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    25 / 03 / 2019

    « C’est de la grossophobie »

    Instagram censure le hashtag « #grosse »

    Par Inès Belgacem

    « Grosse » fait partie des termes qui « encouragent souvent un comportement pouvant nuire ou conduire au décès » selon Instagram. Les militantes féministes crient à la grossophobie.

    « Je voulais trouver un réseau de militantes body positiv que je pourrais suivre. Je pensais trouver des profils inspirants. » Anne-Laure, 30 ans, sensible aux discriminations faites aux gros, a tapé « #grosse » dans le moteur de recherche d’Instagram. Un message bien surprenant du réseau social poppe sur son écran :

    « Besoin d’aide ? Les publications contenant les mots ou les tags que vous recherchez encouragent souvent un comportement pouvant nuire ou conduire au décès. Si vous traversez des moments difficiles, nous sommes là pour vous aider. »

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    Trois choix sont alors proposés à Anne-Laure. Elle peut annuler sa recherche, la poursuivre et accéder aux publications affiliées à ce hashtag, ou « Obtenir de l’aide ». Cette dernière option explique :

    « Si vous traversez des moments difficiles et que vous avez besoin d’aide, nous sommes là. »

    Instagram propose ensuite de :

    « – Parler à un(e) ami(e). Appelez une personne de confiance ou envoyez-lui un message.
    – Contactez une ligne d’assistance. Ils peuvent vous écouter et vous aider à sortir de cette situation.
    – Conseils et assistance. Voici quelques suggestions pour vous remonter le moral. »

    « Donc, en 2019, quand tu tapes “grosse” sur Insta, on te propose SOS Amitié… », résume outrée Gabrielle Deydier, autrice de On ne naît pas grosse et militante anti-grossophobie.

    Des comportements à risque, vraiment ?

    Anne-Laure en parle autour d’elle et, de fil en aiguille, son observation se retrouve sur les réseaux sociaux. Tollé. Instagram considérerait que le terme « grosse » pourrait conduire à des comportements à risques. Certains internautes ont fait le test : la même politique est appliquée aux mots « anorexie », « dépression » et « suicide ». Mais pas à « maigre », « drogue » ou « harcèlement », par exemple. « Le masculin, “gros”, n’est lui pas censuré », note Gabrielle Deydier.

    Les féministes et militantes contre la grossophobie sont régulièrement censurées sur des clichés de corps de femmes, car jugés de nature pornographique par le réseau social. Mais c’est la première fois qu’un terme, « grosse », est considéré comme à risque. « Et quand tu cliques pour voir les publications, on trouve des photos de femmes grosses tout à fait normales. Ni corps dénudé ni rien du tout », ajoute Anne-Laure, qui juge « choquante » cette situation. Gabrielle Deydier renchérit :

    « Tu ne tombes clairement pas sur un manuel de scarification avec ce hashtag… »

    Difficile de comprendre pourquoi Instagram a placé le terme « grosse » dans la liste des mots à risque. « C’est comme si taper le mot “gros” était déviant », explique Gabrielle Deydier. Cette recherche renvoie pourtant vers des comptes de militantes contre les discriminations faites aux gros, qui encouragent les femmes à s’accepter et s’aimer telles qu’elles sont. Gabrielle poursuit :

    « C’est comme si on nous reprochait de faire l’apologie de l’obésité. Le fait d’être grosse et visible serait une incitation à devenir grosse. Ce que je retiens, c’est que plus on essaie d’obtenir de la visibilité, plus on est invisibilisées. »

    Instagram n’a, pour le moment, pas donné suite à notre demande d’interview.

    Pour aller plus loin : lorsqu’on clique sur l’option « Conseils et assistance. Voici quelques suggestion pour vous remonter le moral », Instagram conseille, entre autre, de « regarder des arbres bouger avec le vent », de « regarder une vidéo d’animaux » ou encore de « porter des chaussettes de couleurs différentes pendant une journée ».

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