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    09 / 03 / 2020

    « On ne se sent pas représentées dans la marche de NousToutes »

    Le 8 mars, au rassemblement des féministes intersectionnelles et radicales

    Par Sylvain Anciaux

    Ce dimanche 8 mars, des féministes intersectionnelles et radicales ont choisi de ne pas rejoindre le cortège #NousToutes. Pour la journée internationale des droits des femmes, elles organisaient un autre événement qui se revendiquait plus inclusif.

    CCIP, Paris 11ème – Dans la trop petite salle du Centre International de Culture Populaire, des dizaines d’associations féministes radicales se sont réunies, ce dimanche 8 mars, à l’occasion de la journée des droits des femmes. C’est le collectif afro-féministe MWASI qui a lancé l’appel. L’idée partagée était de défendre les différentes visions et luttes d’un féminisme regroupant les minorités.

    Clem et Maï prônent la pluralité des femmes

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    Clem et Maï ne se sentent pas représentées dans un événement comme la marche de Nous Toutes. / Crédits : Sylvain Anciaux

    Adossées à un mur, Clem et Maï discutent de la manif’ de samedi soir, menée en non-mixité avec les collectifs qui ne se sont pas retrouvés dans la manif du 8 mars, organisé par Nous Toutes. Elles y étaient, le 7 mars au soir, et elles ont été violemment réprimées par la police. Les deux femmes d’une vingtaine d’années expliquent qu’elles ne se sentent « pas représentées dans un événement comme la marche de Nous Toutes » :

    « Ça n’est pas assez inclusif, c’est comme si elles essayaient de mettre toutes les femmes dans un moule. On nous parle de “la” femme, alors que ça n’existe pas. Un événement comme le village des féminismes ça montre la pluralité de ce qu’être une femme peut vouloir dire : noire, arabe, musulmanes, autiste, etc… »

    Vanessa et Gabrielle ciblent le système

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    On ne connaît pas le nom du clitoris. / Crédits : Sylvain Anciaux

    Vanessa et Gabrielle, la vingtaine, ne veulent plus faire de compromis. Les deux jeunes femmes sont membres de FièrEs, association féministe radicale et révolutionnaire qui défend un féminisme intrinsèquement lié à leurs identités lesbiennes, bies et/ou trans. Pour elles, seul un changement radical du système fera avancer la cause féministe :

    « Ce qu’on demande, c’est une vraie révolution et une destruction du modèle hétéro-patriarcal. »

    Tsilla joint la cause des autistes à celles des femmes

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    Membre de CLE-Autiste, Tsilla défend « l’intersection qu’il y a entre le féminisme et [le combat] contre la psychophobie » / Crédits : Sylvain Anciaux

    Tsilla est bien avancée dans la vingtaine. Elle est assise à une table derrière quelques livres et flyers, à observer la foule tournoyer autour d’elle. Elle fait partie de CLE-Autiste, un collectif de défense des droits des personnes autistes. En cette journée des droits des femmes, elle défend « l’intersection qu’il y a entre le féminisme et [le combat] contre la psychophobie ».

    À LIRE AUSSI : Violences sexuelles sur les femmes autistes, un scandale passé sous silence

    Elle pointe notamment le fait que 80% des femmes handicapées sont victimes de violences (notamment sexuelles et conjugales) et qu’il y a « des intersections assez importantes entre la lutte pour le bien-être des personnes autistes et le féminisme ». Aujourd’hui, l’autisme est selon elle « considéré comme une condition de l’homme blanc ». Elle cite les travaux des chercheurs « comme Asperger et Léo Kanner » qui se sont « principalement concentrés sur les petits garçons blancs » :

    « De fait, il est assez difficile pour les femmes et les personnes non-binaires d’arriver à avoir un diagnostic et d’obtenir des aides aujourd’hui. »

    Justine milite avec les femmes musulmanes

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    Justine est co-fondatrice de Lallab et préfère mettre son mouvement en valeur plutôt que sa personne. / Crédits : Sylvain Anciaux

    Justine est co-fondatrice de Lallab, une asso qui veut faire entendre les voix de toutes les femmes, y compris musulmanes, trop souvent oubliées de ces luttes. Avec Lallab, Justine et les autres membres de l’asso « portent un féminisme intersectionnel » :

    « On refuse de faire des compromis avec le système en place, gouvernemental, économique, institutionnel. Nous voulons changer ce système et prendre en compte l’identité de toutes les femmes. On défend toutes les femmes oppressées : trans’, travailleuses du sexe, noires… Dans les femmes musulmanes, toutes les identités sont aussi tout ça à la fois. »

    Sandrine, de l’importance de la mixité dans les associations

    Sandrine a un long parcours dans le milieu associatif, notamment dans une association pour les personnes infertiles. Aujourd’hui, elle représente Afro-Fem. La question de la représentation des femmes noires dans les collectifs féministes est une question cruciale, insiste-t-elle :

    « On ne peut plus être dans la complaisance concernant nos causes. J’ai interrogé [des associations] sur ces questions de mixité. Eh bien, on m’a éjectée. Donc j’ai pris une décision radicale : S’il n’y a pas de personnes racisées dans des organisations je ne participe plus. »

    Myriam, l’éco-féministe

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    Avec le collectif Voix Déterres, Myriam défend deux luttes qui, elle en est persuadée, sont indissociables : le féminisme et l’écologie. / Crédits : Sylvain Anciaux

    Avec le collectif Voix Déterres, Myriam défend deux luttes qui, elle en est persuadée, sont indissociables : le féminisme et l’écologie. Le combat éco-féministe consiste à introduire la question du féminisme au sein de l’éthique environnemental. « Il y a des collusions sociales entre catastrophe écologique, les injustices et les oppressions du quotidien. Le discours écologique actuel est porté par une minorité assez privilégiée, blanche, hétéro. » Myriam s’inquiète de l’invisibilisation des minorités dans les luttes. Elle déplore le fait qu’à la marche Nous Toutes, il faille envoyer un mail à l’organisation pour prendre la parole, ce qui veut dire faire le tri entre les intervenantes. Au détriment des minorités selon elle :

    « Je n’ai rien contre le fait que des femmes, cis, blanches, parlent d’oppression sexiste parce que ça leur arrive. Mais invisibiliser les trans’, les putes, les handicapées, moi ça me gêne à fond. »

    Youssef lutte contre la transphobie

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    Youssef déplore le fait que, selon elle, « la transphobie est devenue une opinion légitime. L'islamophobie aussi. » / Crédits : Sylvain Anciaux

    Youssef sourit et salue tout le monde, comme si elle connaissait l’entièreté de la salle. « En ce moment, dans le débat public féministe on assiste à une espèce de libération de la parole exclusive. Maintenant, de toute évidence, la transphobie est devenue une opinion légitime. L’islamophobie aussi. Ça n’est juste pas normal. On ne devrait pas parler à la place des femmes voilées ou des putes, ou des femmes trans’ dans le débat féministe. » Youssef est trans. Avec aplomb, elle défend une vision du féminisme intersectionnel et estime que la marche de Nous Toutes n’est « pas forcément conçue pour m’y accueillir » :

    « Parce que je suis trans’, parce que je suis arabe, parce que je ne suis pas Française, parce que je suis pauvre. Toutes ces choses-là font que je n’ai vraiment pas droit au chapitre dans ce genre d’espace. Je soutiens le mouvement, mais ce féminisme de base met les gens de côté. »

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