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    05/10/2022

    Un gendarme raconte dix ans de racisme

    « L'alcool est toléré en gendarmerie, pas les Arabes »

    Par Christophe-Cécil Garnier , Mathieu Molard , Marine Joumard

    C’est un témoignage fort. Amir a, pendant ses dix ans de gendarmerie, subi un racisme frontal. Il raconte les mots de ses collègues « bougnoules », « singes »… Mais aussi les fantasmes de radicalisation et l’inertie de sa hiérarchie.

    Assis dans les bureaux de StreetPress, le gendarme Amir (1) déballe tout : les propos racistes qu’il a entendus et lus pendant des années, sa mise au placard suite à ses dénonciations, et les folles accusations de radicalisation portées à son encontre. L’homme est droit dans ses bottes, il a un haut sens du devoir en tant que gendarme. Né à Lille, ce trentenaire aux épaules carrées, les cheveux et la barbe taillés finement, raconte son parcours qui l’a amené à quitter la gendarmerie et ranger son uniforme. Il est parti début septembre. Il n’est pas le seul. Dans son unité, deux autres gendarmes ont quitté le peloton et un troisième a pris un congé sans solde.

    C’est en dernier recours qu’Amir a choisi de se confier à StreetPress. Il a, avant ça, tiré à de multiples reprises en interne, la sonnette d’alarme. Il a notamment saisi l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) qui a lancé une enquête. Mais celle-ci n’a rien donné. Il est accompagné par la maison des lanceurs d’alerte (MLA), qui lui a reconnu le statut. « On a qualifié ce dossier comme tel, car Amir a signalé des faits susceptibles d’être qualifiés de délits, ou en tout cas des manquements à la déontologie. En vérifiant la cohérence de ses propos avec les différentes pièces, on peut affirmer sans ambiguïté possible qu’on est bien sur un cas de lanceur d’alerte », argue l’association créée en 2018. Pour la MLA, le cas d’Amir est « intéressant », car il illustre « les dysfonctionnements internes à la gendarmerie ». L’affaire illustre le « parcours du combattant pour qu’il y ait vraiment des suites et des sanctions des personnes qui auraient commis des manquements déontologiques voire même qui auraient commis – si c’est un jour qualifié comme tel – des délits » et les difficultés rencontrées pour être « protégée de son administration suite à ses différents signalements ».

    Faut faire avec

    Quand il intègre la gendarmerie, Amir ne prend pas immédiatement le déferlement raciste constant à bras-le-corps. Il est nouveau et ne veut « pas faire de vagues ». D’autant que les autres gendarmes d’origine maghrébine à Maison-Alfort (94), là depuis plusieurs années, subissent sans rien dire. Ils « avaient lâché » :

    « Ils nous disaient : “Untel est facho, vous faites gaffe mais faut s’y faire”. »

    Amir a pourtant choisi la gendarmerie plus que la police car il en avait une vision « beaucoup plus juste ». Il souhaitait faire marcher la méritocratie et montrer « ce qu’il valait » avec ses collègues d’origine maghrébine ou antillaise « pour faire bouger les mentalités ». Une décennie plus tard, son constat est amer :

    « C’est peine perdue ! Il y a deux-trois mecs qui ont changé d’avis, mais la grande majorité des gens pensent que je suis l’exception et que tous les Arabes sont des voleurs et les noirs des violeurs, pour résumer. »

    Un racisme à outrance

    Amir commence sa carrière en gendarmerie en 2013 à Maison-Alfort, où il intègre l’escadron 25/1. L’homme est sérieux. Il est jugé par ses supérieurs comme « très motivé », « à l’écoute de ses chefs » et son travail est « toujours bien réalisé ». Moins de deux ans après son arrivée, il intègre le peloton d’intervention de l’unité – un escadron spécial qui fait les interpellations à domicile par exemple – après avoir fini premier des tests. Mais que ce soit dans la première brigade ou celle-ci, il entend dès le début des propos racistes d’une partie de ses collègues envers les civils, avec des termes comme « bougnoules » ou « negros », « singes » et « macaques ». Amir et ses trois autres collègues français d’origine maghrébine – sur une centaine de gendarmes – se retrouvent noyés dans ce climat raciste et islamophobe.

