Caroline De Haas, machine à buzz du féminisme

Caroline De Haas, machine à buzz du féminisme

« Je veux faire tomber le patriarcat »

De Haas 2022 | Portraits | par , Yann Castanier | 11 Février 2018

Caroline De Haas, machine à buzz du féminisme

Des couloirs des ministères aux plateaux télé, Caroline De Haas bouscule les hommes et leurs privilèges. Portrait d'une militante radicale bien installée dans le sérail.

Après une grande respiration, Caroline De Haas se redresse et tranche, à la fois triste et décidée : « Je suis en phase de deuil politique ». Elle hésite à en parler. Se passe la main dans les cheveux. Le sujet déprime tout le monde, dit-elle. Puis se lance :

« Impossible de changer profondément la société sans être président de la République. »

Mais voilà. Elle s’est résignée. Elle le sait, elle n’arrivera sûrement pas à la fonction suprême, « pour plein de raisons ». Elle se pense trop radicale. « Je veux faire tomber le patriarcat. » Et puis les « compromissions », non merci. « Je ne sais pas avaler mon chapeau. » C’est ce qui l’a poussée à quitter son poste de conseillère au ministère du Droit des femmes de Najat Vallaud-Belkacem, en 2013. Les décisions du gouvernement ne sont plus en adéquation avec ses idées. « Ça n’est pas parce que tout se passe bien dans son couloir de nage qu’on est d’accord avec les choix de l’équipe », remarque Benoît Hamon, avec qui elle a travaillé près de deux ans, lorsqu’il était porte-parole du Parti Socialiste. « Mon mari m’a dit “c’est à ce moment-là que j’ai compris à quel point tu étais dingue” », sourit l’intéressée. Tirer un trait sur 5.000 euros mensuels et une place de choix au cœur du pouvoir « pour être capable de [se] regarder dans le miroir le matin » a surpris la plupart de ses proches. « C’est une femme entière. Ses réactions sont le fruit d’une révolte. Elle fait partie de ces gens qui veulent changer le monde », raconte son compagnon de lutte et ami, Elliot Lepers.

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"Je suis en phase de deuil politique" / Crédits : Yann Castanier

Le ministère, le PS, les campagnes électorales, elle jure avoir tout envoyé valser pour monter sa boîte et militer, sans étiquette. En quelques années, Caroline De Haas est passée de l’ombre à la lumière. Des bureaux feutrés des cabinets politiques, aux plateaux télés et radios. À chaque sursaut médiatique autour du féminisme, le tout Paris l’appelle. Lorsque Raphaël Glucksmann lance WeToo – une tribune de soutien aux femmes victimes de violences et au mouvement #MeToo – il lui envoie un sms pour avoir son avis. L’affaire Weinstein, #Balancetonporc, la tribune des 100 avec Catherine Deneuve, le ministre Gérald Darmanin accusé de viol, elle est de tous les combats, de toutes les tribunes. Elle est la bonne cliente, aux discours rodés et aux punchlines affutées. « Sa liberté de ton et sa notoriété en ont fait une personnalité que la gauche courtise et admire », assure Arnauld Champremier-Trigano, spécialiste en communication, qui la connaît depuis ses années étudiantes. Benoît Hamon abonde : « Difficile de la prendre en défaut sur son argumentation. C’est solide, c’est carré. C’est une Ferrari, une belle machine intellectuelle. » Après un instant, l’ex-présidentiable rétropédale :

« Non non en fait ne gardez pas l’image de la voiture de course, c’est hyper misogyne. Elle va me tuer. »

Militantisme professionnel

Il est 8h, en proche banlieue parisienne. Caroline De Haas, 37 ans, est emmitouflée dans sa longue doudoune noire, plusieurs gros dossiers dans les bras, à la recherche de sa salle de classe. Avec la boîte qu’elle a co-fondée, baptisée Groupe Egae, elle donne une formation sur l’égalité femmes-hommes et les violences faites aux femmes à des futurs infirmiers. « Egae, c’est environ 60 % d’interventions pour des organes publics et 40 % dans le privé », explique-t-elle en préparant son Powerpoint devant une poignée d’étudiants pas tout à fait réveillés. L’entreprise de formation et conseil existe depuis cinq ans et compte aujourd’hui sept salariées :

