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    03/05/2013

    Pour 50% des français, quelqu'un tirerait les ficelles derrière notre gouvernement

    Qui sont les conspirationnistes français ?

    Par Mathieu Molard

    Sur StreetPress, Joël Gombin, auteur de «la première» enquête sociologique pour comprendre qui adhère aux théories du complot, est formel: «les moins éduqués ne sont pas plus complotistes.» Mais ne serait-il pas lui-même franc-maçon ?

    Pour près d’un français sur deux, le gouvernement ne serait pas vraiment aux manettes de l’état. En réalité quelqu’un d’autre « tire les ficelles » : Franc-mac’, religions, puissances financières ou étrangères… Chacun a sa théorie. Pour la première fois une étude d’envergure a été menée pour comprendre qui sont ces conspirationnistes dont Streetpress vous parle régulièrement . Une enquête financée par l’Open Society, la fondation du milliardaire Georges Soros. Sûr que c’est un illuminati celui-là ! Décryptage avec Joël Gombin, doctorant en science politique, auteur de cette enquête.

    Tout d’abord, es-tu Franc-maçon ?

    Non, désolé de te décevoir.

    Qu’est-ce qu’un conspirationniste ?

    Il n’y a pas de définition universitaire précise. Nous avons choisi pour cette étude de partir d’une forme minimale de croyance. Est-ce que selon vous, ce n’est pas le gouvernement qui dirige et qu’il existe derrière quelqu’un qui tire les ficelles ? Ensuite on a étudié leur degré d’adhésion à plusieurs théories sur qui dirigerait en coulisse : la finance internationale ? Certains groupes religieux ? Les autres pays qui cherchent à nous dominer ? Les médias ? Des sociétés secrètes tel que les franc-maçons ? Encore autre chose ?

    Quel est le profil du conspirationniste ?

    Si on exclut la question de la finance qui, en fait n’est pas déterminante, j’ai été assez surpris par les résultats de l’étude. Les deux facteurs qui peuvent être reliés au conspirationnisme sont l’opinion politique et la méfiance envers les autres, notamment les institutions politiques. Ce qui exclut donc les questions économiques, sociales, d’éducation ou géographiques comme la taille de la commune – on peut seulement dire que Paris et sa région est moins sensible à ces théories. Mais en règle général les facteurs socio-démographiques ne pèsent quasiment pas, ce qui brise deux idées préconçues :

    > les moins éduqués ne sont pas plus complotistes

    > parler de conspirationnisme n’est pas une manière de décrédibiliser les croyances des plus pauvres, puisque toutes les couches de la population sont concernées.

    Visiblement les conspirationnistes se sentent le plus souvent proche des idées des extrêmes politiques. Mais existe-t-il des conspirations d’extrême gauche et des conspirations d’extrême droite ?

    On n’a pas exploré toutes les théories du complot. Ce qu’on peut remarquer c’est qu’il y a à l’extrême gauche une certaine adhésion aux théories conspi les plus mainstreams, comme l’idée d’une domination venue de l’extérieur. A l’extrême droite, c’est plus l’ennemi de l’intérieur. Et surtout l’adhésion est plus forte et sur des théories plus hard. Il y avait une sorte d’échelle d’intensité dans les questions posées : on partait de la finance, qui n’est pas vraiment à proprement parler une théorie conspirationniste, pour finir sur les dominations religieuses ou de sociétés secrètes. Ces théories sont justement très présentes à l’extrême droite.

    Si on prend la théorie du complot franc-maçon, on remarque une certaine corrélation avec le niveau de pratique religieuse. Pourquoi ?

    Au départ cette antipathie est née dans les mouvances catholiques, notamment suite aux différents débats sur la séparation entre l’église et l’Etat ou la place de la religion dans l’école [ndlr : les franc-maçons sont d’ardent défenseurs de la laïcité]. Mais c’est effectivement intéressant de voir qu’il y a eu une réappropriation par les autres groupes religieux et particulièrement chez les musulmans. Je ne pourrais pas l’expliquer précisément.

    Finalement si on trouve des conspirationnistes dans toutes les couches sociales et quel que soit le niveau d’éducation, la conclusion n’est-elle pas que finalement on ne peut rien faire contre ?

    On peut voir ça comme ça, mais on peut aussi se dire que s’il n’y a pas de déterminant social, on peut tout simplement combattre activement ces théories, comme eux se mobilisent pour les diffuser.

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