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    24/11/2020

    Est-ce un « outrage sur personne dépositaire de l’autorité publique » ?

    Jugé pour avoir traité de violeur le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin

    Par Mathieu Molard

    Peut-on qualifier Gérald Darmanin de « violeur » ? Ce lundi 23 novembre, Valentin était jugé pour avoir crié « sale violeur, Darmanin violeur » au ministre de l'Intérieur, alors sous le coup d’une enquête pour viol.

    Peut-on traiter Gérald Darmanin de « sale violeur » ? Valentin, 25 ans, a tenté le coup. Le 26 juillet dernier, le ministre de l’Intérieur est de passage en Normandie. Il participe à la cérémonie d’hommage à Jacques Hamel, prêtre catholique assassiné par deux terroristes. Quand le ministre prend la parole sur le parvis de l’église, un petit groupe de militants mêlé au public se lève pour crier sa colère. Les slogans fusent. Bernard, président de la section locale du Droit au logement (DAL) brandit une pancarte « shame ». Une autre crie « Darmanin démission ». Valentin, militant CGT, hurle :

    « Sale violeur, Darmanin violeur, sale violeur. »

    Rien de très inhabituel, même si le contexte peut heurter. Tout au long de l’été, à chaque déplacement ou presque, un comité accueille le ministre de l’Intérieur fraîchement nommé. Gérald Darmanin est sous le coup d’une enquête pour viol. Son entrée au gouvernement heurte. Mais le parquet ne laissera pas dire.

    Sexisme en GAV

    Ce jour-là, c’est la première sortie hors d’Île-de-France du nouveau ministre. Rien ne doit dépasser. La préfecture a pris un arrêté d’interdiction de manifester. Et selon Chloé Chalot, avocate de Valentin, les policiers filtraient les entrées au rassemblement :

    « Il y avait un fichier listant les gens qui n’étaient pas les bienvenus. Et je ne pense pas qu’il correspondait aux critères de la CNIL [Commission nationale de l’informatique et des libertés]. »

    Après l’action, 11 personnes sont interpellées. Marine, la copine de Valentin, est dans le lot, bien qu’elle n’ait pas moufté. La jeune femme raconte le sexisme de certains des fonctionnaires de police :

    « À une fille qui était en jupe, ils ont demandé si elle avait une culotte. »

    Bernard, du DAL, complète le récit : « Au commissariat, il y en a un qui a dit [à propos de Marine] : “Elle est craquante celle-là. Tu ne pourrais pas lui faire une fouille au corps ?” ». Après trois bonnes heures, sept des interpellés sont entendus comme simples témoins. Ils porteront plainte plus tard pour « atteinte à la liberté individuelle ». Les quatre autres sont placés en garde à vue. Et, au final, seul Valentin finira sur le banc d’un tribunal.

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    Valentin et son avocate, Chloé Chalot. / Crédits : Mathieu Molard

    Outrage !

    Dans l’enceinte du palais de justice, ce lundi 23 novembre, le jeune homme emmitouflé dans sa doudoune se tient droit. Il comparaît pour « outrage sur personne dépositaire de l’autorité publique ». Le ministre Darmanin en personne s’est même constitué partie civile. Son avocate conteste la qualification et soulève une nullité. La gueulante a été poussée en public, dans le cadre d’une cérémonie. Valentin devrait, dit-elle, être jugé pour diffamation dans le cadre de la loi de 1881, qui régit la liberté d’expression. Elle est plus protectrice des libertés. Si la juge se range à son avis, l’affaire est terminée.

    Après cette discussion d’ordre juridique, la présidente du tribunal se lance dans un résumé détaillé des faits. Elle conclut par une question au jeune homme. En guise de réponse, Maître Chalot indique que son client ne souhaite pas répondre – il en a le droit – mais qu’il a préparé une déclaration. D’une voix claire, Valentin assure que son acte n’était pas prémédité. Il était venu pour l’hommage. D’ailleurs, il était aussi là il y a trois ans. La procureure dira plus tard qu’elle n’y croit pas. Il raconte aussi l’énervement qui monte ce jour-là, quand l’évêque profite de la tribune pour exprimer son opposition à la PMA. Il revient sur son intérêt pour la chose politique et son engagement à la CGT. Sur sa colère, aussi, contre Darmanin. « Quand j’ai vu les autres se lever, c’est venu tout seul. » Il reconnaît que les mots n’étaient peut-être pas exactement les bons, mais il ne les regrette pas vraiment. Ils décrivent le fond de sa pensée.

    Place aux réquisitions et aux plaidoiries. Le parquet demande une peine de 140 heures de travail d’intérêt général. Maître Chalot plaide la relaxe. Le verdict sera rendu le 14 décembre. Il est 21h passé. Malgré les longues heures d’attente devant le tribunal, les soutiens de Valentin donnent toujours de la voix. Ils chantent : « Même si Darmanin ne veut pas, nous on est là. »

    Photo d’illustration prise le 29 avril 2019 de Jacques Paquier sur Flickr. Certains droits réservés

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