Google et Facebook doivent rémunérer leurs utilisateurs

31 Mai 2017

par Manuel Beltran, engagé dans le mouvement des Indignés en Espagne ou au sein du mouvement protestataire de 2013 en Turquie au parc Gezi.

Google, Amazone, Facebook et Apple tirent des bénéfices des données collectées. Pour Manuel Beltran, elles devraient en reverser une partie aux utilisateurs. Un revenu qui pourrait changer notre rapport au travail.

Nos données sont le nouvel or noir. Que ce soit par des cliques, nos posts, nos messages ou par le déplacement de nos souris sur les écrans, nos actions en ligne génèrent de la valeur. Les GAFAs (google, amazone, facebook, apple) ont le monopole dans la collecte et la redistribution de ces données. Nous avons l’impression que ces plateformes nous offrent un service gratuit alors que nos informations sont exploitées, sans notre consentement, à des fins financières.

Par exemple, en attendant votre bus, vous avez l’impression de vous divertir ou de passer le temps en consultant les réseaux sociaux. Pourtant vous générez des informations qui sont par la suite monétisées et revendues à des multinationales. Nous sommes les travailleurs de ces plateformes. Et tout travail mérite salaire.

L’Institut de l’obsolescence humaine réfléchit à un moyen de redistribuer l’argent aux travailleurs. Nous avons développé le concept de Data Basic Income. Il s’agit d’un revenu de base, une rémunération donc, qui serait versée par les GAFAs aux utilisateurs de ces plateformes.

Un système loin d’être parfait

Nous explorons cette hypothèse en sachant qu’elle présente pour le moment certaines limites. En signant un contrat avec ces compagnies nous deviendrons producteurs et donc propriétaires de nos données. Mais le problème est que les plus riches auraient la possibilité de sauvegarder leurs données alors que les plus précaires auront tendance à faire le contraire. Cela peut reproduire les inégalités existantes dans le marché du travail. Cependant la situation actuelle est plus grave. Des personnes au chômage pensent utiliser gratuitement ces plateformes tout en ignorant qu’elles produisent du capital sans en bénéficier.

La vente des données, nouvelle forme de travail

Cette nouvelle rémunération, pourrait offrir de nouvelles perspectives. Elle répondrait à la raréfaction du travail tel que nous le concevons aujourd’hui. A terme, les machines et les algorithmes remplaceront la main-d’œuvre nécessaire au fonctionnement d’une société. Mais l’obsolescence du marché du travail peut être une aubaine et nous affranchir d’une vision aliénante du travail.

Pour ce faire, nous devons mettre en place un nouveau système de régulation et de rémunération de nos données. A terme, notre fonction sera d’utiliser ce revenu de base pour consommer ce que nous dirons aux compagnies de produire pour nos usages. Ce n’est pas un rêve mais une alternative possible, que nous continuons d’explorer…

Propos recueillis par Asma Benazouz