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    Sur le groupe WhatsApp du peloton, entre des photos de pénis et des blagues graveleuses, il y a aussi des comparaisons de personnes noires avec les primates. / Crédits : Marine Joumard

    Ilyès (1) était l’un des proches d’Amir au sein de la gendarmerie. Il a été dans le même peloton, a subi le même racisme. Il n’a pas quitté les pandores, mais a fini par partir du peloton pour un autre dans un département voisin. Au téléphone, il soupire :

    « C’étaient des propos quotidiens. Toutes les minorités, c’était systématique. »

    Les fonctionnaires racistes enterrent aussi le choc des propos par l’humour. « C’était toujours présenté comme des blagues. Forcément, ce n’est pas facile d’aller à l’encontre de ça. On n’ose pas casser l’ambiance », se souvient Ilyès. Il cite par exemple des agents qui se sont félicités en rigolant d’avoir reçu leur « carte du FN ». Certains gendarmes se sont parfois tournés vers Amir lorsqu’ils avaient perdu quelque chose en riant :

    « Rends le moi, ça ne peut être que toi, il n’y a pas d’autre Arabe. »

    Et quand le vernis craque, on leur assure que ça ne les concerne pas.

    « Mais toi, ce n’est pas pareil. On t’aime bien ».

    Pour prouver ses dires, Amir transfère à StreetPress plus d’un millier d’images et de vidéos d’une conversation WhatsApp au sein du peloton. Entre des (nombreuses) photos de pénis et des blagues graveleuses, il y a aussi des comparaisons de personnes noires avec les primates, d’autres mettent en scène une personne d’origine maghrébine qui « matche » avec la police sur Tinder. « Toujours les mêmes, qu’ils rentrent chez eux », entend dire Amir et d’autres de ses collègues à leur propos lors d’interpellations. Dans les camions de maintien de l’ordre, on regrette aussi à voix haute « le temps des ratonnades » et l’époque « où on les jetaient dans la Seine ». Les Juifs sont eux surnommés les « youpins » ou « les pinces » et les femmes sont visées par des propos sexistes ou islamophobes. Celles qui sont voilées sont notamment appelées « Belphegor » ou « Batman ».

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    Les propos rapportés par Amir ont été confirmés par certains gendarmes interrogés par l'IGGN. / Crédits : DR

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    Cette image envoyé sur un des groupes WhatsApp de la gendarmerie de Maison-Alfort met en scène une personne d’origine maghrébine qui « matche » avec la police sur Tinder. / Crédits : DR

    Mauvaise blague sur la nourriture

    Ça ne s’arrête pas là. Au sein du peloton, Amir et Ilyès mangent hallal, mais ils ne demandent que des repas végétariens. « Laïcité oblige », glisse Amir qui tient à cantonner sa religion à sa sphère privée. À plusieurs reprises, l’adjudant en charge de la restauration leur dit qu’il a « oublié de demander des repas sans viande, donc on ne mangeait pas », raconte le trentenaire. Mais quelques fois, cet adjudant leur ramène des plats avec de la viande et « certifie que c’est hallal ». « On n’avait rien demandé, mais on trouvait ça sympa », se souvient Amir. Sauf qu’une fois à Calais, Ilyès demande au livreur qui vient les servir en mission quelle est la barquette avec la viande hallal, celui-ci lui aurait répondu qu’il n’y en avait pas et qu’on ne l’avait « pas prévenu ». Une autre fois, toujours en mission dans le Nord, Amir et Ilyès sont tombés sur une salade de porc en ouvrant la barquette. « On a demandé à l’adjudant s’il se foutait de notre gueule », rembobine Amir.

    Mauvaise blague ou véritable volonté de leur faire manger de la viande non-hallal ? Quand il sera interrogé par l’IGGN, l’adjudant va se défausser sur le restaurateur qui n’aurait pas respecté ses demandes, auprès de l’IGGN. Mais l’élément tire la sonnette d’alarme. « Ils ont commencé à trouver cela suspicieux alors qu’on n’avait rien demandé au départ, juste des repas végétariens », soutient Ilyès.

