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    09 / 07 / 2019

    L'universitaire Patrick Weil nous explique pourquoi il faut s'y opposer

    Privatiser Aéroports de Paris, une faute économique, démocratique et environnementale

    Par Mathieu Molard , Caroline Varon

    Le gouvernement veut vendre Aéroports de Paris. Une décision qui « nous concerne tous », explique Patrick Weil. Objectif : récolter 4,7 millions de signatures et ainsi obtenir la tenue d'un référendum. C'est possible, mais il va falloir se bouger !

    Patrick Weil, petites lunettes et chemise claire un peu froissée, l’oreille vissée à son téléphone, fait les cent pas dans son appartement parisien. À peine a-t-il raccroché que l’appareil sonne à nouveau. Le sujet de conversation est toujours le même : la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP). Le groupe qui gère Roissy-Charles de Gaulle, Orly et Le Bourget est aujourd’hui propriété de l’État (50,6 % des parts). Mais le gouvernement Macron a décidé de vendre.

    L’universitaire engagé [également actionnaire minoritaire de StreetPress.com (1)], spécialiste des questions migratoires, s’est lancé dans la bataille. Contre la privatisation (forcément !). « Avec quelques amis », il a mis en place un « collectif citoyen destiné à
    mobiliser »
    pour la tenue d’un référendum sur le statut d’ADP. Un sujet « essentiel à tant d’égards: pour la vitalité de notre démocratie, pour la préservation de notre souveraineté, pour la stratégie industrielle française, pour la lutte en faveur d’un environnement moins pollué… » Il nous explique.


    Pourquoi la privatisation d’Aéroports de Paris nous concerne-t-elle tous ?

    Ça concerne ou touche tout le monde, mais pour des raisons différentes. Il y a un monopole de l’arrivée à Paris des vols transcontinentaux (Asie, Amérique, Océanie, Afrique au Sud du Sahara). Et ce monopole produit une rente. 200 millions d’euros qui rentrent dans les caisses de l’État tous les ans, dont les Français vont perdre le bénéfice. Qui paye aujourd’hui ? Des gens qui utilisent l’avion: des entreprises pour le fret ou des personnes qui ont les moyens de voyager. Si ADP est privatisée, ces 200 millions devront être compensés par des impôts payés par tout le monde. Ceux qui se disent “Je ne suis pas concerné”, parce qu’ils ne sont pas parisiens ou n’utilisent pas l’avion, le sont… puisqu’ils vont payer !

    La deuxième dimension, c’est qu’en plus des pistes et des bâtiments que beaucoup connaissent, il y a des terrains. Une surface qui équivaut aux 2/3 de Paris, donnée à ADP en prévision de son développement. Ça fera de l’acheteur le plus gros propriétaire privé de France qui pourra bétonner des champs sur une surface équivalente au 18ème et 19ème arrondissements réunis.

    Ensuite, il y a la question du tourisme. L’histoire et la géographie ont fait de nous le pays qui attire le plus de visiteurs au monde. Il faut pouvoir garder la maîtrise de cette ressource. Imaginons que la compagnie qui achète ADP soit aussi propriétaire de Londres. Et qu’ils se disent, j’en ai marre d’avoir deux aéroports à très peu de distance, je vais faire de Londres le hub principal. On perdrait de nombreux touristes et Air France peut-être son existence.

    Et enfin, il y a la question de la transition écologique. On doit pouvoir, nous les Français, si on le décide, supprimer les vols courte distance parce que c’est épouvantable niveau carbone, et parce qu’on veut du coup donner priorité aux trains. Mais ça, on ne pourra pas le faire si ADP est privatisée. La compagnie qui fait du profit grâce à ses 20 Paris-Toulouse quotidiens nous menacera soit de transférer les emplois à Londres, soit de fermer, soit de faire payer de trop fortes compensations.

    Comment ça marche ce référendum ?

    C’est un RIP, un référendum d’initiative partagée. Il faut que 20 pour cent des parlementaires déclenchent la procédure. Ce qui a été le cas. Maintenant s’engage la deuxième partie : est-ce qu’il va y avoir suffisamment de citoyens pour souhaiter le référendum ? Il faut récolter 4,7 millions de signatures. Pour cela, on a 9 mois.

    Si on atteint les 4,7 millions de signatures, que se passe-t-il ?

    La proposition est soumise au Parlement. Si l’une des deux assemblées refuse de l’examiner, il y a automatiquement référendum.

    Et s’ils acceptent de l’examiner ?

    Soit ils examinent, et ils approuvent, ce qui est peu probable. Soit ils le rejettent et ainsi empêchent le peuple de décider. Dans ces cas là, avec 4,7 millions de signatures, je pense que la conséquence politique serait importante.

    Quelle est votre stratégie pour convaincre 4,7 millions de personnes ?

    Il n’y a pas « une » stratégie. On est comme dans une symphonie sans chef d’orchestre. Chacun peut le rejoindre et jouer de son instrument, et le son qui en sort vient ajouter à la qualité du concert. Il n’y a pas de chef d’orchestre et c’est justement la force de ce processus. On ne peut pas compter seulement sur les partis, donc on a créé cette association [Association pour le référendum sur Aéroports de Paris]. On va proposer à ceux qui le souhaitent de devenir des volontaires du référendum. Nous mettrons à disposition un kit avec un badge ou un sticker. Ainsi, les gens qui verront les volontaires avec cet insigne dans le métro, sur la plage ou au café pourront leur demander comment faire pour s’inscrire et pourquoi. Tout le monde pourra donc aider son voisin à remplir le formulaire. L’idée, c’est de lancer un mouvement hyper fluide, pas contrôlé… On ne demande pas les adresses des gens, on ne leur dicte pas ce qu’ils doivent faire, on fait confiance à chacun.

    Au moment de l’ouverture de la plateforme pour récolter les signatures, il y a eu pas mal de bugs et de complications…

    Le gouvernement n’a pas fait beaucoup d’efforts, il a fait un mauvais service minimum. Voilà, c’est tout ! Maintenant ça a fait beaucoup de publicité à la plateforme. Ils ne se sont peut être pas rendu compte de ça. Si elle marchait bien, personne n’en aurait parlé. S’ils ont fait ça volontairement, c’est mal calculé.


    Pour signer, c’est par ici !

    (1). Patrick Weil est actionnaire de StreetPress depuis sa création, il en possède 8%. Il n’a pas sollicité cette interview, c’est la rédaction qui la lui a proposée.

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