La manif’ pour tous n’empêchera pas les lycéens de porter une jupe aujourd’hui

19 Mai 2017

par Hugo Collin, 16 ans, élève en 1ère ES au lycée Clémenceau de Nantes. Il est aussi élu au Conseil de la vie lycéenne de l’Académie de Nantes.

Elève au lycée Clemenceau de Nantes, Hugo portera une jupe contre le sexisme et les inégalités femmes-hommes. Une action qui a failli ne pas avoir lieu. Il raconte.

Ce matin, j’ai porté une jupe pour la première fois, et au lycée. C’est une action militante. L’idée de cette Journée de la Jupe au lycée est de soutenir l’égalité femmes-hommes et de combattre les stéréotypes de genre (pour les lycéens de toute la France).

La journée de la jupe est née en Bretagne

Cette journée a bien failli ne pas avoir lieu dans mon établissement, le lycée Clemenceau, à Nantes. Celui-ci a une histoire particulière avec ce mouvement.

À l’origine, la journée de la jupe sous cette forme – avec des filles et des garçons en jupe – était appelée « ce que soulève la jupe ». Un lycée de Bretagne a lancé l’initiative en 2014. Elle a ensuite été reprise par des élus du Conseil de la vie lycéenne, dont un élève délégué de Clemenceau.

Le mouvement a eu un essor particulier dans mon lycée. Des conférences y ont été organisées pour sensibiliser les élèves aux questions de genre et de sexisme.

Des lycéens ont reçus des lettres de menace

Pour son lancement en mai 2014, la manif’ pour tous s’est malheureusement invitée devant l’établissement avec des banderoles et des pancartes, accusant l’académie de Nantes (qui soutenait l’action lycéenne) de vouloir « fabriquer des pédés ».

Des tensions ont éclaté entre les lycéens et les manifestants. Le lycée a été tagué, les élèves à l’origine du projet ont reçu des lettres de menaces. Des parents se sont plaints auprès de la proviseure en disant que leur fils avait été obligé de mettre une jupe – ce que le lycée a évidemment démenti.

D’ailleurs, les personnes qui ne veulent pas porter de jupe, mais souhaitent afficher leur soutien, peuvent aussi coller un autocollant « Journée de la Jupe » sur leurs vêtements.

Beaucoup de lycéens ont fait pression pour participer

À cause de ces tensions et de soucis d’emploi du temps (les terminales passent leurs oraux de bac et les autres sont presque tous en devoir aujourd’hui), la direction était opposée à ce que la journée ait lieu cette année.

L’événement avait cependant lieu à l’échelle nationale, et beaucoup de lycéens de Clemenceau voulaient y participer. On a alors prévenu l’administration que la journée serait suivie, ici aussi.

On affiche notre soutien à l’égalité femmes-hommes

Il s’agit de soutenir l’égalité femmes-hommes, et aussi de montrer aux autres que les lycéens se battent contre ces problèmes de sexisme, pour de l’égalité des genres. Le plus important c’est de continuer à sensibiliser les lycéens. Les garçons viennent aussi en jupe pour afficher leur solidarité avec les lycéennes. C’est important qu’ils soutiennent les filles pour l’accès aux droits et à l’égalité. Plusieurs de mes amies se font insulter, harceler dans les transports, agresser, violer pour certaines, et ça n’est pas normal.

Le sexisme ne s’arrête pas aux portes du lycée

Même au cœur des institutions (pas à Clemenceau heureusement), on constate un flicage sexiste de la tenue des lycéennes, alors que les garçons s’habillent comme ils veulent.

À Valence par exemple, la direction du lycée Emile Loubet fait la chasse aux jupes qu’elle juge indécentes. Or, la journée existe à un niveau national, donc ces établissements qui refuseront d’y participer seront mis sous pression. Plus largement, on a l’espoir que les règlements intérieurs des lycées devienne plus souple sur le code vestimentaire.

Propos recueillis par Alice Maruani