« À chaque intervention, on essaie de transformer les gens en détecteurs de violences. L’idée est, qu’en un ou deux jours de formation, ils soient sensibilisés à ces questions d’égalité. »

Le ton est détendu. La spécialiste passe du paperboard au bureau, sur lequel elle s’assoit en tailleur. Elle répète inlassablement, « une femme n’est jamais responsable des violences qui la touchent ». Elle répond à chaque question, toujours avec pédagogie ; oscille entre arguments juridiques et scènes de la vie quotidienne, n’hésitant pas à jouer de petites scénettes pour illustrer ses propos. Chaque nouvelle formation perfectionne son discours militant. Et vice versa. « C’est une des raisons de sa réussite : elle a de plus en plus d’expérience. Elle possède un grand talent pour imager et raconter. Elle travaille énormément sa pédagogie », commente le web-activiste Elliot Lepers, qui a notamment encouragé Eva Joly à porter ses fameuses lunettes rouges aux présidentielles de 2012. Il est celui qui met au format internet les folles idées de De Haas. Ensemble, ils ont réalisé quelques jolis coups dont le site des 343 Connards en 2013 – une réponse à la Tribune des 343 salauds, publiée dans Causeur pour fustiger le projet de loi sur la pénalisation des clients de prostitués. À l’époque, Caroline De Haas a déjà plusieurs années d’activisme dans les pattes. Elle a fondé Osez le Féminisme et s’est fait remarquer pendant l’affaire DSK, en 2011, en dénonçant le sexisme du traitement médiatique autour de Nafissatou Diallo. Peu après, elle signe avec 313 autres femmes le manifeste « Je déclare avoir été violée », lancé par Clémentine Autain. Caroline De Haas expliquait dans l’Obs à l’époque :

« Je n’ai véritablement parlé de viol qu’en 2010 [soit dix ans après les faits, ndlr]. J’avais tellement intégré moi-même les stéréotypes que je me posais des questions. Car l’auteur des faits était un proche. Si, à l’époque, j’avais été sensibilisée comme je le suis aujourd’hui à ces questions, j’aurais immédiatement porté plainte. »

C’est quand elle réalisé que deux personnes de son entourage proche ont été victimes de viol, qu’elle prend « conscience de l’ampleur du massacre ». « C’est là où j’ai basculé dans un engagement féministe vénére. »

« Mon kiff, c’est la masse »

Au fil de ses actions, la féministe s’est forgée une réputation de reine des bons coups. Le plus magistral sans-doute, la pétition « Loi Travail : non merci » en 2016 : 1,3 millions de signatures plus tard, elle participe d’un mouvement social énorme et de Nuit Debout. « Elle l’a lancée au coin d’une table, dans une réunion qui n’avait rien à voir. C’est parti d’une sincère indignation », se souvient Arnauld Champremier-Trigano, routier de la communication politique. Le quadragénaire est derrière, notamment, les campagnes de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2011 et de l’écolo Emmanuelle Cosse pour les régionales de 2015. Au moment de la Loi Travail, il travaille avec Caroline De Haas et Elliot Lepers sur un projet de primaire de gauche, devant empêcher une nomination automatique de Hollande comme candidat PS. Elliot contextualise :

« À ce moment, notre projet de primaire patinait. On avait lancé une pétition contre la loi chômage un peu plus tôt qui n’avait réuni que 2.000 signatures. Et puis il y a eu cette pétition contre la Loi Travail qui a enfin fonctionné. »

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Caroline De Haas persuadée. / Crédits : Yann Castanier

« Mon kiff, c’est un million de personnes qui signent une pétition. Parce que j’ai l’impression de faire bouger les choses », sourit Caroline De Haas, devant un café au lait, au bar du très cosy Théâtre du Rond-Point. Avant une formation qu’elle doit donner pour une grande entreprise, elle revient sur son obsession des médias :

« Je viens du syndicalisme, mon objectif c’est la masse. »

C’est à l’Unef que l’étudiante De Haas fait ses classes. D’abord à Lyon, où elle est en fac d’Histoire, puis à Paris à partir de 2003 quand elle rejoint le bureau national, avant d’être élue secrétaire générale nationale de 2006 à 2009. Arnauld Champremier-Trigano, un autre bébé Unef, se souvient d’un de ses faits d’armes :

