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    09/03/2026

    Isabelle Surply est une ex-candidate RN et Reconquête

    Municipales : près de Saint-Étienne, l’extrême droite représentée par une candidate proche des néofascistes

    Par Aurélien Defer

    Militante de la Manif pour tous, ex-encartée au Rassemblement national et chez Reconquête, Isabelle Surply a fréquenté de nombreux radicaux d’extrême droite au fil de sa carrière. À Saint-Chamond, elle a pour colistier un cadre de l’Action française.

    À 41 ans, Isabelle Surply a eu le temps de naviguer dans nombre de cercles d’extrême droite, fréquentant aussi bien des cadres de partis établis comme le Rassemblement national (RN) ou Reconquête que des militants des pires groupuscules radicaux français tels que Lyon populaire. Cette année, comme en 2020, celle qui est aussi conseillère régionale depuis 2015 en Auvergne-Rhône-Alpes se présente à la mairie de Saint-Chamond (42), une ville d’environ 35.000 habitants située dans la Loire, près de Saint-Étienne, dont elle est conseillère municipale. Le 20 février, elle a officialisé les 39 noms de sa liste divers droite sans étiquette.

    Depuis la salle communale réservée pour l’annonce, la candidate s’est félicitée auprès du « Progrès » de ne pas avoir eu besoin, cette année, de faire du porte-à-porte pour dénicher des colistiers. « Cette fois, les gens sont venus à moi », sourit celle qui anticipe déjà, en cas de victoire le 22 mars, le fait d’« attribuer les délégations et les compétences aux gens qui savent de quoi ils parlent ». Mais d’ailleurs, quel est au juste le champ de compétences d’Isabelle Surply si ce n’est sa capacité à entretenir des proximités avec de nombreuses personnalités d’extrême droite, islamophobes, néofascistes et même royalistes ?

    C’est ce qu’a révélé le Comité antifasciste de Saint-Étienne, dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux le 9 mars. Ainsi, l’un de ses colistiers, Morgan G., présenté comme « intérimaire dans les pompes funèbres », n’est autre que l’ex-leader de la section stéphanoise du mouvement royaliste l’Action française — il l’était encore en octobre 2025, d’après son site officiel. Ce qui n’a pas l’air de gêner l’extrême droite locale : ni le RN ni Reconquête et encore moins Identité-Libertés n’ont présenté de candidat à Saint-Chamond face à Isabelle Surply, qui disait en novembre 2025 pouvoir compter, malgré son statut sans étiquette, sur « le soutien officieux de beaucoup de partis ».

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    En mars 2023, Isabelle Surply avait assuré une conférence dans le cadre d’un événement du cercle de réflexion François Duprat — un faux nez du groupe néofasciste Lyon populaire — du nom de ce théoricien du fascisme et du révisionnisme. / Crédits : DR

    Des fréquentations dans toute l’extrême droite

    Née à Ollioules, dans le Var, la graphiste de métier s’engage peu à peu en politique à partir de 2012. Cette année-là et la suivante, elle participe aux rassemblements de la Manif pour tous à Lyon (69) pour contester l’adoption de la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe. Au « Point », elle racontait en 2019 s’être fait gazer par la police avec ses enfants et avoir alors estimé vivre dans une « dictature socialiste » contre laquelle elle voulait s’impliquer. D’abord sous la bannière du Front national (FN, devenu RN en 2018), aux élections municipales, départementales et régionales, puis sous celle de Reconquête dès 2022.

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    La candidate a une petite obsession pour la figure de Charles Martel. Comme ici, où elle dresse un parallèle entre le duc des Francs et son combat contre des réfugiés. / Crédits : DR

    Amie du député Thibaut Monnier, qui siège au Palais Bourbon dans les rangs du RN malgré son affiliation à Identité-Libertés, Isabelle Surply est aussi proche de Marion Maréchal, cheffe de file de ce parti né en 2024. Elle fréquente également Sophie Robert, candidate du RN à Saint-Étienne en 2020 — qui avait sur sa liste la skinhead Lydia Da Fonseca, fréquentation de Maxime Brunerie et ex-petite amie du skinhead Alexandre Eyraud, impliquée dans la mort de Clément Méric, antifasciste tué en 2013. La candidate à Saint-Chamond est par ailleurs mariée à Aurélien Fradot, qui a représenté le FN aux élections cantonales de 2004.

    Sur le fond, en plus d’une décennie de carrière politique, Isabelle Surply ne s’est pas contentée d’afficher sa volonté d’abroger le Mariage pour tous. Celle qui fut aussi une contributrice assidue au site d’extrême droite Boulevard Voltaire dans les années 2010 s’est faite remarquer par le biais d’attaques régulières contre des mosquées et des imams jugés rigoristes ou radicaux — lesquelles lui ont valu aussi bien des poursuites judiciaires que des menaces de mort. Selon celle qui était en 2024 l’invitée de l’association Vigilance Halal, l’islamophobie « n’existe pas », comme elle l’écrit sur Facebook.

