pédagogique de l’Ipag. Mais rassure-toi, l’école te laissera bien le temps de te remettre dans le bain…



    « Un an à l’étranger c’est dix fois plus bénéfique. Il ne faut jamais penser quand on a 20 ans qu’on va perdre une année »




    C’est décidé, je pars ! Guide de premier secours pour une expérience à l’étranger

    Assia Rabinowitz, journaliste et auteure de “C’est décidé, je pars”:

    « Pour un tour du monde, il faut s’y prendre au moins 6 mois à l’avance. C’est le minimum. Bien préparer son budget, selon la destination. Avec 3.000 euros de billets et un niveau de vie sur place très bas, ce n’est pas très cher. J’ai interviewé une fille qui a dépensé moins de 1.000 euros en Amérique Latine.

    Il y a énormément de choses qu’on peut faire : le bénévolat, partir au pair, étudier sur place, travailler notamment avec le système des working holiday visas. Ou encore avoir projet d’aventure ou d’aide humanitaire. Pour quelqu’un qui a un projet un peu construit et qui veut partir un an après le bac, des bourses existent et parfois les montants sont intéressants (Envie d’agir, bourse de l’aventure , déclic jeune, expé…).

    Voyager, ça ouvre l’esprit, on se confronte à d’autres cultures, on apprend d’autres langues. On voit mieux les qualités et les défauts du pays d’où on vient. On rencontre plein de gens de partout, ce qui est très enrichissant personnellement et professionnellement. Quelqu’un qui est parti juste après le bac c’est quand même une preuve de courage, d’ouverture, d’adaptabilité… ce qui est toujours bien quand on rentre dans une société.

    Et c’est évidemment mieux qu’une année pour rien. Si on n’est pas sûr de l’école qu’on a envie de faire, qu’on s’inscrit dans une école chère mais pas forcément de très bonne qualité, un an à l’étranger c’est dix fois plus bénéfique. Il ne faut jamais penser quand on a 20 ans qu’on va perdre une année. »

    En librairie depuis le 28 janvier, aux éditions Les Carnets de l’Info, 14€

    Source : Marie Molinario | StreetPress
    Photo : drip&ju Creative Commons / Flickr

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