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    Dans la gendarmerie de Maison-Alfort, il n'y a pas de racisme, il n'y a que des « expressions communes », malheureusement... / Crédits : DR

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    Sur un des groupes WhatsApp du peloton, on s'échange aussi des images d'humour sexiste. / Crédits : DR

    Il craque

    Au 25/1, Amir est peu à peu excédé par le racisme quotidien et lassé par un travail qu’il a « idéalisé ». Il estime que ses coéquipiers ne font pas suffisamment d’efforts. « Les gens ne veulent pas travailler », commente-t-il. Il concède avoir peut-être été « trop dedans », car il avait avec ses camarades « plus de choses à prouver ». Antoine (1), un de ses collègues, abonde :

    « Dans un escadron, c’est ambiance rugby, saucisson sec et bière. Un peu beauf. Il faut adhérer au groupe si vous voulez bien vivre. Comme Amir a toujours essayé de porter ses valeurs, ça a toujours été compliqué pour lui. »

    Le trentenaire reproche par exemple certains excès de ses collègues avec l’alcool. À plusieurs reprises, il aurait vu des gendarmes être encore ivres de la veille tout en étant en service et armés pour des interventions ou du maintien de l’ordre. Le tout est confirmé dans des rapports par quatre autres pandores. Tous assurent que la hiérarchie sait et couvre ces faits. Un des lieutenants-colonels aurait notamment confié « avec dépit » à un membre de l’escadron :

    « Vous savez, l’alcool est toléré en gendarmerie, pas les Arabes. »

    Le 3 octobre 2017, la rupture est consommée. La veille, il a fait part à sa lieutenante de tous les dysfonctionnements du peloton, de la différence de traitement dont il estime être victime et des moqueries qu’il supporte depuis toutes ces années. Celle-ci organise une réunion avec le reste de l’effectif. Elle se passe mal. Sa hiérarchie ne réagit pas. En réaction, Amir fait la liste des critiques envers ses collègues et s’emporte :

    « Le prochain qui parle dans mon dos, je lui pète la bouche. »

    Deux heures plus tard, la lieutenante l’informe que la quasi-totalité du peloton d’intervention ne veut plus travailler avec lui et qu’il en est exclu.

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    À plusieurs reprises Amir aurait vu des gendarmes être encore ivres de la veille tout en étant en service et armés pour des interventions ou du maintien de l’ordre. / Crédits : Marine Joumard

    Dans le viseur du chef

    En plus de ne pas s’entendre avec ses collègues, Amir a un problème avec son chef, le commandant S. Ce dernier ne fait que de lui donner des notes annuelles « pas terribles ». En conséquence, il ne bénéficie pas de primes aux résultats, contrairement à ses collègues de l’escadron. Le gendarme fait pourtant partie à l’époque « des meilleurs éléments du peloton » selon deux de ses supérieurs, une lieutenante et un major, dans un rapport consulté par StreetPress. Le duo n’aurait « pas ménagé » leurs efforts pour convaincre le commandant S., qui s’oppose « systématiquement » à toute augmentation de points envers Amir.

    En mai 2017, le trentenaire adresse un courrier au commandant S. Il demande une médiation sur sa situation et ses notes auprès de son supérieur, le commandant de groupement. Mais la requête reste lettre morte. Et pour cause, le commandant S. ne l’a pas transféré au chef en question. Le pandore le perçoit comme un silence supplémentaire de sa hiérarchie face à une situation de plus en plus intenable au sein de son peloton.

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    Selon Amir et d'autres de ses collègues, la consommation d'alcool dans le peloton est un vrai problème pour les gendarmes. Dans un des groupes WhatsApp, cette consommation est érigée en valeur cardinale via des montages comme celui-ci. / Crédits : DR

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    Au sein de l'ambiance « beauf » du peloton, certains gendarmes envoient aussi de nombreuses photos de sexe et des vidéos pornos. Ici, une photo d'un gendarme avec son pénis à l'air, que StreetPress a pixellisé. / Crédits : DR

    Les problèmes avec le commandant S. ne font que commencer. Quelques mois plus tard, en 2018, Amir part avec son unité en Guyane. Le déplacement est épouvantable. Le commandant S. a pris la décision d’isoler Amir « avec lequel il rencontrait des problèmes ». Amir est finalement exclu trois semaines du peloton après un contrôle houleux. Durant ce laps de temps, il est cantonné à des tâches de nettoyage des toilettes, des douches et doit couper la pelouse. On lui demande même une fois d’essuyer les plinthes d’un bureau d’un adjudant. « Humilié », Amir s’exécute et se met à quatre pattes devant les autres gendarmes, gênés.

    Dans le même temps, le commandant S. a été visé par une procédure disciplinaire après ce déplacement guyanais, où il a comparé dans la gazette des pandores les habitants locaux à des singes. Mediapart a pourtant révélé qu’il avait été décoré d’une médaille d’honneur par le ministère des affaires étrangères. À la suite de cette enquête, le Quai d’Orsay a annoncé une procédure de retrait.

