Sylvain Garel, sur les salles de shoot : « La société a changé, l'idéologie anti-drogue vieille de 40 ans n'est plus d'actualité »

Sylvain Garel, sur les salles de shoot : « La société a changé, l'idéologie anti-drogue vieille de 40 ans n'est plus d'actualité »

A Gare de l’Est ou Gare du Nord, peut-être dès 2011

drogue | Interviews | par | 1 Octobre 2010

Sylvain Garel, sur les salles de shoot : « La société a changé, l'idéologie anti-drogue vieille de 40 ans n'est plus d'actualité »

Sur StreetPress, Sylvain Garel, co-président des Verts au Conseil de Paris explique pourquoi il veut créer des salles de shoot dans la capitale, notamment « pour que les enfant ne risquent pas de jouer avec des seringues usagées ».

Bonjour Sylvain, pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous souhaitez la création de salles de shoot à Paris ?

Pour aider et encadrer une population qui a besoin d’une grande aide ! Nous nous inspirons d’initiatives similaires réalisées à Bilbao et à Genève. Avec le groupe des Verts de Paris et les associations comme Elus, Santé Publique et Territoires, nous venons de rendre un rapport favorable à la création expérimentale de ces salles. Bertrand Delanoë, jusqu’ici plutôt réticent, s’est même dit prêt à en accueillir une à titre “expérimental”…

…Au sein même de Paris?

Oui. Elles seraient situées là où les toxicomanes sont les plus présents. Entre Gare du Nord et Gare de L’Est, à la jonction du 18e et 19e arrondissement, mais également à Saint Denis, où sévit un large réseau de consommation de crack notamment. Une « salle de shoot » pourrait permettre d’accueillir des toxicomanes dans un lieu sain et médicalisé, au lieu de les voir se droguer dans la rue. Beaucoup de gens aimeraient voir les rues où leurs enfants ne risquent pas de jouer avec des seringues usagées.

Sylvain Garel est élu du 18e arrondissement, Co-Président du Groupe des éluEs Verts au Conseil de Paris et Président du Conseil de quartier Montmartre.

« Les salles seraient situées entre Gare du Nord et Gare de L’Est, à la jonction du 18e et 19e arrondissement, mais également à Saint Denis »

Et dedans, que pourront-ils trouver ?

Surtout pas de ventes libres de drogues, comme certains le pensent. Les consommateurs viendront avec leurs propres doses. Par contre, comme c’est déjà le cas pour lutter contre le SIDA par exemple, il y aura des seringues stériles, des médicaments et des produits d’hygiène. Mais on voudrait également tester certains produits avant consommation, pour éviter les overdoses, car beaucoup sont coupés avec des saloperies. L’objectif est également de faire de la prévention. Les toxicomanes seront entourés par du personnel médical et social pour les aider.

Combien cela coûtera-t-il ?

Si on prend l’exemple de Bilbao et de Genève, le coût d’une salle varie aux alentours de 500 000 à 1 million d’euros. Cela reste suffisamment abordable pour une telle mission d’intérêt général. Et même si cela coûtait plus cher, cela ne changerait rien sur l’obligation de faire bouger les choses. Mais toute l’aide sera la bienvenue. Que se soit du ministère de la santé, ou de la municipalité, voire les deux. Si tout le monde y met du sien, alors oui, notre combat aura du sens.

Et ça serait pour quand ?

Pas avant 2011, voire en 2012. La société a changé et nous voulons montrer que l’idéologie anti-drogue vieille de 40 ans n’est plus d’actualité. On espère tous que d’autres villes emboîteront le pas. Le sénateur maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin, y semblait par exemple plutôt favorable. J’ai hélas de gros doutes sur la capacité de notre gouvernement, qui vire au tout sécuritaire, à accepter de prendre à bras le corps ce problème sans faire de la répression.

Les salles de shoot à l’étranger :

Plus de 45 villes de 8 pays, essentiellement européens (Allemagne, Pays-Bas, Luxembourg, Espagne, Norvège, Suisse, Canada et Australie) ont déjà légalisé les salles de shoot. Deux exemples de réussite.

A Bilbao (Pays basque espagnol), une salle de drogue a été crée en 2003. Elle se situe en plein centre-ville, et porte l’enseigne de Médecins du monde qui gère l’endroit. Ni file d’attente, ni toxicomane devant la porte, la discrétion est assurée. Dans les années 80, c’est justement en dessous de ce local, dans les escaliers qui longent la rue, que venaient se piquer les toxicomanes avec la drogue vendue 500 mètres plus loin, rue San Francisco.

Le Quai 9 à Genève est le nom de la salle que fréquentent tous les toxicomanes de la ville. Tout près de la gare, c’est un grand bâtiment tout vert, qui ressemble à un préfabriqué érigé sur un chantier. Située dans l’un des quartiers les plus touchés par la toxicomanie, la salle est financée par le canton de Genève et propose un accompagnement social.

Source: Léo Philippe | StreetPress

Photo: another needle, but in all fairness, this could be for black market collagen injections | permanently scatterbrained’s Flickr (Creative Commons)


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