Photo-journaliste, j’ai été expulsé de la soirée électorale du FN

7 Mai 2017

par Yann Castanier, Extrêmes droites et folies douces, de Génération identitaire à Mamie Alzheimer. Essaye généralement d'entrer là où c'est compliqué. Et n'y reste pas toujours. Membre de Hans Lucas.

Coups de genoux, poignet tordu… le photographe de presse Yann Castanier raconte comment le service d’ordre l’a sorti manu militari de la soirée électorale mariniste.

Quelques minutes avant que ne tombent les résultats, j’ai été expulsé brutalement de la soirée électorale organisée par le Front National. Je suis photo-journaliste et ce soir je travaillais pour le magazine Society. Mais à peine arrivé au Chalet du lac, le lieu réservé par le FN, j’ai compris qu’il serait compliqué de bosser correctement. On me demande de rentrer dans un « parc » pour journaliste, séparé de la salle par 4 cordes, le tout surveillé par une vigile. Le reste de l’espace est vide. Aucun militant, ou presque.

A 4 ou 5 pour virer mon petit mètre 70

Mon job, ce n’est pas seulement de prendre des photos de Marine Le Pen derrière son pupitre au moment de son discours. Je décide donc de ne pas rester dans le « parc à journalistes » et ainsi montrer, en photo, cette ambiance bizarre. Plusieurs fois les membres du service d’ordre m’intiment l’ordre de rentrer dans mon carré. J’acquiesce et je continue. Je les prends en photo, installant des barrières pour protéger des militants quasi absents. Autour de 19h30, je tombe sur l’un d’eux, une rose bleue en main, le symbole de Marine Le Pen. Je le prends en photo. C’est ce qui mettra le feu aux poudres.


« Et comme j’affirme que je continuerai à faire mon travail, ils me saisissent. Ils me soulèvent du sol en me tenant par les épaules. Je prends des coups de genoux dans les jambes. »

Yann Castanier, journaliste @yanncasta

« Arrêtez ou on vous sort ! », me lance un membre du service d’ordre. « Pourquoi ? » Il refuse de me donner la moindre explication. J’explique que je fais simplement mon travail. Le ton monte. Il n’a pas de réponse, si ce n’est que « c’est interdit ». Et comme j’affirme que je continuerai à faire mon travail, ils me saisissent. Ils me soulèvent du sol en me tenant par les épaules. Je prends des coups de genoux dans les jambes. On me tord le poignet. L’un d’eux m’arrache mon badge d’accréditation. Ils se mettent à 4 ou 5 pour virer mon petit mètre 70.

A la sortie, un policier voit la scène, il se précipite vers moi et me récupère. Il me demande si ça va, précisant que je peux porter plainte. Finalement, pour ma sécurité, les forces de l’ordre m’escortent jusqu’à mon scooter.

Yann Castanier est également pigiste pour StreetPress
Crédit photo : Steve Cannane

Propos recueillis par Mathieu Molard
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Steve Cannane