    Sur les réseaux sociaux, elle relaie aussi Damien Rieu, cofondateur du groupuscule dissous en 2021 Génération identitaire, le collectif fémonationaliste Némésis ou l’influenceuse d’extrême droite Mila Orriols. En décembre 2025, Isabelle Surply était présente au procès de cette dernière, jugée pour avoir publié un tweet raciste — elle a été condamnée à 2.000 euros d’amende avec sursis et a fait appel. Yohan Pawer, fondateur du groupe homonationaliste Eros et fidèle comparse de Mila Orriols, a également eu droit au soutien de la Ligérienne, en témoigne un selfie du duo au gala de l’Issep, l’école de management et de sciences politiques privée cofondée par Marion Maréchal, en 2025.

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    La candidate ligérienne s'est affiché avec Yohan Pawer, fondateur du groupe homonationaliste Eros et fidèle comparse de Mila Orriols, lors d'un gala de l’Issep, l’école cofondée par Marion Maréchal, en 2025. / Crédits : DR

    « Je suis Charles Martel »

    D’après des photos publiées sur les réseaux sociaux, Isabelle Surply copine aussi parfois avec Garen Shnorhokian, journaliste au sein de la rédaction d’extrême droite « Frontières », identifié sur des photos tout sourire. Elle intervient, en septembre 2024, auprès de l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne, une association d’extrême droite proche du FN. Derrière celle qui est aussi une fervente défenseuse de SOS Chrétiens d’Orient — soupçonnée de complicité de crimes contre l’humanité en Syrie —, est accrochée ce jour-là une banderole « Montjoie Saint-Denis », slogan royaliste.

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    Sur Facebook, sous un pseudonyme, Isabelle Surply a détourné le slogan d'union après l’attentat terroriste contre le journal satirique « Charlie Hebdo » par « Je suis Charles Martel ». Elle s'y affiche aussi avec l’abbé de Nedde, co-fondateur d’Academia Christiana. / Crédits : DR

    Sur Facebook, sous un pseudonyme peu éloigné de son vrai nom qu’elle arbore par ailleurs sur Instagram, Isabelle Surply se laisse aussi aller. Le 8 janvier 2015, soit un jour après l’attentat islamiste perpétré contre le journal satirique « Charlie Hebdo », elle détourne le slogan d’union du moment et écrit : « Je suis Charles Martel. » Une référence historique que la candidate convoque dès qu’elle le peut, comme en 2022 lorsqu’elle partage une illustration des identitaires de l’Institut Iliade célébrant la victoire du duc des Francs sur les troupes arabes à Poitiers, le 25 octobre 732. La date, autant que le récit autour d’une invasion qu’elle tente d’imposer, lui parlent :

    « Jamais je n’oublierai le jour où j’ai porté votre voix contre l’installation de 80 immigrés à Valfleury en 2016. À l’époque, la commune comptait officiellement 732 habitants. »

    Ce type d’obsession transparaît aussi dans les prises de parole publiques d’Isabelle Surply quand elle évoque à plusieurs reprises, et notamment dans des communiqués officiels, les « anti-Français » et l’« anti-France ». Née à la fin du XIXe siècle, cette formule fait florès sous la plume d’auteurs antisémites comme Charles Maurras et Édouard Drumont. Elle est surtout utilisée par le gouvernement collaborationniste de Vichy, durant la Seconde Guerre mondiale, puis plus récemment par la ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes, Aurore Bergé, à propos de La France insoumise. Elle distille des références d’initiés, comme lorsqu’elle conclut une publication Facebook par « Faïlala », une rengaine du chant nationaliste « Les Lansquenets », lequel résonne chaque année lors du défilé néofasciste du C9M.

    À LIRE AUSSI (en 2025) : Des néofascistes venus de toute l’Europe défilent à Paris

    Les néofascistes dans la poche

    Mais les compromissions d’Isabelle Surply ne s’arrêtent pas à ses propos dénigrants en ligne ou à quelques affinités avec des associations et des leaders d’opinion d’extrême droite. L’aspirante édile fraie aussi avec plusieurs groupuscules radicaux français. Il y a d’abord les catholiques intégristes de l’Academia Christiana, dont elle partage sur les réseaux sociaux les appels aux dons et qu’elle protège à grand renfort de prises de parole publiques lorsqu’ils sont menacés — elle publie en juin 2019 d’ailleurs un selfie avec l’un d’entre eux, l’abbé de Nedde. Victor Aubert, président de cette organisation — quelque peu fréquentée par le militant néofasciste Quentin Deranque, décédé mi-février à Lyon (69) —, like des publications sur le compte Facebook sous pseudonyme de la candidate.

    Dans un hommage en ligne, Isabelle Surply a justement dit qu’elle connaissait « de vue » Quentin Deranque, nationaliste-révolutionnaire de 23 ans, mort après une rixe avec des militants antifascistes qui a fini en passage à tabac. Elle l’avait peut-être rencontré dans les locaux du groupuscule néofasciste Lyon populaire — dissous en juin 2025 —, prédécesseur d’Audace Lyon, qu’a aussi côtoyé Quentin Deranque. En mars 2023, comme l’avait révélé « Libé », la conseillère régionale y avait en effet assuré une conférence dans le cadre d’un événement du cercle de réflexion François Duprat, du nom de ce théoricien du fascisme et du révisionnisme.