« Nous étions étudiants et, évidemment, l’hygiène n’était pas forcément au top. Le bureau national était vraiment crado… Caroline a imposé les lingettes désinfectantes sur tous les bureaux. Pour qu’on ne puisse pas avoir d’excuse, pour que ça soit propre ! »

Il se rappelle surtout d’une jeune femme hyper organisée qui savait manager les foules. Elliot Lepers complète :

« Elle est passée par le rouleau compresseur de l’Unef et du PS. Elle en a tiré un esprit de corps un peu effrayant et son côté très structuré. C’est une vraie boy-scout ! Elle sait organiser les gens, leur donner des objectifs et leur donner confiance en eux. »

Une formation qui se ressent aussi dans ses rapports de force selon Fanny Jaffray, qui l’a remplacée après son départ du ministère de Droit des femmes. Elle se souvient de ses méthodes « décoiffantes » pour les couloirs feutrés et les vieux briscards des cabinets ministériels. « Une femme qui parle de clitoris et de plaisir féminin ? Ça a mis mal à l’aise plusieurs énarques. Certains ne l’ont pas prise au sérieux. » Pas Najat Vallaud-Belkacem, qui s’appuie sur son expérience associative et son énergie selon Fanny Jaffray :

« Elle était très estimée dans notre ministère. Pour Najat, Caroline était l’accélérateur lorsque le directeur de cabinet savait être le frein. »

Avec la ministre, elle réussit à instaurer une formation à l’égalité femmes-hommes à tous les ministres et leurs équipes. Certains rechignent, estimant ne pas avoir de leçon à prendre d’une excentrique. D’autres, comme Hamon, en rigolent encore. Il est à l’époque ministre délégué à l’Économie sociale et solidaire et à la Consommation :

« Moi je la connais, je sais qu’elle est cash. Mais certains faisaient les gros yeux. On avait un collaborateur un peu latin dans le style. Disons assez classique sur les rôles homme-femme. Il a été perturbé par la formation. Je crois qu’en temps normal il aurait râlé. Mais comme le ministre était là, il n’a rien osé faire. »

Dans son ministère, on évite d’envoyer cette tornade dans les réunions interministérielles, d’ordinaire si protocolaires. « Ils m’ont laissé en faire deux », rigole-t-elle. Fanny Jaffray rembobine :

« Une fois, dans une réunion, elle a chronométré les temps de parole de tout le monde, pour prouver que les hommes monopolisaient les discussions… Ils étaient furieux. »

Bienveillance

On a rarement entendu tant de bien d’une personnalité publique. Toutes les personnes interrogées par StreetPress y vont de leur compliment. « Elle a fait beaucoup pour le féminisme. Elle a des méthodes modernes, un réseau hyper développé et sait attirer une nouvelle génération. Son dynamisme fait qu’elle est porteuse. Elle est brillante », assure avec conviction Florence Montreynaud, historienne spécialiste du féminisme et militante acharnée depuis les années 1970 – elle s’est vue décerner la Légion d’honneur pour son activisme. Ajoutant : « Elle est bienveillante ».

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En pleine préparation. / Crédits : Yann Castanier

Caroline De Haas en donne une partie du crédit à son père, militant de toujours. La féministe a grandi en campagne lyonnaise, dans une famille « intellectuellement bourge », entourée de sept frères et sœurs. Ils sont aujourd’hui tous engagés, « du centre-droit à l’extrême gauche ». Sa mère, gynécologue, très catholique, est engagée dans des assos de catéchisme. Son père, « athée et plutôt bouffeur de curé », est le médecin du village. « Lui était totalement en empathie avec les paysans du coin. Moi je disais “c’est des péquenauds”. J’ai tellement honte aujourd’hui… » Elle poursuit :

« Quand j’étais petite, j’ai développé une sorte de mépris de classe assez fort. Et je me faisais défoncer par mon père, il me remettait à ma place perpétuellement. »

