En ce moment

    27 / 02 / 2015

    « Ils entraient dans les enclos et faisaient des selfies avec les vaches ! »

    Le Salon de l’agriculture n’aime plus les fêtards

    Par Raphaël Couderc

    Ca devait être la soirée la plus hype du week-end. Mais patatras, cette année les organisateurs ont décidé de supprimer la (beuverie) nocturne du Salon de l'agriculture. Finies les cuites pour les fans de vins de pays, et ça en fait rager plus d'un !

    «On passait dans tous les stands d’outre-mer, là où il y a le rhum, et on goûtait un peu à tout.» Un verre de ti-punch à la main, Pierre-Baptiste se rappelle avec émotion de sa dernière cuite à la nocturne du Salon de l’agriculture, il y a 4 ans. Cet éleveur basque avait l’habitude de profiter de l’esprit festif de la nocturne avec ses amis :

    «C’est notre culture, on est des gens d’ambiance nous les bandas basques, c’est notre truc.»

    Mais cette année, il devra écourter sa soirée : l’organisation a décidé de supprimer la nocturne du vendredi. Officiellement pour « correspondre au souhait des familles de profiter pleinement et sereinement de leur visite », ce sont surtout les nombreux débordements, occasionnés par l’alcool et la foule, qui auraient poussé les organisateurs à mettre fin à cette tradition.

    Chants basques et selfies avec des vaches

    Une décision qui ne fait pas que des heureux. Pour Yohan, étudiant en charcuterie, c’est une tradition qui disparaît. Il garde un bon souvenir de sa venue l’année dernière :

    « J’ai passé toute la soirée à chanter au stand des basques, très bonne ambiance, c’était bon enfant. »

    Selon lui les débordements étaient très rares :

    « C’est une minorité qui empêche une majorité de s’amuser. »

    Allan, gérant d’un restaurant sur le salon depuis plusieurs années, se grille une clope avant de retourner au charbon. Lui se souvient bien de quelques excès, mais rien qui ne justifie l’arrêt de la nocturne :

    « A part deux-trois personnes qui gerbaient dehors, il ne se passait rien d’extraordinaire. »

    A l’entrée du pavillon « outre-mer », Mehdi, agent de sécurité au salon depuis 6 ans, se rappelle des excès de quelques jeunes, pas toujours simples à encadrer :

    « Ils dérangeaient les animaux, ils entraient dans les enclos et faisaient des selfies avec les vaches ! »

    L’agent confie que même si « c’était la fête et ce n’était pas méchant, c’était très difficile à gérer pour nous. »


    Du calme ou du cash

    Du côté des exposants, le sentiment est partagé. Certains, comme les gérants d’un stand de dégustation de vin gastronomique avec qui on a tapé un brin de causette, sont contents. « L’esprit de beuverie générale » les empêchait de travailler. Pour d’autres, comme au spot Ti-Kréol de Fred, on pointe le manque à gagner « énorme ». Ces petits stands font la plupart de leur bénéfice en soirée. Fred explique :

    «Sans la nocturne, c’est comme si on perdait deux jours de salon à la fin des comptes. J’ai plein d’amis qui n’ont pas pris de stand pour ça. »

    Florent Dornier, secrétaire général du syndicat des Jeunes Agriculteurs, n’est pas content de voir disparaître cette institution :

    « J’entends les excès. Mais c’est une grande fête, et des débordements il y en a partout. Ceux qui veulent gâcher la fête, ils le feront, que ce soit la journée ou le soir. La convivialité fait partie de notre métier, il faut conserver l’esprit festif. »

    Le syndicaliste rappelle également que la nocturne permettait aux parisiens de visiter le salon en soirée après leur travail. Au stand basque, Pierre-Baptiste et ses amis semblent avoir trouvé la solution :

    «De toute façon ce soir on va au resto et on chante, c’est sûr !».

    StreetPress existe depuis déjà 10 ans. Aujourd’hui, il nous manque 40.000 euros pour boucler l’année et pouvoir frapper encore plus fort l’an prochain. Parce qu’aucun milliardaire n'est au capital, si nous ne les réunissons pas StreetPress s’arrêtera. Sauvez StreetPress en faisant un don, maintenant.

    Je donne pour sauver StreetPress