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    26/10/2023

    « S’attaquer à l’association, c’est une manière de poursuivre l’action de Génération identitaire »

    L’Asla, l’association de défense des identitaires qui veut faire la peau à SOS Méditerranée

    Par Daphné Deschamps

    L’Association de soutien aux lanceurs d’alerte a été créée par des anciens de Génération identitaire. Elle offre un soutien juridique à leurs camarades poursuivis, et harcèle judiciairement les collectivités qui subventionnent SOS Méditerranée.

    Le 3 mars 2023, une décision judiciaire fait l’effet d’un coup de massue pour SOS Méditerranée, l’ONG qui secourt des exilés en mer Méditerranée avec son bateau, l’Océan Viking. Le tribunal administratif vient de faire annuler une subvention de 100.000 euros de la mairie de Paris. L’homme à l’origine de la procédure, se présente comme un « simple contribuable ». Comme révélé le jour même par Actu Paris, c’est en réalité un militant d’extrême droite chevronné : Antoine Oziol de Pignol. Un ancien de Génération identitaire et proche du Gud.

    L’Asla et les anciens identitaires

    Cette procédure judiciaire n’est pas une initiative individuelle d’Oziol de Pignol. Il est épaulé par l’Association de soutien aux lanceurs d’alerte, l’Asla. Une structure créée en mai 2021, juste après la dissolution de Génération identitaire (GI) par des anciens du mouvement. C’est l’hyperactive Thaïs d’Escufon qui est la première porte-parole de l’association pour présenter l’initiative dans le magazine d’extrême droite l’Incorrect. À la trésorerie, on retrouve Romain Fornasier, ancien militaire, condamné un an plus tard pour « provocation à la haine raciale » en compagnie de son camarade de GI et candidat Reconquête aux législatives, Jérémie Piano.

    Dès sa création, l’Asla donne le ton : leur but est de défendre des prétendus lanceurs d’alerte, mais seulement ceux qui s’attaquent aux migrants ou à l’islam. Sa définition de lanceurs d’alerte peut se résumer ainsi : militants identitaires ou nationalistes auteurs d’actions spectaculaires, organisateurs de manifestations interdites ou accusés de diffamation ou d’incitation à la haine. Sur les 16 procédures mises en avant sur le site internet de l’association, 12 sont liées à Génération identitaire, pré ou post-dissolution. L’Asla revendique, entre autres, de soutenir les 23 militants zids qui ont envahi les locaux de SOS Méditerranée en 2018, les 19 qui ont occupé le toit de la CAF de Bobigny en 2019, ceux poursuivis pour l’opération paramilitaire « Defend Europe Pyrénées »… Mais soutient aussi, par exemple, l’ancien porte-parole des Remparts de Lyon, Sinisha Milinov, poursuivi pour une manifestation interdite, ou encore Argos, le groupuscule rejeton de Génération identitaire, pour une manifestation non déclarée à Cherbourg (50) en septembre. Le procès de ces derniers s’est soldé par une relaxe. Dans toutes ces procédures, l’avocat de l’Asla est maître Pierre-Vincent Lambert. Avocat historique de Génération identitaire, il a aussi défendu récemment des militants du groupuscule Patria Albigès, dont le fils du député RN Frédéric Cabrolier. Groupuscule qui n’est autre que l’héritier local de Génération identitaire à Albi (81).

    Parfois, l’Asla sort de son jardin identitaire, et s’aventure un peu plus loin. À Angers (49), l’asso soutient Jean-Eudes Gannat, le leader de l’Alvarium, groupuscule dissous et le Red, sa nouvelle itération. En plus de son soutien juridique et financier, elle se targue notamment d’organiser des « mobilisations en ligne ».

    Cibler SOS Méditerranée

    L’autre obsession de l’Asla, c’est SOS Méditerranée. En plus de l’annulation de la subvention de la ville de Paris, l’association défend un élu Reconquête poursuivi pour abus de pouvoir. Franck Manogil avait en effet voulu faire annuler devant les tribunaux une subvention attribuée à l’ONG. Et a soutenu un « contribuable toulousain » dans une demande d’annulation de subvention similaire à celle d’Antoine Oziol de Pignol, mais de laquelle il a été débouté. L’Asla revendique vouloir « mettre la pression sur SOS Méditerranée et les autres ONG prétendument humanitaires ». Des tentatives d’attaques judiciaires similaires qui ont aussi été signalées à Nantes (44), Lyon (69), Grenoble (38) et Marseille (13), et qui ne sont pas anodines selon une source proche du dossier de la subvention parisienne.

    La mairie de Paris s’est pourvue en cassation, et si SOS Méditerranée attend la décision « sereinement », une confirmation du jugement créerait une jurisprudence dangereuse pour les organisations humanitaires, qui reposent en partie sur des subventions de collectivités locales. « S’attaquer judiciairement et financièrement à SOS Méditerranée, c’est une manière de poursuivre l’action de Génération identitaire qui avait affrété un bateau pour poursuivre les exilés en Méditerranée » résume un proche du dossier. En 2017, pour sa première opération « Defend Europe », Génération identitaire avait loué un bateau, le C-Star, pour « repousser les embarcations de migrants venus d’Afrique ». Coup dur pour les identitaires : après une semaine à peine en mer, ils avaient dû lancer un appel de détresse et avaient été secourus par une ONG d’aide aux exilés allemande proche de SOS Méditerranée.

    Contactée, l’Asla n’a pas donné suite à nos sollicitations.

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