Il a déconstruit son mépris, lui a expliqué pourquoi elle avait tort. « Comme beaucoup de gens après lui sur d’autres sujets », raconte la militante. Elle cite sans cesse Maya Surduts, importante féministe française – qui a notamment œuvré pour le droit à l’avortement et à la contraception -, grâce à qui elle a eu sa première épiphanie féministe. Elle la rencontre pendant ses années Unef, à un moment où elle n’est qu’une bébé militante. « Illumination, elle a changé ma vie. Elle m’a fait lire la société avec un logiciel que je n’avais pas. » Sur l’écologie, sa bonne fée est son vieil ami Elliot Lepers, très engagé sur la question. Un logiciel encore perfectible. Elle assure avoir encore des choses à apprendre sur l’antiracisme :

« Sur le racisme, il y a des exemples récents de trucs que j’ai dit, c’est la honte internationale. Heureusement qu’il y a des gens qui m’ont regardée avec tendresse et m’ont dit “Caro, là ça va pas, il faut que tu progresses”. »

« Elle s’est beaucoup plantée et elle se plantera encore. C’est comme ça qu’on arrive à changer les choses », explique tendrement Elliot Lepers. Peut-être une référence à son score aux européenne de 2014 – 0,29 % – alors qu’elle est tête de liste en Île-de-France sous la bannière « Féministes pour une Europe solidaire ». « Oh non ne m’en parlez pas », gémit en souriant la militante. Toujours est-il qu’elle est sur la pente ascendante. Aux législatives 2017, dans la 18e circonscription de Paris, où elle se présente face à Myriam El Khomri, elle récolte 13,6 % des suffrages.

Robot

L’an dernier, la machine De Haas raconte avoir pris un coup à l’égo. « J’ai eu un gros problème de management dans ma boîte. J’ai failli exploser en vol. » « Ça a été un moment compliqué », abonde Pauline Chabbert, co-fondatrice de Groupe Egae. Lors d’un séminaire d’entreprise, toutes les salariées se retournent contre la boss De Haas. « Elles lui reprochaient des choses très personnelles, sur sa manière d’être et d’agir », se souvient Pauline Chabbert. « Tu ne dis pas bonjour sur Whatsapp », « tu pourrais être plus sympa quand tu nous parles », « tu parles trop fort au téléphone », en tout, trois heures de tour de table et de reproches. « Quand elles sont parties, je me suis effondrée, physiquement, sur ma directrice associée. Je me suis laissé tomber à terre, en larmes. J’ai voulu tout envoyer valser », se souvient la cheffe d’entreprise. « Ça a été une pilule longue à avaler », commente Pauline Chabbert. Depuis, elle a fait son aggiornamento et travaillé sur un « management bienveillant ». « Un mois plus tard, on a fait le point pour voir si ça marchait mieux. J’avais tout tenu. Depuis tout va bien. »

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« J’ai eu un gros problème de management dans ma boîte. J’ai failli exploser en vol. » / Crédits : Yann Castanier

« Elle est très à l’écoute », assure sa collègue Pauline Chabbert. Mais gare à la surchauffe. « Parfois il faut couper, quand c’est trop dur », raconte l’intéressée tout en envoyant un sms, comme pour se contredire. Quand la pression est trop grande, elle organise des cures de désintoxication de quelques jours. Pendant #BalanceTonPorc, elle reçoit des centaines de témoignages par mail, Facebook ou Twitter. Une de ses anciennes camarades de seconde l’a même recontactée pour lui parler de son agression, sur son lieu de travail :

« Ça faisait trop. J’ai passé des journées entières à pleurer. Alors j’ai redirigé toutes ces femmes vers des associations spécialisées, qui sauraient mieux les aider que moi. J’ai tout déconnecté et j’ai été voir ma psy. »

En 2016, après les agressions sexuelles survenues à Cologne le soir du Nouvel An, elle prend partie pour les réfugiés, en fustigeant le racisme des commentateurs. Pluie d’insultes et de menaces :

« J’avais 200 notifications par minutes, dont 90 % étaient “on va te violer dans une cave sombre espèce de connasse”, “on va te tuer tes enfants”. »

Elle a porté plainte. « Le plus dur c’est quand ça vise mes enfants. Quand je lis “ça doit être une mauvaise mère” ou “vive l’éducation”, ça blesse. » Elle en a deux, de 3 et 6 ans. « On a instauré des règles à la maison », raconte-t-elle. Plus de téléphone dans le lit – « sauf pour live twitter Cash Investigation » – et tout est coupé le week-end. Et pour se redonner du courage, elle organise parfois son réconfort :

