Le petit flop des sessions de recrutement pour les centres d'appel de Free

Le petit flop des sessions de recrutement pour les centres d'appel de Free

Malgré 100 postes à pourvoir, une dizaine de chômeurs a fait le déplacement

job | Reportages | par | 15 Mai 2013

Le petit flop des sessions de recrutement pour les centres d'appel de Free

Un taux de chômage record, une entreprise hi-tech qui veut recruter : le cocktail aurait dû prendre à la session de recrutement de Free de Cormeilles-en-Parisis (95). Mais pas facile de mobiliser pour des jobs de « 2e division. »

À la sortie de la gare, le bar Le Balto, avec sa devanture rouge, vous accueille. Bienvenue à Cormeilles-en-Parisis (Val-d’Oise), charmante petite bourgade de 23.000 habitants et ville natale de Robert Hue. Lundi 13 mai, à 14h, la société Free organise une session de recrutement. Une centaine de postes, en CDI et en CDD, sont à pourvoir pour deux de ses centres d’appel.

Mais dans la salle municipale prêtée par la mairie de Cormeilles, une douzaine de personnes seulement a fait le déplacement, laissant la majorité des 50 chaises alignées vides. Le signe que Free, malgré son image de Google à la française, rencontre des difficultés pour recruter.

Convocations « On est un peu déçus » reconnaît Gilbert Ah-Yu, l’adjoint aux finances de la mairie de Cormeilles, « on attendait au moins deux fois plus de personnes ». Peu de communication a été faite autour de la session de recrutement. Une annonce sur le site Internet de la mairie, une dans le journal municipal et un article dans Le Parisien.

La mairie a aussi envoyé une invitation par courrier à tous les bénéficiaires du RSA de la commune. Selon Charles-Henri D’Elloy, le dircab’ du maire de Cormeilles, « une centaine de lettres a été envoyée ». Gilbert Ah-Yu a du mal à expliquer l’échec de la session de recrutement : « On revient d’un long week-end, les gens n’ont peut-être pas voulu faire le déplacement. »

On revient d’un long week-end, les gens n’ont peut-être pas voulu faire le déplacement

CV Dans la salle, le rétroprojecteur ronronne. Quatre chargés de recrutement sont présents, trois hommes et une femme. Tous ont le costume de rigueur dans les sociétés de nouvelles technologies : chemise et jean. Au programme, 20 minutes de présentation Powerpoint de la société : son histoire (« Free a révolutionné l’accès à Internet avec son offre triple-play »), ses valeurs (« partage, humilité, excellence ») et les postes qu’elle propose.

« Vous pouvez déposer vos CV ici, sur la table. Si vous avez des questions, nous sommes à votre disposition » lâche à la fin un des chargés de recrutement. Un participant hésite : « Je fais quoi ? Je laisse mon CV ? » se demande Frédéric. À 51 ans, chemise blanche et cheveux en bataille, cet ancien mécanicien moto confesse que travailler dans un centre d’appel ne « l’intéresse pas plus que ça ». Un domaine trop éloigné de son ancien job. Il finit par tendre son CV à un des chargés de recrutement, histoire de ne pas être venu pour rien.

Pour les personnes à la recherche d’un emploi qui sont venues, les offres sont peu adaptées à leur profil. « Pour quelqu’un, comme moi, qui est un peu éloignée du sujet, la présentation de l’entreprise et des offres, ça reste vague » explique Sophie, une brune de 29 ans, au chômage depuis trois ans. Elle a quand même laissé son CV car Free dit recruter même sans expérience.

La présentation de l’entreprise et des offres, ça reste vague…

Chair à call center Les quatre chargés de recrutement venus présenter leur boîte ont beau vanter les conditions de travail chez Free, la société a « beaucoup de mal à recruter pour ses centres d’appel et encore plus de mal à trouver des gens qui restent » révèle Patrick Mahé, syndicaliste chez Sud Télécom Paris. Pour lui, les difficultés de recrutement de Free sont dues au « très mauvais bouche-à-oreille » dont souffrent les postes proposés.

Le syndicaliste poursuit : « Sur le site de Centrapel [à Paris], le plus ancien des trois centres d’appel de Free en région parisienne, les conditions de travail sont bonnes. Mais chez Mobipel [Colombes] et Qualipel [Vitry-sur-Seine], c’est la deuxième division. » Sur les deux sites, ouverts lors de l’arrivée de Free sur le marché des mobiles, « on prend, on vire, on prend, on vire. Mais ça ne marche pas comme ça, il faut que les salariés aient des repères. » Devant la pénurie de conseillers, les centres d’appel de Free tenteraient d’élargir leur zone de recrutement. Du côté d’Illiad (la maison-mère de Free) comme de la mairie de Cormeilles, on parle « d’une expérience » avec cette session de recrutement. Pas sûr qu’elle soit renouvelée.


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