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    Amir a aussi des problèmes avec son chef, le commandant S. Il ne bénéficie par exemple pas des primes aux résultats, contrairement à ses collègues de l’escadron. / Crédits : Marine Jourmard

    Candidat au GIGN

    La situation à son peloton finit par toucher un des principaux objectifs d’Amir : le GIGN. Le militaire souhaite intégrer le groupe d’élite depuis 2016, même si on lui a déconseillé de postuler. Au GIGN, on pratique le coxage. C’est-à-dire qu’on torture et maltraite au quotidien pendant deux mois pour tester la motivation. Sauf que dans le cas d’Amir, des formateurs seraient venus voir ses camarades de souffrance pour leur dire que le trentenaire devait se tenir prêt, qu’il allait « ramasser ». « Parce qu’il faut savoir si vous êtes “fiable” ou non, comme vous êtes un gendarme d’origine maghrébine », pense Amir. Devant lui, les militaires tiennent des propos antisémites, font des saluts nazis. Ils passent aussi des vidéos d’égorgements en Tchétchénie. « Et après, on veut intégrer ce genre de personnes au GIGN », auraient-ils lancé. Amir s’interroge :

    « Est-ce que ça fait partie des tests, ou est-ce qu’ils veulent vraiment dire ça ? »

    Lors de son premier essai en 2016, il participe au coxage, mais est arrêté médicalement après une blessure au tibia. Après avoir été invité à retenter en 2017, il échoue aux tests sur une épreuve après un parcours qu’il juge différent des autres candidats. En 2018, il se casse l’orteil une semaine avant mais se présente quand même aux tests. 24 heures après les avoir débutés « en serrant les dents », le couperet tombe : il est renvoyé. « Je me suis dit que c’était de ma faute », se souvient Amir, qui fond en larme seul à l’hôtel.

    Radicalisation

    Sauf qu’à son retour dans la brigade, Amir apprend qu’il y a des rumeurs au GIGN selon lesquelles il serait radicalisé. Un membre de son escadron de gendarmerie qui l’a dans le viseur a écrit à Stéphane S., un ancien gradé de la force d’assaut à la retraite depuis 2010. Ce dernier a ensuite prévenu un lieutenant du GIGN avec le nom et l’unité d’Amir, histoire d’être sûr que ses infos ne passent pas à la trappe. Outre le fait d’être musulman pratiquant, il serait contre tout alcool, ferait des remarques aux compagnes des autres gendarmes sur leur tenue et serait par exemple contre la minijupe. En entendant ça, le trentenaire souffle :

    « J’ai reproché la consommation d’alcool quand elle était faite en service ou quand on partait avec des gens encore bourrés qui avaient une arme. Et pour la tenue des filles, c’est totalement faux, je ne sais pas d’où ça sort. »

    Ce n’est en réalité pas qu’un bruit de couloir. À Maisons-Alfort, on fantasme bien sûr une potentielle radicalisation du gendarme. Sa hiérarchie a lancé des investigations contre Amir et Ilyès après qu’ils se soient plaints de l’épisode des menus faussement hallal. Preuve de leur hantise, la hiérarchie va jusqu’à informer le bureau de la lutte anti-terroriste, qui dépend directement de la direction de la gendarmerie, et un référent radicalisation. Amir finit par apprendre tout cela des mois plus tard :

    « Le coup du radicalisé, ça m’a détruit psychologiquement. Alors que je me suis engagé pour lutter contre cette image. »

    Cela va aussi couper court à ses rêves d’entrée au GIGN. « Cela alluma chez nous une lumière “orange” », confirme un major de l’unité d’élite à l’IGGN.

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    Lors de ses tentatives d'entrer au GIGN, Amir a été victime de rumeurs. Selon celles-ci, il serait radicalisé dans sa religion. Des ragots qui ont « allumé une lumière orange » chez les responsables des tests de la force d'assaut, comme le raconte l'un d'eux à l'IGGN. / Crédits : DR

    Cette supposition de radicalisation a débordé en chasse aux sorcières dans la brigade. En Guyane, le capitaine R. lance à un sous-officier qu’il faudrait « se méfier des personnels musulmans de l’escadron », car ils pourraient « retourner leurs armes contre leurs camarades » quand ils sont au stand de tir. Un propos confirmé dans l’enquête IGGN par le sous-of’ mais nié par le gradé. Un gendarme qui côtoie Amir vit une autre histoire de ce type. Dans un document écrit de 2018, Maxime S. raconte qu’on lui a confié des responsabilités à l’armurerie. Il devait gérer les armes. Pourtant, quelques semaines plus tard, il se rend compte que son poste a été confié à un de ses collègues. La peur totalement infondée qu’il retourne ses armes contre ses collègues gendarmes a-t-elle joué ? Son supérieur aurait justifié sa non-nomination par : « Vous êtes trop communautaires. » À l’IGGN, ce gendarme détaille la suite de la conversation :