« Quand j’ai vraiment une baisse de moral, je le twitte, je le dis. Et là, je reçois des dizaines de messages “mais non, nous on t’aime”, “continue”, “on est avec toi”. Plus 200 points pour l’égo ! »

Quant aux médias, elle a décidé de calmer le jeu :

« J’adore ça, expliquer une idée en trois minutes de manière percutante. C’est un vrai challenge ! Mais je devenais complètement folle, j’en venais à chouiner quand BFM appelait quelqu’un d’autre que moi. »

Alors elle a mis en place ce qu’elle appelle des #AlerteEgoTrip, des messages que lui envoie une bonne amie pour lui remettre les pieds sur terre. Et puis elle fait en sorte de passer le micro quand elle le peut. Sur le sujet de la PMA, elle file par exemple le numéro d’Alice Coffin, militante féministe lesbienne et co-fondatrice de l’Association des journalistes lesbiennes, gays, bi-e-s, trans (AJL). Caroline De Haas a même lancé Les Expertes, un site qui répertorie de nombreuses spécialistes françaises, à destination notamment des médias. Parfois, elle refuse certains plateaux, comme les Grandes Gueules sur RMC. « C’est une émission malfaisante, qui maltraite les gens. Quand je la fais, je me sens comme une grosse merde. Alors je n’y vais plus. » Contre les débats la militante De Haas ? « Je ne suis pas pour aplanir les débats, au contraire. Mais il y a une différence entre dire “sur ce projet, tu as merdé pour ça” et “tu es une grosse merde”. »

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Avec Selma. / Crédits : Yann Castanier

Génération De Haas

Selma se mord la lèvre inférieure en tripotant le col de son pull bleu. La jeune femme écoute attentivement le petit cours introductif de Caroline De Haas devant les 200 militantes venues au lancement de Groupe F, une nouvelle initiative pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. La toute fraîche militante doit prendre la parole pour introduire ce groupe et une pointe de stress se fait sentir. À 27 ans, elle a ses avis sur le féminisme, sans avoir jamais milité dans une structure. « Elle est toute jeune et hyper motivée. Je l’ai rencontrée par hasard sur une conférence à laquelle je participais à Sciences Po. Elle s’est portée volontaire pour le Groupe F, alors on lui a proposé de faire un petit pitch », raconte enthousiaste Caroline De Haas en aparté. Selma prend une grande respiration et se lance, les joues un peu rosies. Juste avant, Caroline lui glisse un mot à l’oreille. « Elle m’a dit “Quoi que tu fasses, tu seras géniale” », raconte quelques jours plus tard, par téléphone, Selma. « Elle fait confiance aux gens avec qui elle travaille, même si nous n’avons pas vraiment fait nos preuves. Elle est à la fois directe et positive, très encourageante. » Devant la salle, Caroline De Haas parle de bienveillance, toujours :

« L’idée, c’est que nous soyons 10.000 formées et outillées pour dénoncer les violences et les enrayer. Mais pour ça, il faut prendre soin les unes des autres. Et comme on n’est pas des milliards de militantes, il faut se préserver. »

Une jeune femme dans la salle a une question sur la représentativité du Groupe F et ses porte-parole. « Si on n’est pas d’accord avec les figures médiatiques ? » Sur la vingtaine de femmes qui ont lancé le Groupe F, Caroline De Haas est la personnalité la plus visible. « Le fameux problème Caro ! », sourit l’intéressée. « Je suis effectivement abolitionniste [sur la prostitution, ndlr], vous n’êtes peut-être pas toutes d’accord avec ça. Mais ces prises de position, je les fais en mon nom propre. Ensuite, le Groupe F ne sera pas “le groupe de Caroline De Haas” et au lancement, je renverrai tous les appels de journalistes sur les autres gens du collectif. » Les questions se poursuivent. La féministe n’esquive aucun sujet. « Et sur le plan politique, on se situe où ? » « Nous sommes sans étiquette et on ne sera pas récupéré, à part si un candidat respecte tous nos engagements. Ou si l’une de nous veut se présenter ! » Rire collectif, avant que l’interrogation ne fuse :

« Tu as quelque chose à annoncer ? »


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