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    08 / 05 / 2020

    La police ferme les yeux

    Trafic de courgettes et deal de pastèques au temps du confinement

    Par Mathieu Molard

    Les ventes de fruits et légumes au cul du camion se sont multipliées. Des petits business qui permettent à ceux qui d’habitude vendent sur les marchés de tenir le coup jusqu’au déconfinement. Une activité tolérée par la police.

    Aubervilliers (93) – Il est 15h environ quand le camion se gare. La petite rue encore en travaux n’est pas ouverte à la circulation. Ici, il ne gênera pas. Sur le hayon du véhicule, les deux vendeurs étalent les cagettes de fruits et légumes. L’annonce de son arrivée circule sur les groupes WhatsApp des immeubles alentours et en cinq minutes à peine, une petite file se forme devant le stand improvisé. On se salue à distance, puis on papote entre voisins, tout en attendant son tour. Comme au marché finalement. Arrivé au cul du camion, il faut passer commande sans toucher les produits. Un vendeur muni de gants se charge de les prélever dans les cagettes. Il passe les fruits et légumes à son collègue qui a installé sa balance sur un côté. « Mettez-moi des tomates, un concombre, des cerises et des fraises aussi. Elles ont l’air belles », lance un trentenaire à lunettes. En deux temps trois mouvements, sa commande atterrit dans son cabas sans qu’il n’ait touché les légumes.

    22 v’la les flics

    La petite affaire tourne depuis moins d’une demi-heure quand un véhicule de police se gare au coin de la rue. Ceux qui regardaient dans la bonne direction s’éloignent nonchalamment à l’approche des bleus. « Bonjour ! » lance haut et fort l’un des fonctionnaires. La dizaine de clients restés sur place répond à voix basse. Chacun regarde la pointe de ses chaussures. « Bon c’est qui le patron ? » Pas de réponse. Un autre policier fait la grosse voix. « Vous savez que c’est illégal ? En plus, je suis sûr qu’ici personne n’a son attestation… C’est 135 euros pour tout le monde. » Le « patron » qui a fini par se dénoncer, à aussi le droit à une remontrance :

    « Pour vous, je ne sais pas à combien monte l’amende. Mais c’est plus que la valeur de tout ce qu’il y a dans le camion. Et on saisit toute la marchandise ! C’est donné à des associations. »

    Le commerçant n’en mène pas large. Une riveraine vient finalement à son secours. « On le connait, on lui a dit de venir. C’est pour aider, comme les marchés sont fermés… » La discussion s’engage et le ton des pandores s’adoucit. Finalement, clients et commerçants échappent à l’amende. Les fonctionnaires accordent même quelques minutes de rab’ pour servir ceux qui faisaient encore la queue.

    La police ferme les yeux

    Selon les policiers du coin, ces ventes de fruits et légume au cul du camion se seraient multipliées :

    « Ici [à Aubervilliers], on en contrôle plusieurs fois par jour et à Saint-Denis, c’est pareil. »

    La préfecture de police déclare de son côté ne pas avoir constaté « un accroissement de la vente sauvage de fruits et légumes ». Si le sujet n’est pas remonté, c’est que les bleus sont plutôt coulants sur la question et se contentent, le plus souvent, d’un sermon.

    Aubervilliers toujours. Un autre de ces commerçants a eu la visite des policiers. « J’ai montré le Kbis (1). Je suis en règle, je déclare tout », assure le bonhomme. Même s’il n’a pas l’autorisation de vendre sur le trottoir, les policiers ont fermé les yeux. En temps normal, l’homme livre les restaurants en fruits et légumes. Depuis le début du confinement, la petite camionnette est clouée au pied de son immeuble. Alors pour ne pas couler, il s’est improvisé primeur. « Les aides de l’État ? Les demandes sont parties, on verra bien. Mais en attendant, on a quand même besoin d’argent », détaille-t-il tout en enfournant les nectarines dans un sachet transparent.

    (1) Le kbis est un document officiel attestant l’existence légale d’une entreprise.

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