    « J’ai voulu savoir à quelle communauté il faisait référence et l’adjoint a répondu en substance : “Tu sais bien, Amir, toi…” »

    Devant l’inspection, Maxime S. détaille ensuite une autre conversation avec un lieutenant-colonel, à qui il explique le communautarisme qu’on lui reproche :

    « Il m’a textuellement demandé (…) si je me sentais : “Français, Français-Arabe ou Arabe ?” [Le lieutenant-colonel] a bien précisé qu’il n’était pas raciste et que sa question ne revêtait pas ce caractère-là. »

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    À l'IGGN, le gendarme Maxime S. raconte cette conversation hallucinante qu'il a eu avec un lieutenant-colonel, qui lui a demandé s'il se sentait : « Français, Français-Arabe ou Arabe ? » / Crédits : DR

    Circulez, il n’y a rien à voir

    Amir finit par saisir en septembre 2018 la plateforme Stop-discri de l’IGGN, pour témoigner des discriminations qu’il subit. L’enquête conclut que la hiérarchie d’Amir « et particulièrement le commandant S., porte une part de responsabilité dans le mal-être ressenti ». Elle conclut aussi que la proximité d’Amir avec ses proches dans l’escadron leur a « très certainement desservi ». Pourtant, malgré tous les faits, l’IGGN estime qu’aucun personnel de l’escadron n’a été « directement victime » de racisme et qu’il n’y a pas de harcèlement moral envers Amir car personne n’agit « de manière ciblée et répétée » pour nuire au futur ex-pandore. Les inspecteurs concluent surtout qu’il y a eu des erreurs du commandant S. qui a « manqué à son devoir d’exemplarité », adopté un comportement qui n’est « pas conforme aux règles déontologiques ». Mais pour autant, l’IGGN ne le juge « pas foncièrement malveillant ». Pour ces faits, le commandant S. aurait vu sa mutation annulée et aurait été envoyé « dans une cellule de gestion de crise », croit savoir Amir.

    Les enquêteurs pointent aussi un mauvais comportement « fougueux » d’Amir. Dans les auditions, de nombreux gradés et sous-officiers affirment qu’il a le « sang chaud » et qu’il est impulsif.

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    Amir finit par saisir en septembre 2018 la plateforme Stop-discri de l’IGGN, pour témoigner des discriminations qu’il subit. / Crédits : Marine Joumard

    Nouvelle sanction

    Amir finit par revenir au 25/1 un an et demi plus tard, suite à sa demande. Un nouveau capitaine a été nommé mais, là-encore, on se méfie de lui. On conseille à des fonctionnaires de ne pas lui parler. Pour tout document à lui donner, on doit demander avant à la hiérarchie. « On lui cherchait constamment la petite bête pour le pénaliser », témoigne un bleu.

    En janvier 2021, alors qu’ils sont en patrouille, son supérieur demande au groupe de ne pas intervenir face à une situation dangereuse. Une décision qu’Amir conteste. Il en fait part à sa hiérarchie. La seule réponse de l’administration est de le sanctionner de 20 jours d’arrêt. Cela scelle définitivement sa volonté de quitter le métier. « Amir s’est investi à 2.000%, il a mis tout son corps, toutes ses tripes dans la gendarmerie. Tout est décuplé en plus car vous vivez constamment sur place », juge son collègue Antoine. Un autre est aussi désabusé : « J’ai compris qu’on ne changerait pas les choses. L’institution est trop forte, c’est trop compliqué et c’est installé depuis trop longtemps. »

    StreetPress a contacté la gendarmerie pour répondre aux multiples questionnements lancés par Amir et sa situation. À notre dizaine de questions, le service presse des pandores a répondu ces quelques lignes :

    « La gendarmerie nationale ne tolère aucun comportement qui serait contraire à ses valeurs. Les comportements individuels auxquels vous faites référence ont été sanctionnés sur un plan disciplinaire. »

    Nous n’aurons pas le détail de ces sanctions. On est priés de les croire sur parole…

    (1) Les prénoms ont été changés.

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