    Toujours du côté des néofascistes, Isabelle Surply est également amie sur Instagram avec Guillaume N., fondateur de la page « la team chasse du Pilat ». Or, il est un adepte du salut de Kühnen et des références au IIIe Reich et est proche de groupuscules néofascistes, comme l’a raconté StreetPress en février 2025. Sur son compte Facebook, la conseillère régionale est aussi amie avec Aliette Espieux, l’organisatrice de la marche lyonnaise en hommage à Quentin Deranque, qui est mariée au néonazi Eliot Bertin, ex-leader de Lyon Populaire, comme l’a révélé StreetPress.

    L’Action française sur sa liste

    La candidate s’intéresse également au courant identitaire. Sur Instagram, elle suit le groupuscule identitaire violent Patria Albiges, visé en février par une procédure de dissolution engagée par le ministère de l’Intérieur. Elle a par ailleurs suivi un stage d’autodéfense donné par Romain Carrière, coach en la matière mais aussi ex-candidat RN en Occitanie, cadre du Bloc identitaire dans les années 2010 et proche à ce titre des anciens de Génération identitaire.

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    En septembre 2024, lors d'une conférence pour une asso historiquement proche du Front national, est accrochée une banderole « Montjoie Saint-Denis », slogan royaliste notamment repris par le militant Damien Tarel lorsqu'il a giflé Emmanuel Macron en 2021. / Crédits : DR

    Mais surtout, Isabelle Surply entretient d’étroites relations avec des militants de l’Action française. Sur un compte Instagram privé, elle est suivie par Olivier Giot, secrétaire général de l’Action française, qu’elle suit en retour avec son compte officiel. Son colistier Morgan G., qui est aussi un militant Reconquête et qui apparaissait un rang derrière Éric Zemmour lors d’un congrès du parti en avril 2023, était déjà engagé auprès de la quadragénaire en 2022.

    À LIRE AUSSI : À Dunkerque, les relations du candidat Adrien Nave avec l’Action française braquent le RN

    Il fait partie de la « cinquantaine de militants d’Action française engagés » partout en France « sur des listes aux élections municipales » des 15 et 22 mars prochains, selon les mots du porte-parole du mouvement, Antoine Grosjean, de son vrai nom Antoine La Scola. Lui-même figure à Dunkerque sur la liste d’Adrien Nave, qui s’est vu retirer en urgence son investiture par le RN le 28 février.

    Des chances à Saint-Chamond

    À Saint-Chamond, où elle possède une résidence secondaire, comme l’a raconté le média local IF Saint-Étienne en novembre 2025, Isabelle Surply pourrait-elle vraiment devenir maire ? Pour la candidate, un double défi s’impose avant de pouvoir vraiment l’envisager. D’une part, faire oublier aux Couramiauds ses déboires judiciaires. Elle est attaquée par le maire sortant (LR) et deux de ses élus, qui ont annoncé cinq dépôts de plainte en juin 2025 pour diffamation publique aggravée et pour dénonciation calomnieuse. Elle a également été mise en examen en mai 2025 pour diffamation et injures publiques pour avoir qualifié « d’islamistes » les propriétaires de la mosquée Millî Görüs — une association d’origine turque promouvant un islam sunnite conservateur — de sa ville.

    La quadragénaire était aussi citée en 2023 dans une enquête de Mediacités aux côtés de sa fidèle acolyte Sophie Robert. Toutes deux passées par le conseil régional, elles avaient suivi des formations facturées (très cher) par le Cefel, un centre de formation d’élus très proche de l’Issep et de ses cofondateurs Marion Maréchal et Thibaut Monnier. Qu’importe, celle qui a ouvert ces dernières années de nombreuses cagnottes censées l’aider à couvrir ses onéreux frais de justice est désormais aidée juridiquement par l’Association de soutien aux lanceurs d’alerte et a pour avocat celui de Génération identitaire et de certains militants de Patria Albiges, Pierre-Vincent Lambert.

    D’autre part, Isabelle Surply, qui ne revendique pas d’ancrage à l’extrême droite cette année, doit notamment convaincre à Saint-Chamond les électeurs qui avaient choisi le RN lors des élections législatives de 2024. Ils étaient 5.522, soit un peu plus de 40 % des votants au second tour. L’élue peut compter pour cela sur le soutien sans faille de la section stéphanoise du syndicat d’extrême droite la Cocarde étudiante, présente tract en main, le 13 novembre 2025, à la soirée d’annonce de sa candidature.

    (1) Contactée, Isabelle Surply a demandé à recevoir nos questions par écrit avant d’indiquer ne pas savoir si elle aurait le temps d’y répondre. Elle n’a depuis pas donné suite.

    Contactée, la section stéphanoise de l’Action française a dans un premier temps répondu à notre prise de contact avant de cesser tout échange.

    Contacté, Morgan G. n’a pas non plus répondu aux questions de StreetPress.

    Illustration de la Une par Caroline Varon.

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