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    09 / 04 / 2019

    StreetPress avait révélé que les traductrices entretenaient des liens étroits avec l’État d’Azerbaïdjan

    Demande d’asile : l’État français renouvelle son contrat avec l’entreprise qui employait des traducteurs proches d’une dictature

    Par Tomas Statius , Mathieu Molard

    Le groupement Hovakimian, qui embauchait les traductrices proche de la dictature azerbaïdjanaise, a été confirmé comme prestataire auprès de l’Ofpra et remporte un marché public estimé à plus de 200.000 euros.

    On prend (presque) les mêmes et on recommence. D’après nos informations, le groupement Hovakimian, s’est vu renouveler sa mission de traduction auprès de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra). En novembre dernier StreetPress révélait que les traductrices azerbaïdjanaises employées par ce groupement pour accompagner les demandeurs d’asile entretenaient des liens étroits avec l’État d’Azerbaïdjan. Un régime dictatorial que ces réfugiés tentent de fuir. Une pratique interdite par le règlement de l’Ofpra.

    Le groupement Hovakimian vient de remporter le lot 4, qui couvre l’interprétariat pour 13 langues : arménien, azéri, bélarussien, dari, géorgien, kazakh, ossète, ouzbek, pachto, persan, russe, tchétchène et ukrainien. En terme de volume horaire, il s’agit du 2e plus important de l’OFPRA. Le marché public, renouvelé tous les 3 ans, n’est pas chiffré mais selon un bon connaisseur du milieu, ce dernier pourrait excéder les 200.000 euros.

    Le résultat de cet appel d’offres avait été au centre des débats lors d’un procès en diffamation intenté par l’entreprise de traduction. Procédure que StreetPress a remportée. Le groupement Hovakimian arguait que notre article nuisait à sa réputation et pouvait lui faire perdre ce marché, nécessaire à sa survie. Il faut croire qu’il s’est trompé. Il a par ailleurs annoncé interjeter appel.

    Une enquête interne diligentée en 2018

    Contactés par StreetPress, les dirigeants de l’entreprise n’ont pas donné suite à nos demandes d’interview. Vont-ils travailler avec les mêmes interprètes ? Très peu probable. Début mars, une offre d’emploi pour un poste « d’interprètes de liaison pour les langues azéri et russe », émanant du groupement Hovakimian, a été publiée sur plusieurs sites internet, dont keljob.com. Il était décrit comme suit : « Vous serez amené(e)s à traduire des propos au cours d’entretiens à caractère administratif dans le domaine du droit des étrangers. Vous serez formé(e)s préalablement. » Parmi les qualités professionnelles recherchées, on lisait encore : « Capacité à réaliser des tâches en suivant avec exactitude les règles, les procédures et les instructions qui ont été fournies, sans réaliser d’erreur. »

    Interrogé par StreetPress sur les raisons de ce choix et les éventuelles vérifications qui ont été faites en amont de l’attribution du marché public, l’Ofpra n’a pas donné suite à nos demandes d’interview, indiquant qu’une procédure était toujours en cours (faisant ainsi référence au procès intenté contre Streetpress, évoqué ci-dessus). Dans le cahier des charges, l’office indique simplement que c’est au titulaire de faire les vérifications relatives « à la situation, au professionnalisme, aux connaissances géopolitiques et aux compétences techniques des interprètes ». Et d’agir si un traducteur ne fait pas l’affaire.

    Interrogé en janvier dernier, l’Ofpra indiquait, à notre endroit, avoir diligenté une enquête interne sur le profil des interprètes embauchés par le groupement Hovakimian dans le courant de l’année 2018, à la suite de plusieurs signalements. Mais l’Office y avait mis fin quasiment dans la foulée car les traductrices dont StreetPress révélait les liens avec la dictature n’exerçaient plus à l’Ofpra.

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